La lutte contre le centrisme et la fondation de la Quatrième Internationale

Par Bill Van Auken
29 mai 2009

Ceci est la conférence donnée à l'école d'été du Parti de l’égalité socialiste qui s'est tenue à Ann Arbor, dans le Michigan, en août 2007.

Camarades, l'année prochaine marquera le 70e anniversaire de la fondation de la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste, qui est aujourd'hui incarnée et conduite par notre mouvement mondial, le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI).

Personne ne niera que d'immenses changements sont intervenus durant les sept dernières décennies, qui ont connu une guerre mondiale de même que des guerres régionales innombrables, l'extension de la bureaucratie stalinienne en Europe de l'Est, puis son auto-liquidation, la montée et la dégénérescence ultérieure des mouvements anticoloniaux et l’anéantissement du mouvement ouvrier officiel, pays après pays.

Malgré tout, les questions essentielles que la fondation de la Quatrième Internationale devait affronter et qui furent posées de façon si intransigeante par Léon Trotsky dans les années et les mois précédant son assassinat, n’ont rien perdu de leur acuité. C'est-à-dire que l'époque historique dans laquelle nous vivons demeure celle de la révolution socialiste mondiale, qui a sa source dans les contradictions sociales et économiques inconciliables du capitalisme mondial. Le problème politique essentiel posé à l'humanité par cette époque — celui de résoudre la crise de la direction au sein de la classe ouvrière par l'intermédiaire du développement d'un parti mondial armé d'une stratégie internationale de révolution socialiste — n'a jamais été posé avec plus d'intensité.

En 1992, à la suite de la dissolution de l'Union soviétique, le Comité international dressa un bilan de cet événement ainsi que d’expériences précédentes et arriva à la conclusion que, du fait des décennies de trahisons de la part des vieilles directions bureaucratiques et de leur impact sur la conscience de la classe ouvrière, il était nécessaire de surmonter non seulement une crise de direction dans la classe ouvrière, mais aussi une crise de perspective. Notre tâche consistait à combattre pour un renouveau de la culture socialiste dans la classe ouvrière, une tâche à laquelle s’est voué le World Socialist Web Site et de même cette école.

Dans des conditions où une radicalisation croissante de la classe ouvrière devient évidente partout dans le monde, une étude sérieuse de l’histoire de la Quatrième Internationale est une préparation décisive pour les luttes à venir. C’est seulement ce parti qui a su assimiler consciemment les expériences stratégiques de la classe ouvrière au cours des luttes capitales et souvent tragiques du vingtième siècle.

Ainsi que nous l’avons étudié dans des conférences précédentes, la décision de fonder la Quatrième Internationale a été prise en 1933 en réponse à la catastrophe ayant eu lieu en Allemagne. L’arrivée au pouvoir de Hitler, sans aucune résistance organisée de la classe ouvrière, et l’absence de toute discussion subséquente au sein de l’Internationale communiste sur les implications et les causes de cette défaite sans précédent, prouva de façon définitive que la Troisième Internationale était morte pour tout ce qui concernait les objectifs révolutionnaires, ayant été transformée en une agence de la bureaucratie du Kremlin et un organisateur de défaites pour la classe ouvrière.

La décision de Trotsky d’appeler à la construction d’une nouvelle Internationale ne fut de toute évidence pas prise à la légère. Au cours de la décennie précédente, il avait insisté sur le fait que, en dépit des crimes de la direction stalinienne, la lutte pour réformer l’Internationale communiste et ramener ses sections au programme révolutionnaire de ses quatre premiers congrès ne pouvait pas être prématurément abandonnée.

Toutefois, la victoire de Hitler fut, pour la Troisième Internationale ce que fut le vote des crédits de guerre pour la Seconde : la preuve certaine qu’elle était finie en tant qu’organisation révolutionnaire. Un nouveau parti révolutionnaire mondial était nécessaire.

Pour Trotsky, l’appel à la construction d’une nouvelle Internationale n’était pas — comme beaucoup de ses opposants centristes le concevaient — seulement une question tactique ou organisationnelle, mais plutôt une nécessité historique qui ne pouvait être différée.

Cette conception était étayée par son analyse du régime soviétique dans le sillage de la catastrophe allemande et qui a été examinée dans une conférence précédente sur La Révolution trahie. Les intérêts matériels de la bureaucratie qui avait usurpé à la fois le pouvoir politique en Union soviétique et la direction de la Troisième Internationale étaient opposés de façon inconciliable à ceux de la classe ouvrière. Cet appareil bureaucratique contre-révolutionnaire ne pouvait être réformé, mais devait être renversé par les moyens d’une révolution politique.

La fondation de ce nouveau parti international fut préparée par la lutte conduite par Trotsky et l’Opposition de gauche entre 1923 et 1933, une décennie où Trotsky et ses partisans combattirent le développement de la bureaucratie stalinienne et soumirent ses zigzags programmatiques à une critique impitoyable. Au cours de cette lutte, les questions fondamentales de la stratégie et des tactiques marxistes furent défendues et positivement développées, avec parmi les plus importants apports, la perspective et le programme de l’internationalisme révolutionnaire s’opposant à l’orientation nationaliste réformiste de la bureaucratie de Moscou.

Des forces furent rassemblées autour de l’Opposition de gauche internationale sur la base d’un accord sur les expériences stratégiques fondamentales de la classe ouvrière, comprenant les trahisons de la grève générale en Angleterre et celle de la Révolution chinoise ainsi qu’une défense de la perspective de la révolution permanente contre la théorie stalinienne du socialisme dans un seul pays.

Trotsky était plus conscient que quiconque de l’impact des défaites subies par la classe ouvrière du fait des trahisons du stalinisme et de la social-démocratie, et il était très conscient de la taille relativement modeste des forces adhérant au programme de l’Opposition internationale de gauche. Cependant, son pronostic historique était fondé sur un optimisme scientifiquement fondé disant que la crise du capitalisme était insoluble et qu’un programme politique correct ouvrirait un passage à la classe ouvrière. Celle-ci, en dépit de ces trahisons, restait une classe révolutionnaire qui entrait dans de nombreux pays dans des luttes de masse d’un caractère objectivement révolutionnaire.

Le bureau de Londres

Les cinq années qui séparèrent l’appel de Trotsky en faveur de la Quatrième Internationale en 1933 de la tenue d’une conférence fondatrice en 1938 furent marquées par une lutte continuelle contre un vaste éventail d’organisations politiquement centristes, actives durant cette période, en particulier en Europe, qui pour beaucoup d’entre elles manifestaient de la sympathie avec la perspective de Trotsky et dont certaines se déclarèrent en faveur de la Quatrième Internationale.

La lutte contre le centrisme et la nécessité pour le mouvement trotskyste d'intervenir dans ce milieu fut posée de façon aiguë au cours de l'été 1933, quand l'ILP britannique (Independent Labour Party) convoqua une conférence ouverte à toutes les organisations ne faisant pas partie de la Seconde ou de la Troisième Internationale pour tirer les leçons de la crise qu'affrontait le mouvement ouvrier international face à la victoire nazie. Le mouvement trotskyste décida de participer à cette conférence afin de lutter pour ses positions et de tenter de gagner les meilleurs éléments présents à la lutte en faveur de la Quatrième Internationale.

Cette intervention fut formalisée dans la « Déclaration des quatre », un document signé par l'Opposition de gauche internationale, le SAP allemand (Sozialistische Arbeiterpartei —Parti socialiste des travailleurs) et deux organisations néerlandaises qui devaient par la suite fusionner sous la direction de Henricus Sneevliet.

Le but primordial énoncé dans cette déclaration était celui de la formation de la Quatrième Internationale dans les meilleurs délais possibles :

« Tout en étant près à coopérer avec toutes les organisations, groupes et factions qui se développent réellement depuis le réformisme ou le centrisme bureaucratique (stalinisme) en direction d'une politique marxiste révolutionnaire, les soussignés, en même temps, déclarent que la nouvelle Internationale ne peut tolérer aucune conciliation en direction du réformisme ou du centrisme. L'unité nécessaire du mouvement de la classe ouvrière peut être atteinte non pas en brouillant les conceptions réformistes et révolutionnaires, ni en s’adaptant à la politique stalinienne, mais uniquement en combattant les politiques des deux Internationales en faillite. Pour demeurer en accord avec sa mission, la nouvelle Internationale ne doit autoriser aucune déviation des principes révolutionnaires sur les questions de l'insurrection, de la dictature du prolétariat, de la forme soviétique de l'Etat, etc. » (1)

Cette déclaration établissait l'attitude de principe que la Quatrième Internationale naissante prit envers ces partis centristes, qui à ce moment allaient nettement à gauche. Le mouvement trotskyste était obligé de conduire cette intervention à la fois pour clarifier les questions politiques qui le séparait du centrisme et pour gagner à sa cause les meilleurs éléments qui, autrement, auraient pu se retrouver piégés dans ce milieu.

Nous avons déjà, dans deux précédentes conférences, examiné les trajectoires politiques de deux des plus importants de ces partis — le POUM espagnol et le SAP allemand.

Il est important de faire un bref exposé à propos de certaines autres organisations du camp centriste durant la même période. Parmi les plus connues se trouvait l'ILP anglais, une organisation qui avait précédé le Labour Party, auquel il avait été longtemps affilié. Imprégné de pacifisme et même de croyances chrétiennes, il s'était opposé à la Première Guerre mondiale, ce qui avait entraîné l'incarcération de ses principaux dirigeants, dont Fenner Brockway.

En 1920, il se désaffiliait de la Deuxième Internationale et montrait de la sympathie pour l'Union soviétique. Ses hésitations centristes entre le réformisme et la révolution trouvèrent leur expression singulière dans sa requête d'être admis dans la Troisième Internationale avec une dispense spéciale l'autorisant à désavouer le soutien à l'insurrection armée. Inutile de dire que sa candidature fut refusée. Au début des années 1920, il se joignit avec d'autres groupes socialistes de gauche dans un groupement qui fut connu sous le nom d'Internationale deux et demie.

L'appel de l'ILP pour la conférence internationale de 1933 vint moins d'une année après qu'il se soit désaffilié du Parti travailliste et qu'il ait commencé son virage à gauche.

Un autre parti, le PSOP français (Parti socialiste ouvrier et paysan) était dirigé par Marceau Pivert, qui avait rejoint le Parti socialiste français (SFIO) en 1919 et resta constamment dans l'aile gauche de ce parti. Il était membre de la tendance « Bataille socialiste », qui refusait de soutenir un gouvernement bourgeois et en 1935 il fonda la faction de la « Gauche révolutionnaire ». En sus de son rôle strictement politique, Pivert était également engagé dans la production d'un certain nombre de films politiques et sous le Front populaire, on lui donna la responsabilité du secteur des médias français [en tant que « responsable du contrôle de l’information » auprès de Blum, ndt], qui comprenait la presse, la radio et le cinéma.

Pivert accueillit favorablement les grèves de masse et les occupations d'usine, publiant l'article de 1936 « Tout est possible », dans lequel il appelait à l'action révolutionnaire. (Le Parti communiste stalinien français publia une réponse, « Non ! Tout n’est pas possible ! » défendant la politique pro-capitaliste du gouvernement du Front populaire).

Pivert fut exclu de la SFIO du fait de ses opinions de gauche et il fonda alors le PSOP. Toutefois, chez Pivert, la politique de gauche coexistait avec l’adhésion à la franc-maçonnerie, une organisation dominée par une moralité et une hypocrisie petite-bourgeoise qui dissimulait délibérément la nature des divisions de classes. Son PSOP se désagrégea avec le déclenchement de la guerre, et après la guerre, il revint en France pour rejoindre la SFIO.

Ensuite, il y avait le groupe néerlandais dirigé par Henricus Sneevliet. En tant que jeune travailleur des chemins de fer, Sneevliet avait mené un certain nombre de luttes militantes, y compris un mouvement d'envergure nationale en soutien aux marins en grève. Désabusé par l'incapacité du conservatisme syndical et des bureaucraties sociales-démocrates à soutenir ces actions, il quitta la Hollande pour les Indes orientales néerlandaises, l'ancienne colonie qui correspond à peu près à l'Indonésie actuelle. Là, il organisa à la fois un syndicat du rail et une société socialiste qui regroupa les travailleurs hollandais et indonésiens dans une organisation commune. Avec la guerre et la Révolution russe, son travail politique rencontra un succès grandissant, y compris parmi les troupes néerlandaises, ce qui conduisit à son expulsion par les autorités coloniales.

L'Internationale communiste lui confia des responsabilités de premier plan, y compris comme son représentant en Chine où il devint l'un des fondateurs du Parti communiste chinois. Il se heurta rapidement à la direction stalinienne du parti néerlandais, rompant avec lui en 1927. En 1933, il fut emprisonné pour avoir soutenu publiquement une mutinerie par des marins sur un navire de guerre au large des Indes néerlandaises, l'appelant le coup d'envoi de la révolution coloniale. Il ne fut libéré que suite à son élection au parlement.

Bien qu'il s'affiliât à la Ligue communiste internationale (le nom adopté par l'Opposition internationale de gauche trotskiste après 1933), il rompit avec elle cinq ans plus tard. Il ne voulait pas subordonner les considérations de tactique nationale concernant son travail syndical en Hollande à la tâche stratégique de construire un nouveau parti révolutionnaire international et s'opposait à la critique par Trotsky du rôle du POUM espagnol. Sneevliet procéda à la dissolution de son parti après l'occupation allemande et fonda un groupe de résistance sous le nom de Front Marx-Lénine-Luxemburg. Capturé par les nazis, il fut fusillé en 1942.

Organisés de façon peu stricte dans le dénommé Bureau de Londres, connu officiellement en tant que Bureau international de l'unité révolutionnaire socialiste, la plupart des ces partis se composaient d'organisations ayant fait sécession soit de la Seconde soit de la Troisième Internationale, mais ayant adopté une position centriste entre ces Internationales et la lutte de Trotsky pour construire la Quatrième.

Le Bureau de Londres était un organisme sans bannière politique claire, certains de ses affiliés faisant mouvement vers la droite, d'autres vers la gauche, certains s'orientant vers la social-démocratie, d'autres vers le stalinisme. Le NAP norvégien et le Parti socialiste suédois, qui figuraient parmi les piliers de l'organisation, finirent par retourner dans le giron de la social-démocratie en tant que participants à des gouvernements capitalistes. A la fin, tous ces groupes, dont certains étaient nettement plus grands que les partis adhérents à la Quatrième Internationale disparurent, confirmant la prédiction de Trotsky à l'égard de ces organisations dans le « Programme de transition » que « L'époque des guerres et des révolutions ne laissera pas d'elles pierre sur pierre ». La trace de toutes ces organisations est en effet à peine discernable après la Deuxième Guerre mondiale.

Les directions de ces groupes disparates n'étaient unies que par leur insistance sur la nécessité d'une organisation internationale « large » et « dépourvue de sectarisme », ce par quoi elles entendaient rester libres de poursuivre leurs propres intérêts et de s'orienter vers diverses parties des directions bureaucratiques existant dans leurs environnements politiques nationaux respectifs.

La croissance du centrisme durant cette période avait des racines politiques objectives profondes. D'un côté, la crise catastrophique et systémique du capitalisme qui caractérisait les années 1930 avait rendu les programmes des partis affiliés à la Deuxième Internationale, qui proposaient l'amélioration graduelle de la condition de la classe ouvrière par le moyen d'une accumulation de réformes successives plutôt que par la révolution sociale, manifestement non viables. De l'autre côté, l'Internationale communiste, qui disposait toujours du soutien de millions de travailleurs dans le monde sur la base de sa fausse identification avec la révolution d'Octobre 1917, se révélait incapable d’organiser la classe ouvrière dans des buts révolutionnaires et y était hostile.

En fin de compte, le centrisme représentait — et continue de représenter — une agence secondaire de l'impérialisme, dont les tâches spécifiques consistent à bloquer le chemin du parti révolutionnaire en direction de la classe ouvrière et à dresser des obstacles idéologiques aux processus de clarification théoriques et politiques à l'œuvre dans la classe ouvrière.

Nombre de ces groupes étaient prêts à se déclarer formellement en faveur de l'internationalisme et à accepter que la bureaucratie stalinienne avait trahi la classe ouvrière et opprimé les authentiques bolcheviks léninistes en Union soviétique. Sur le principe, ils étaient même prêts à accepter la nécessité d'une nouvelle Internationale. Mais en pratique, ils maintenaient que le temps n'était pas arrivé, que l'appel de Trotsky était prématuré et qu'une nouvelle Internationale ne pouvait pas être créée dans une période de défaites.

Trotsky insistait sur la nécessité de distinguer entre le centrisme des ouvriers, qui passent inévitablement par des phases de centrisme et même d'organisations centristes sur leur route vers la révolution, du centrisme professionnel des dirigeants de ces organisations, dont la tâche consiste à contenir le mouvement des travailleurs et à le ramener sur les chemins inoffensifs du réformisme et de la subordination à la bourgeoisie.

Trotsky cherchait patiemment à gagner à la Quatrième Internationale ces couches de travailleurs qui transitaient par ces organisations, tout en menant une lutte implacable contre l'opportunisme, le scepticisme et le pessimisme qui prévalait à l'intérieur des directions de ces groupes.

Les caractéristiques du centrisme

Le centrisme, de par sa nature propre, est vague et mal défini, oscillant tantôt vers la gauche, tantôt vers la droite. Il est caractérisé autant par ce qui lui manque en terme de fondements idéologiques clairs et de principes politiques que par ce qu'il défend.

Néanmoins, en 1934, Trotsky décrivait clairement dans son article « Le centrisme et la Quatrième Internationale » [2] certains des traits fondamentaux des organisations centristes. Le lire aujourd'hui fait venir à l'esprit la maxime — plus ça change, plus c'est la même chose.

« En théorie », écrivait Trotsky, « le centrisme est amorphe et éclectique; autant qu'il est possible, il se dérobe aux obligations théoriques et a tendance (dans les mots) à donner la préférence à la “pratique révolutionnaire” sur la théorie sans comprendre que seule la théorie marxiste peut communiquer une direction révolutionnaire à la pratique... »

Il continuait « Dans la sphère de l'idéologie, le centrisme conduit à une existence parasitaire. Il répète contre les révolutionnaires marxistes les vieux arguments mencheviks... en général sans s'en rendre compte. D'un autre coté, les arguments principaux contre la droite qu'il emprunte aux marxistes, c'est-à-dire avant tout aux bolcheviks léninistes, il en émousse toutefois le tranchant de la critique et en évite les conclusions pratiques, vidant de ce fait leur critique de toute signification... »

A cause de son inaptitude à définir clairement sa position politique, disait Trotsky, « Un centriste, jamais sûr ni de ses positions ni de ses méthodes, éprouve de la haine pour le principe révolutionnaire: dire ce qui est. Il est enclin à substituer à la politique principielle des combinaisons personnelles et une médiocre diplomatie entre organisations. »

Et, dans une remarque que tous ceux qui ont un minimum d’expérience dans notre mouvement trouveront tout à fait familière et d’actualité, il déclarait « Le centriste couvre fréquemment son irrésolution en se référant au danger du “sectarisme”, ce par quoi il désigne non la passivité de la propagande abstraite, mais une préoccupation active pour la pureté des principes, la clarté des positions, la consistance politique et la cohérence organisationnelle. »

Egalement d’une immense portée était l’appréciation par Trotsky du rôle du centrisme sur l’arène internationale. Le centriste, écrivait-il, « ne comprend pas qu’à notre époque, un parti révolutionnaire national ne peut qu’être construit comme une partie d’un parti international. Dans le choix de ses alliés internationaux, le centriste fait preuve d’encore moins de discernement que dans ceux de son propre pays. »

En effet, cet aspect, ou plutôt cette caractéristique essentielle du centrisme devait apparaître à de nombreuses reprises dans le cadre de la lutte entre la Quatrième Internationale naissante et les partis situés dans l’orbite du Bureau de Londres.

Par exemple, en 1933, seulement une année après que le British Independent Labour Party (ILP) se soit désaffilié du Labour Party et ait effectué un tournant marqué vers la gauche et vers la Quatrième Internationale, ce parti publia une édition anglaise du puissant discours donné par Trotsky à Copenhague « En défense de la Révolution d’octobre ».

L’édition comprenait une introduction du dirigeant du parti, James Maxton, la recommandant aux socialistes, mais insistant que les différends en cause dans la lutte entre l’Opposition de gauche et la bureaucratie stalinienne étaient de ceux sur lesquels « Seuls les socialistes russes étaient en mesure de trancher ».

Alors que Trotsky considérait l’ILP comme se trouvant sur l’aile gauche du Bureau de Londres et qu’à ce moment il cherchait à discuter avec ce groupe du programme et des principes de la Quatrième Internationale, il répondit à cette attitude non interventionniste envers la lutte contre le stalinisme avec une intransigeance caractéristique.

« Par ces quelques mots le caractère international du socialisme en tant que doctrine scientifique et mouvement révolutionnaire est totalement réfuté », écrivait-il. « Si les socialistes (communistes) d’un pays ne sont pas capables, sont non compétents et par conséquent n’ont aucun droit à se prononcer sur les questions vitales de la lutte de socialistes (communistes) dans d’autres pays, l’Internationale prolétarienne perd tous droits et possibilités d’existence… [Maxton] s’exprimait sous une forme masquée sur l’essence de la dispute et, de facto, en faveur de la faction stalinienne, puisque notre lutte avec elle porte précisément sur la question de savoir si le socialisme est une affaire nationale ou internationale. » [3]

La prescience de Trotsky dans cette affaire fut bientôt confirmée. L’ILP finit par s’opposer à l’appel en faveur de la création d’une Commission d’enquête internationale sur les procès de Moscou, avec son dirigeant Brockway proposant à la place une commission composée de vauriens sociaux-démocrates pour enquêter sur l’activité politique de Léon Trotsky. En 1938, la perspective nationale-réformiste que Trotsky avait repérée dans l’introduction de Maxton, 5 ans plus tôt trouva sa complète expression lorsque le dirigeant de l’ILP prononça un discours public dans lequel il remerciait le premier ministre tory Neville Chamberlain d’avoir sauvé la « paix en Europe » en parvenant à un compromis avec Hitler à Munich.

Même si tous les partis centristes proches du Bureau de Londres ne sombrèrent pas aussi profondément dans la politique réactionnaire, tous finirent par s’opposer à la Quatrième Internationale sur des bases nationalistes identiques.

Les conséquences tragiques de tenter de suivre une route à mi-chemin entre le marxisme révolutionnaire d’un côté et le stalinisme et la social-démocratie de l’autre trouva sa pleine expression dans la politique équivoque d’Andres Nin et du POUM (Partido Obrero de Unificación Marxista, Parti ouvrier d'unification marxiste) en Espagne, qui contribua de façon décisive à étrangler la révolution espagnole et conduisit à la destruction du POUM et à l’assassinat de Nin. Le rôle du POUM, en dernière analyse, était de fournir une couverture de gauche au Front populaire, tout en isolant activement les marxistes révolutionnaires des masses. En ce sens, il fonctionna — en dépit des intentions de Nin — comme le principal obstacle à la construction d’un parti capable de conduire la révolution espagnole à la victoire.

Les politiques du POUM — ses manœuvres électorales avec le Front populaire espagnol qui se terminèrent par l’entrée de Nin dans un gouvernement bourgeois — furent soutenues par le Bureau de Londres, et les illusions que celui-ci encourageait quant au potentiel révolutionnaire du POUM trouvèrent une certaine résonance au sein des rangs trotskystes de même que dans d’autres sections des ouvriers révolutionnaires.

En dépit de ses dénonciations de la répression stalinienne en Espagne et de son immense sympathie pour le destin personnel de Nin, Trotsky insistait pour que la vérité soit dite sur les politiques poursuivies par Nin — qu’il avait commis le plus grand des crimes politiques possible en rejoignant un gouvernement bourgeois au cours d’une révolution socialiste.

Ceci devint la base d’une rupture avec divers centristes de gauche à la fois dans et autour de la Quatrième Internationale, qui, soit ouvertement, soit de façon embarrassée, défendaient le bilan de l’action de Nin.

Parmi les premiers on trouvait Pivert, du PSOP français. En réponse à l’affirmation de Trotsky que la soumission du POUM à l’égard du Front populaire était une des causes principales de la défaite espagnole, Pivert proclamait que la cause de la défaite n’était en rien liée à une capitulation du POUM, mais plutôt « aux efforts de l’impérialisme franco-britannique, de l’impérialisme italo-allemand et aussi à ceux des staliniens ».

En réponse, Trotsky écrivit, « Il n’était pas possible d’espérer ou de demander un mouvement de plus grande ampleur, de plus grande endurance, de plus grand héroïsme de la part des ouvriers que celui dont nous avons été témoin en Espagne. Les “démocrates” impérialistes et la racaille mercenaire de la Seconde et de la Troisième Internationale se comporteront toujours comme elles l’ont fait à l’égard de la révolution espagnole. Dans ces conditions qu’est-il possible d’espérer ? Il est criminel celui qui, au lieu d’analyser la politique de banqueroute des organisations révolutionnaires ou quasi-révolutionnaires, invoque l’ignominie de la bourgeoisie et de ses laquais. C’est précisément contre eux qu’une politique correcte est nécessaire ! » [4]

C’est un échange qui a trouvé des échos persistants jusqu’à ce jour. Des choses similaires furent dites au récent congrès de Madrid pour le 70e anniversaire de la Guerre Civile d’Espagne, avec une entière école d’historiens bourgeois insistant sur le fait que la cause du fascisme en Espagne ne provenait pas de l’absence de direction révolutionnaire, mais de la perfidie de Londres et de Paris. Dans chaque révolution qui a été défaite depuis — on pourrait citer le cas de la Bolivie en 1971 et du Chili en 1973 — les centristes ont toujours cherché à limiter tout examen du rôle joué par les organisations quasi-révolutionnaires — c’est-à-dire les partis centristes — dans la préparation des défaites, portant à la place le blâme sur l’impérialisme et la CIA.

Pivert porta aussi l’accusation que les « méthodes sectaires » des trotskystes étaient responsables de l’affaiblissement de l’avant-garde révolutionnaire. Il les accusa de « brutaliser l’intelligence des militants » et « [d’] interpréter sans indulgence n’importe laquelle des inévitables maladresses qui se produisent lors de la recherche de la vérité révolutionnaire ». La combinaison d’opportunisme, de subjectivisme blessé et de calomnie manifesté par Pivert est la marque de fabrique d’innombrables individus et tendances qui ont rompu avec la Quatrième Internationale tout en tentant de masquer leur propre politique centriste de droite. [5]

Ainsi que Trotsky le met en évidence, des accusations similaires furent portées contre Marx, Engels, Lénine, Rosa Luxemburg : qu’ils étaient trop tranchants ou manquaient de sensibilité et de diplomatie dans leurs échanges avec leurs opposants politiques. Cela s’expliquait par le fait, disait-il, que les centristes, qui avaient échoué à rompre avec l’opinion publique bourgeoise et sentaient la duplicité de leur propre position, n’aimaient pas la critique. D’un autre côté, les révolutionnaires, agissant sur la base d’une perspective révolutionnaire déterminée objectivement, sont enclins à confronter les centristes qui tentent d’esquiver les implications de la situation politique et de leurs propres positions.

A l’intérieur du mouvement trotskyste, le dirigeant de la section belge, George Vereeken, prit la position que la Quatrième Internationale était autant à blâmer que le POUM parce que sa critique tranchante de l’entrée du parti espagnol dans le gouvernement avait éloigné Nin d’elle. On trouve ici une marque de fabrique classique du centrisme : voir dans les différences politiques des problèmes de frictions personnelles ou des problèmes de régime plutôt que des questions fondamentales de principe.

Finalement, la dispute à propos de l’Espagne conduisit à une rupture avec Vereeken de même qu’avec Sneevliet, dont le RSAP (Revolutionair Socialistische Arbeiderspartij [Hollandais], Parti des travailleurs révolutionnaire socialiste) figurait parmi les partis les plus importants ayant signé l’appel de 1935 pour la Quatrième Internationale. Tout en prenant la forme d’une rupture et les apparences d’une crise organisationnelle, cette bataille contre le centrisme constitua la préparation politique essentielle pour la fondation du nouveau parti mondial.

La fondation de la QI

La Quatrième Internationale fut fondée en septembre 1938 dans des conditions où Trotsky et ses partisans subissaient les persécutions les plus intenses, les assassinats et même les meurtres de masse tant de la part de la bureaucratie stalinienne soviétique que de celle du fascisme.

Cette fondation intervint seulement six mois après le troisième des procès de Moscou, dont les accusés comprenaient Nikolaï Boukharine, ancien éditeur de la Pravda et qui fut à la tête de l'Internationale communiste ; Alexeï Rykov, qui fut officiellement à la tête du gouvernement soviétique pendant cinq ans après la mort de Lénine ; Christian Rakovsky, qui fut à la tête du gouvernement ukrainien; et N.N. Krestinsky, ancien secrétaire du Comité central et membre du Politburo.

Le procès fut accompagné par ce qui peut seulement être décrit comme la mise en œuvre d'un génocide politique, dans lequel tous les communistes qui continuaient de défendre les principes et le programme de la révolution d'Octobre 1917, c'est-à-dire les trotskystes, furent systématiquement exterminés. Après une décennie de répression, Staline craignait Trotsky et ses partisans plus que jamais, reconnaissant que la menace de guerre portait avec elle la menace d'un renouveau révolutionnaire.

Les meurtres ne se limitèrent pas à l'Union Soviétique. Les mois conduisant à la fondation de la Quatrième Internationale furent marqués par l'assassinat du fils de Trotsky, Leon Sedov, assassiné dans une clinique médicale à Paris, le meurtre violent et le démembrement du secrétaire allemand de Trotsky Rudolph Klement, qui devait présider la conférence et l'enlèvement et le meurtre en Espagne de l'autre secrétaire international de Trotsky, Erwin Wolff.

Cette répression et les défaites infligées à la classe ouvrière conduisirent certains dans le mouvement trotskyste à s'opposer à la fondation de la Quatrième Internationale avant et même durant la conférence de fondation elle-même. L'un des ceux-ci fut le biographe de Trotsky, Isaac Deutscher, qui devait par la suite fournir une théorie révisionniste du rôle de Staline, comme d'une sorte de Napoléon soviétique, une théorie qui fournit une inspiration idéologique clé pour le liquidationisme pabliste qui attaqua la Quatrième Internationale dans la période suivant la Deuxième Guerre mondiale.

Deutscher dans la troisième partie de sa trilogie sur Trotsky, Le prophète hors-la-loi, cite les objections à la fondation de la Quatrième Internationale faite par les délégués du groupe politique trotskyste polonais, dont il avait aidé à formuler les arguments.

« Ils firent remarquer que c'était s'engager sur une voie sans issue que de tenter de créer une nouvelle Internationale, alors que le mouvement des travailleurs, dans son ensemble, refluait et passait par une période de réaction intense et de dépression politique ; que le succès de toutes les précédentes Internationales avait été, dans une certaine mesure, dû au fait qu'elles s'étaient constituées durant des périodes de soulèvements révolutionnaires. »

Il continue en citant les délégués polonais disant que « “Aucune section marquante de la classe ouvrière ne répondra à notre manifeste. Il est nécessaire d'attendre...” Les Polonais tombaient d'accord avec Trotsky sur le fait que la Deuxième et la Troisième Internationale étaient moralement décédées. Mais ils avertissaient la conférence qu'il était frivole de sous-estimer le pouvoir réel de s'attacher la classe ouvrière que ces Internationales possédaient en divers pays. » [6]

Ces arguments étaient typiques de ces centristes qui s'étaient retrouvés les plus proches du mouvement trotskyste. Ils insistaient pour dire qu'ils étaient d'accord avec Trotsky sur de nombreuses questions, mais pas sur la conclusion pratique qu'un nouveau parti international devait être construit pour assembler les cadres marxistes qui étaient indispensables pour qu'une révolution socialiste soit victorieuse. Leurs objections que le temps n'était pas mûr servaient de couverture à leur propre orientation, mêlée d'effroi, vers les bureaucraties existantes, tant sociale-démocrate que stalinienne.

Le point de départ de Trotsky dans la lutte pour fonder la Quatrième Internationale et dans la méthode qui imprègne son document fondateur, le Programme de transition, c'est celle d'une évaluation, sur la base de principes et fondée scientifiquement, de la crise objective, des relations de classes et des forces politiques sur une échelle internationale. Il concevait la fondation de la Quatrième Internationale comme une nécessité historique objective sur la base de la crise du capitalisme et des trahisons des directions bureaucratiques existantes dans les mouvements ouvriers.

Les critiques centristes qui s'opposaient à la fondation de la Quatrième Internationale, toutefois, fondaient leurs propres arguments sur des considérations totalement subjectives. Alors qu'elles insistaient sur leur accord avec Trotsky sur la nature du stalinisme et de la social-démocratie, elles n'en partaient pas moins de leur propre estimation de l'emprise de ces bureaucraties sur les masses — totalement déconnectée de la lutte du parti révolutionnaire pour rompre cette emprise — et concluaient que le lancement de la Quatrième Internationale était simplement une gesticulation futile.

Les groupes adhérents au trotskysme étaient trop petits et isolés, insistaient-ils, pour « proclamer » une nouvelle internationale. Seul un nouveau « grand évènement » tel que la Révolution d'octobre pourrait créer les conditions pour le lancement d'un nouveau parti mondial.

Contre les centristes comme Deutscher, Trotsky insistait sur le fait que la nouvelle internationale était fondée sur de grands évènements — les plus grandes défaites dans l'histoire du mouvement international des travailleurs — En Espagne, Autriche, Allemagne, Chine, Italie et ailleurs — en même temps que l'extermination des socialistes en Union Soviétique — des événements qui avaient démontré la banqueroute et le caractère contre-révolutionnaire des vieilles bureaucraties dominant le mouvement ouvrier. Pour que l'humanité ne subisse pas une catastrophe mondiale, la classe ouvrière devait construire un nouveau parti révolutionnaire international.

Les centristes qui s'opposaient à la fondation de la Quatrième Internationale aux motifs que les staliniens étaient encore trop puissants ou que les masses ne comprendraient pas, étaient en fait seulement en train de participer à l'étouffement qu'exerçaient les vieilles bureaucraties, condamnant la classe ouvrière à avancer dans une voie sans issue. Trotsky écartait avec mépris cette fixation sur les supposées « causes subjectives », invoquée comme prétexte pour ne pas construire une nouvelle internationale.

Il écrivait : « Et quelle autre tâche y a-t-il pour les marxistes si ce n’est d’élever le facteur subjectif au niveau de l’objectif et d’amener la conscience des masses plus près de la compréhension de la nécessité historique — pour le dire simplement, expliquer aux masses leurs propres intérêts, qu’elles ne comprennent pas encore ? Le “profond problème” des centristes est une profonde couardise en face d’une tâche qui ne peut être différée. Les dirigeants… ne comprennent pas l’importance d’une activité révolutionnaire, fondée sur une conscience de classe, dans l’histoire. » [7]

Les centristes ignorent de façon commode le fait que Lénine publia son appel pour la Troisième Internationale dans le sillage de la grande trahison mise en œuvre par la Seconde, dans laquelle les partis sociaux-démocrates de toute l'Europe passèrent à une position de soutien de leur propre bourgeoisie lors de la Première Guerre mondiale. A l'époque, Lénine avait admis que ces socialistes qui adhéraient à la perspective du défaitisme révolutionnaire dont il se faisait le champion, constituaient une minorité dans la minorité qui aurait pu tenir dans une seule voiture de chemin de fer. Et ils demeurèrent une petite minorité du mouvement socialiste jusqu'à la victoire de la Révolution d'octobre.

Ecrivant une demi-année avant cette révolution, Lénine insistait dans ses « Thèses d'Avril » sur la fondation immédiate d'une nouvelle Internationale. Ce n'était pas seulement du fait de la trahison accomplie par la direction social-chauviniste de la Seconde Internationale, qui, comme il le disait, constituait l'ennemie de classe, mais aussi pour tracer une nette ligne de division entre les marxistes révolutionnaires et ce qu'il appelait les « centristes » de l'Internationale de Zimmerwald, ceux qui vacillaient entre le chauvinisme social et l'internationalisme socialiste authentique, qui supportaient l'internationalisme par des mots mais pas par des actes.

« C'est précisément à nous, et précisément à l'heure actuelle, qu'il appartient de fonder sans retard une nouvelle Internationale, une Internationale révolutionnaire, prolétarienne ; plus exactement, nous ne devons pas craindre de proclamer hautement qu'elle est déjà fondée et qu'elle agit.

C'est l'Internationale des « véritables internationalistes »... Eux, et eux seuls, sont les représentants, et non les corrupteurs, des masses internationalistes révolutionnaires.

Ces socialistes sont peu nombreux. Mais que chaque ouvrier russe se demande si, à la veille de la révolution de février‑mars 1917, il y avait beaucoup de révolutionnaires conscients en Russie.

Ce n'est pas le nombre qui importe, mais l'expression fidèle des idées et de la politique du prolétariat véritablement révolutionnaire. L'essentiel n'est pas de « proclamer » l'internationalisme ; c'est de savoir être, même aux moments les plus difficiles, de véritables internationalistes. »

Concluant ses thèses par une flétrissante critique de ceux qui se refusaient à une rupture définitive avec la social-démocratie, et qu’il résumait dans la proposition que le parti russe se renomme en Parti communiste, Lénine concluait, « Il est temps de jeter la chemise sale, il est temps de mettre du linge propre. » [8]

Le programme de transition

Il en allait de même avec la fondation de la Quatrième Internationale en septembre 1938. En évaluant la décision de tenir cette conférence et de rejeter les objections de toutes sortes centristes que le temps n’était pas venu, il faudrait poser la question suivante : quelles auraient été les conséquences pour le mouvement marxiste révolutionnaire si la Quatrième Internationale n’avait pas été fondée avant le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale moins d’un an plus tard et de l’assassinat de Trotsky une année à peine après ?

De toute évidence, le mouvement trotskyste aurait été privé de la clarté politique et programmatique qui s’est avérée décisive pour lui permettre de survivre aux immenses pressions et aux pertes tragiques des années de guerre et à des conditions qui firent que toutes les organisations centristes opposées à la fondation de la Quatrième Internationale furent elles, balayées de la carte politique.

La conférence de fondation approuva toute une suite de résolutions et adopta le programme de transition, dont le titre complet était « L'agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale ».

Prenant comme point de départ la crise objective du capitalisme mondial et la lutte des classes, ce document s'appuyait sur les expériences stratégiques de la classe ouvrière pour avancer un programme de revendications transitoires destinées à unir les masses de tous les pays dans la lutte révolutionnaire pour le pouvoir.

« Il faut aider les masses, dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de REVENDICATIONS TRANSITOIRES, partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat. » [9]

Il n’y a peut-être pas d’autre partie de l’héritage politique et théorique laissé par Trotsky qui ait fait l’objet d’attaques aussi soutenues et diverses et de révisions de la part des centristes que la conception de revendications transitoires. Alors que Trotsky voyait ce système de revendications comme un instrument pour surmonter la contradiction entre l’état avancé de la crise objective du capitalisme et l’immaturité et la confusion prévalant dans la conscience de la classe ouvrière, ces centristes et révisionnistes d'aujourd'hui ont invariablement cherché à les transformer en un moyen de s’adapter à la conscience spontanée et par là à subordonner la classe ouvrière aux bureaucraties existantes.

Comme nous l’expliquions dans nos résolutions sur les perspectives de 1988 : « Cela n’a pas été la moindre des trahisons des pablistes que leur effort persistant pour transformer le programme de transition en un livre de recettes pour une adaptation opportuniste et une évasion centriste ; c’est-à-dire en arrachant des revendications isolées hors de leur contexte révolutionnaire authentique et en proposant qu’elles soient présentées à la classe ouvrière comme un substitut pour un programme révolutionnaire authentique. Selon les partisans de cette méthode révisionniste, les revendications transitoires sont un moyen de s’adapter à, plutôt que de combattre, la conscience arriérée des masses. En essence, les partisans de cette position nient la nécessité de toute lutte ouverte en faveur de la conscience socialiste dans la classe ouvrière. Il n’est pas nécessaire, affirment-ils, de nourrir patiemment le mouvement ouvrier avec le riche fruit de la culture marxiste. Plutôt, il suffit de servir quelques revendications simples dont on suppose qu’elles séduiront les masses et les conduiront à la révolution socialiste sans même qu’elles aient conscience de leur destination finale. » [10]

D’un pont entre la crise objective et la conscience politique non développée des masses, divers mouvements révisionnistes ont cherché à transformer le programme de transition en un pont entre eux-mêmes et toutes sortes de mouvements nationalistes petits-bourgeois et bourgeois.

Tristement célèbre de ce point de vue a été le Socialist Workers Party aux Etats-Unis. Sa dégénérescence se révélait, trois décennies après qu’il ait joué avec Trotsky le rôle principal dans la formulation du programme de la révolution prolétarienne et dans lutte pour celui-ci, dans ses efforts pour élaborer de nouveaux programmes « de transition » et des revendications pour le nationalisme noir, le pouvoir étudiant et les mouvements féministes qui furent poussés en avant par la radicalisation des classes moyennes des années 1960. Des éléments du programme qui avaient été formulés pour répondre à la montée en puissance de la classe ouvrière des années 1930 — l'échelle mobile des salaires et des heures de travail, en particulier — devinrent un pont en direction de la bureaucratie syndicale anticommuniste de l'AFL-CIO.

Dans un article rédigé en 1971, feu George Novack décrivait le programme comme une « boîte à outils » dans laquelle on pouvait fouiller pour en tirer le bon instrument adapté à n'importe quelle situation particulière. Il nota avec fierté que l'échelle mobile des salaires avait rompu avec son « caractère de propagande » lorsque les United Auto Workers gagnèrent une clause d'indexation dans son contrat avec General Motors. [11]

Une forme particulièrement grotesque de cette tendance peut être trouvée dans les positions mises en avant par Alex Callinicos du Socialist Workers Party en Grande-Bretagne. Ce prétendu intellectuel marxiste a fait la promotion d'un « programme de transition » prétendument modernisé dans son livre, Un manifeste anticapitaliste.

Evidemment, cette modernisation consistait à mettre le programme sens dessus dessous. Le document rédigé par Trotsky et la Quatrième Internationale naissante a eu pour origine l'insoluble crise mondiale du capitalisme et la nécessité de surmonter l'obstacle posé par des directions opportunistes cherchant à subordonner la classe ouvrière à la bourgeoisie. Callinicos, au contraire, part du point de vue qu’il faut améliorer les conditions créées par le capitalisme et fournir des conseils « de gauche » aux versions contemporaines des tendances contre lesquelles Trotsky menait une guerre incessante.

De ce fait, son « programme de transition » n'est pas avancé comme l'arme d'un parti révolutionnaire cherchant à résoudre la crise de la direction révolutionnaire et à construire un pont pour relier l'état avancé de la crise objective et la relative immaturité de la conscience de la classe ouvrière. Plutôt, il est mis en avant comme une collection de suggestions pour « diverses tendances anticapitalistes », par lesquelles il entend principalement les réformistes, les centristes et les professionnels des organisations non gouvernementales qui peuplent le Forum social mondial.

Il convient aisément que sa liste hétéroclite de revendications représente « des réponses à des réalités contemporaines et ont toutes été soulevées par des mouvements existants ».

Ce fourre-tout réformiste inclut des demandes comme l’introduction de la taxe Tobin, le but premier du mouvement ATTAC, qui propose la mise en place d’une petite taxe sur les transactions internationales de devises de façon à décourager la spéculation. Les avocats anti-mondialistes de cette mesure prétendent que les sommes recueillies pourraient être utilisées pour remédier à la pauvreté dans le monde tout en renforçant les économies nationales. Son but principal, toutefois, est de stabiliser le capitalisme mondial en évitant des attaques spéculatives sur les monnaies nationales. Pour cette raison, des gouvernements, non seulement en Amérique latine, mais dans des pays aussi « respectables » que le Canada et la Belgique, n’ont pas de difficulté à en accepter le principe. [12]

D’autres organisations prétendument trotskystes d’une apparence plus orthodoxe développent la position rétrograde que les revendications de transition, en particulier l’échelle mobile des salaires et des heures, pourraient de quelque façon magique et automatique conduire la classe ouvrière à réaliser une révolution socialiste sans jamais être consciente qu’elle est en train de la réaliser. En général, l’accent est mis sur les revendications compatibles avec une adaptation à la conscience syndicale existante de la classe ouvrière, tandis que les demandes essentielles mises en avant dans le programme de transition, l’indépendance politique de la classe ouvrière et la lutte pour un gouvernement des ouvriers — ou, comme cela était formulé dans le programme de 1938, un gouvernement des ouvriers et des paysans — passent, elles, à la trappe.

Ceci est généralement associé à l’affirmation que, d’une façon ou d’une autre, le document de 1938, non seulement représente le programme de la Quatrième Internationale — intégrant par principe tous les autres documents programmatiques depuis La Révolution permanente jusqu’à La Révolution trahie — mais qu’il donne aussi fondamentalement le dernier mot sur le sujet, inchangé par les sept décennies suivantes du développement historique avec toutes les expériences riches et consciemment assimilées à travers lesquelles est passée la Quatrième Internationale.

De telles conceptions sont entièrement opposées à la perspective élaborée par Trotsky et vont au cœur de l’attaque centriste à l’encontre du marxisme. Pour Trotsky, la question la plus importante était celle d’une activité révolutionnaire de classe consciente dans l’histoire — c’est-à-dire celle rôle de la direction révolutionnaire. Il combattit de façon intransigeante contre tous ceux qui cherchaient à présenter le processus historique et la révolution elle-même comme quelque chose qui se développait de façon indépendante de la conscience humaine, une sorte de résultat mécaniquement prédéterminé des conditions objectives.

Le rôle du pablisme

Une étude exhaustive du rôle joué par le centrisme dans la période suivant la Deuxième Guerre mondiale et dans la situation présente demanderait beaucoup plus de temps que celui alloué à cette conférence. Il suffira de dire que tout au long de cette période, les mouvements centristes, qui sont dans une large mesure le produit de l’attaque révisionniste pabliste sur la Quatrième Internationale, ont joué un rôle crucial dans l’organisation de défaites et de trahisons des luttes révolutionnaires.

Les organisations pablistes répudièrent complètement les conceptions essentielles avancées par Trotsky dans la section terminant le programme de transition.

En dehors des cadres de la Quatrième Internationale, écrivait Trotsky, « Il n'existe pas, sur cette planète, un seul courant révolutionnaire qui mérite réellement ce nom. Si notre Internationale est encore faible en nombre, elle est forte par la doctrine, le programme, la tradition, la trempe incomparable de ses cadres. Que celui qui ne voit pas cela aujourd'hui reste à l'écart. Demain, ce sera plus visible. (…)

« La crise actuelle de la civilisation humaine est la crise de la direction du prolétariat. Les ouvriers avancés réunis au sein de la IV° Internationale montrent à leur classe la voie pour sortir de la crise. Ils lui proposent un programme fondé sur l'expérience internationale de la lutte émancipatrice du prolétariat et de tous les opprimés du monde. Ils lui proposent un drapeau que ne souille aucune tache. » [13]

De même que Trotsky affirmait en 1938 que, en dehors de la Quatrième Internationale, il n’existait pas un seul courant révolutionnaire à la surface du globe, de même aujourd’hui nous pouvons affirmer clairement qu’en dehors des cadres assemblés sous la bannière du Comité international, il n’existe aucune tendance qui ait défendu et maintenu cette conception du rôle décisif d’une direction révolutionnaire consciente organisée en un parti mondial.

Toutes les organisations révisionnistes et centristes qui prétendent ou ont par le passé prétendu être trotskystes ont depuis longtemps renoncé à cet héritage, soit explicitement soit en pratique, s’adaptant à des directions réformistes, staliniennes ou bourgeoises, et concevant leur rôle — au mieux — comme celui de groupes exerçant une pression de gauche sur ces organisations.

En ce sens, on peut dire qu’alors que nombre de ces tendances manifestent les mêmes traits décrits par Trotsky il y a 70 ans, il y a eu une dégénérescence sérieuse du centrisme, qui, sous la forme du révisionnisme pabliste, est fondé sur l’abandon explicite et persévérant du marxisme révolutionnaire. Ainsi, lorsque l’on examine aujourd’hui la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), Lutte ouvrière ou le groupe de Lambert en France, on découvre des organisations qui sont bien plus à droite que le PSOP de Pivert des années 1930 et qui ont beaucoup moins à voir avec la classe ouvrière.

L’un des exemples les plus récents et les plus révélateurs de cette tendance est survenu sous la forme d’une discussion publique tout à fait avilissante qui a eu lieu entre le groupement pabliste international — qui, il faut le noter, fait référence à lui-même sous le sigle IC, dans une tentative d’obscurcir et de nier la lutte historique du trotskysme contre le révisionnisme — et son ex-section brésilienne, la Democracia Socialista.

Le groupe brésilien s’est maintenu comme une tendance importante au sein du Parti des travailleurs actuellement au pouvoir au Brésil, alors même que d’autres éléments de gauche — comprenant certains de ses membres les plus éminents — ont été exclus pour avoir eu l’audace de contester les politiques de droite, inspirées par le FMI, du gouvernement Lula.

En effet, ses membres occupent des postes importants au sein du gouvernement, le plus notable étant Miguel Rosseto qui est devenu ministre de la Réforme agraire. Sa défense du programme capitaliste du gouvernement Lula et ses attaques contre les occupations de terre ont amené les paysans sans terre à brûler son effigie. Un autre membre dirigeant a pris le poste de secrétaire général du PT, alors même que ce parti au pouvoir s’enfonce dans des scandales à la corruption toujours plus nauséabonds.

Pendant plus de quatre ans, l’Internationale pabliste a donné à cette opération son consentement politique, déclarant que tout en ayant des préoccupations à propos de la politique « discutable » d’un parti supposé révolutionnaire entrant dans un gouvernement bourgeois, il ne voulait pas poser cette question en « termes dogmatiques », et au lieu de cela voulait accompagner le groupe brésilien dans cette expérience.

En remerciement pour cet opportunisme servile, Democracia Socialista a rompu, sauf en nom, avec les pablistes, publiant à la fin de 2005 une déclaration les accusant de pratiquer « un mauvais internationalisme, infesté des vices du XXe siècle ».

Aujourd’hui, comme vous le savez tous sans aucun doute, nous sommes entrés au 21e siècle et tous ces vices du 20e siècle (lutter pour le programme et les principes, assimiler et prendre au sérieux les leçons historiques des luttes de la classe ouvrière internationale) auxquels, il faut le souligner, les pablistes ne se sont jamais adonnés, sont à jeter par-dessus bord. Ce n’est pas un accident que Hugo Chavez a proclamé que son but est celui du « socialisme du 21e siècle », et que ce slogan ait été adopté par toutes sortes de révisionnistes et de centristes.

Le document de Democracia Socialista déclare que le groupe brésilien s’était affilié à l’organisation pabliste sur la base de la plate-forme de leur congrès de 1979. Dans ce document, affirment les révisionnistes brésiliens, « La Q[uatrième] I[nternationale] a cessé de se considérer comme le parti mondial de la révolution socialiste ou d’essayer d’avoir une direction internationale qui centralise ses sections nationales. » Democracia Socialista cite l’insistance du document qu’« il n’était désormais plus possible de travailler avec l’idée qu’un parti de masse révolutionnaire se formerait “autour” ou “sous la direction” de la QI, mais que la QI serait l’un de ces composantes, avec la perspective d’une avant-garde partagée… » Cette « avant-garde partagée » était supposée inclure des mouvements tels que les sandinistes nicaraguayens et le front salvadorien Farabundo Marti, des groupes qui se sont depuis longtemps transformés en partis entièrement bourgeois. [14]

La direction pabliste a maintenant enfin répondu à ce défi, publiant sa propre déclaration en mai dernier. Elle explique ce délai en se référant aux élections nationales de 2006 au Brésil, déclarant qu’elles « ne constituaient pas un moment favorable pour une discussion détendue sur l’internationalisme… étant donné que d’autres tâches plus importantes occupaient nos forces. »

Ces « tâches plus importantes », il faut le souligner, consistaient dans le travail électoral de deux factions rivales du DS. L’une faisait campagne pour la réélection de Lula, l’autre soutenait le défi lancé par leur membre exclue, la députée Heloisa Helena. Celle-ci les avait rejoints en formant le PSOL sur la base d’un programme douteux de défense des valeurs originelles du PT de Lula. Pendant la campagne, l’Internationale pabliste se limita à exhorter les équipes de campagnes rivales au dialogue.

La réponse pabliste est révélatrice. Elle commence par affirmer que « La plus grande partie de ce qui est écrit dans le document de DS est des réflexions qui seraient partagées par la plupart des militants de la Quatrième Internationale dans leurs pays respectifs. »

Elle s'inquiète seulement du fait de savoir à quel gouvernement bourgeois en Amérique latine il conviendrait de s’adapter et de promouvoir — Chavez au Venezuela et Morales en Bolivie conviennent, mais il y a des réserves à propos de Lula au Brésil et Kirchner en Argentine ou de Tabaré Vásquez en Uruguay.

La ligne de division est tirée non pas en fonction de la nature de classe de ces gouvernements — ils sont tous bourgeois — ou de leur attitude envers le mouvement de la classe ouvrière, mais plutôt largement en fonction de leurs positions respectives sur les accords de libre-échange. Ce critère en dit beaucoup sur la nature de classe et les orientations du pablisme d'aujourd'hui.

La direction internationale pabliste continue en se défendant contre les accusations de DS en citant la liquidation de ses forces dans Refondation communiste en Italie, de son groupe colombien dans un front électoral bourgeois et ainsi de suite.

Finalement arrive l’appel plaintif : « Il est nécessaire de savoir si l'existence même de la Quatrième Internationale... n'est pas maintenant devenue, pour les camarades [brésiliens], une autre des “erreurs du passé” » [15]

Eh bien, évidemment, c'est le cas, et c'est tout simplement la conclusion logique de la perspective pabliste toute entière. Si les co-penseurs internationaux de Democracia Socialista de jadis continuent à détourner le nom de Quatrième Internationale, et même celui de Comité international, c'est seulement pour essayer de mieux remplir leur fonction essentielle comme soutien secondaire du régime capitaliste et de barrière à la pénétration du marxisme dans la classe ouvrière.

Le marxisme est matérialiste. Il considère ces conditions objectives (le conflit entre les forces productives et les relations sociales, entre le système d'Etats-nations et l'économie mondiale) comme primaires. Mais cela n'a rien à voir avec le fatalisme. C'est une reconnaissance de l’interaction dialectique constante entre l'objectif et le subjectif dans le développement de la lutte des classes.

Il reconnaît par-dessus tout que l'explosion de lutte des classes générée par ces conflits objectifs ne peut être transformée en révolution socialiste qu’au moyen de l’intervention consciente d’un parti révolutionnaire qui se fonde sur une perspective socialiste et internationale.

Il n'y a pas de relation linéaire entre le développement de la crise objective et l'émergence de cette direction révolutionnaire consciente capable d'organiser la lutte pour le pouvoir. Au contraire, l'approfondissement de la crise du capitalisme est inévitablement accompagné par la pression idéologique croissante de la bourgeoisie sur le mouvement des ouvriers, ce qui provoque une montée des tendances centristes qui cherchent à isoler le socialisme révolutionnaire de la classe ouvrière.

Le parti révolutionnaire doit être préparé à l'avance et doit chercher à éduquer les sections les plus avancées des ouvriers et de la jeunesse, tout en gagnant de l'autorité au sein de la classe ouvrière toute entière. C'est la tâche fixée par la fondation de la Quatrième Internationale et poursuivie dans la lutte contre le centrisme. Et c'est la tâche que le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections poursuivent aujourd'hui.

Notes:

[1] Writings of Leon Trotsky [1933-44] (New York: Pathfinder Press, 1972), pp. 49-52, traduction de l'anglais.

[2] Writings of Leon Trotsky [1933-44] (New York: Pathfinder Press, 1972), pp. 232-37, traduction de l'anglais.

[3] Trotsky’s Writings on Britain, vol. 3 (London: New Park Publications, 1974), “The ILP after Disaffiliation,” p. 67, traduction de l'anglais.

[4] “Centrism and the 4th International,” Letter to Daniel Guerin, March 10, 1939, http://www.marxists.org/archive/trotsky/1939/03/psop.htm. Ndt: Il existe une version française, partielle, de ce texte sur le même site, sans ce passage (cf. note 2 du lien ci-dessous) que nous avons donc traduit de l’anglais : http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/03/lt19390310.htm

[5] Ibid, Letter from Marceau Pivert to Leon Trotsky, Jan. 26, 1939, traduction de l'anglais.

[6] Isaac Deutscher, The Prophet Outcast (London: verso, 2003), p. 341, traduction française tirée, de Trotsky 6, Le prophète hors-la-loi, coll. 10 18, p.561.

[7] Writings of Leon Trotsky [1934-35] (New York: Pathfinder Press, 1971), “Centrist Alchemy or Marxism,” pp. 262-63, traduction de l'anglais.

[8] V.I. Lenin, The April Thesis (Moscow: Progress Publishers, 1970), pp. 48-54. Traduction française reprise de :
http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528k.htm
http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528l.htm

[9] The Death Agony of Capitalism and the Tasks of the Fourth International, The Transitional Program (New York: Labor Publications, 1981), pp. 3-4. Traduction française reprise de :
http://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran3.html

[10] The World Capitalist Crisis and the Task of the Fourth International, Perspectives Resolution of the International Committee of the Fourth International, August 1988. (Detroit: Labor Publications, 1988), p. 73, traduction de l’anglais.

[11] The Transitional Program for Socialist Revolution (New York: Pathfinder Press, 2005), George Novack, “The Role of the Transitional Program in the Revolutionary Process,” p.59.

[12] Alex Callinicos, An Anti-Capitalist Manifesto (London: Polity Press, 2003).

[13] The Death Agony of Capitalism and the Tasks of the Fourth International, pp. 42-3, traduction française reprise de :
http://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran21.html

[14] International Viewpoint Online: IV389, May 2007, Brazil debate “An internationalist policy for the 21st century,” Democracia Socialista (traduction de l’anglais): http://www.internationalviewpoint.org/spip.php?article1263

[15] Ibid. (traduction de l’anglais), “The new internationalism and the Fourth International: A first response to the document of DS”: http://www.internationalviewpoint.org/spip.php?article1264