Grève des étudiants diplômés de l'Université de Californie: Une lutte contre le syndicat UAW et le Parti démocrate

Par Tom Hall
9 mars 2020

Depuis deux mois, les étudiants diplômés et les assistants d'enseignement de l'université de Californie (UC) sont engagés dans une grève sauvage, se rebellant contre le syndicat United Auto Workers (UAW) pour exiger des ajustements au coût de la vie (COLA) dans l'un des États les plus chers des États-Unis. Le salaire qu'ils perçoivent actuellement ne couvre même pas le loyer moyen dans les principales villes de Californie, où les coûts de logement grimpent en flèche.

La grève a commencé au campus de Santa Cruz de l’UC, mais elle s'est rapidement étendue à l'ensemble du système des 11 campus de l'UC. La semaine dernière, la présidente de l'UC, Janet Napolitano – ancienne secrétaire du département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security) de Barack Obama – a renvoyé des dizaines de grévistes et déployé la police contre une manifestation, provoquant des rassemblements sur plusieurs campus.

Des étudiants manifestent au campus d'Irvine de l’UC

La grève s'inscrit dans la vague internationale de protestation sociale. Elle se déroule en rébellion contre l'UAW détesté et le contrat qu'il a imposé aux étudiants diplômés. Non seulement le contrat ne tient pas compte du coût de la vie, mais il comprend également une clause d’interdiction de grève que les grévistes défient audacieusement.

L'UAW a réagi en déposant plainte auprès de la Commission nationale des relations de travail (National Labor Relations Board) contre l'administration de l'UC – non pas pour avoir maltraité les grévistes, mais pour avoir négocié avec eux! En d'autres termes, l'UAW est intervenue non pas au nom de ses «membres» mais au nom de ses propres intérêts, pour maintenir son statut d'unique «agent de négociation collective» et pour que l'argent des cotisations continue d'affluer au siège social de l'UAW à Detroit, dans le Michigan.

Les actions de l'UAW contre les étudiants diplômés de l'Université de Californie sont conformes à ce que ce syndicat est: une organisation anti-classe ouvrière dirigée par des criminels qui font l'objet d'une enquête ou qui ont été inculpés pour avoir volé l'argent des cotisations des travailleurs et accepté des pots-de-vin des entreprises automobiles.

Cette semaine, les procureurs ont porté plainte contre l'ancien président de l'UAW, Gary Jones, pour avoir détourné plus d'un million de dollars de l'argent des cotisations des travailleurs. Selon l'acte d'accusation des procureurs fédéraux, Jones et d'autres cadres supérieurs de l'UAW se sont engagés dans une conspiration visant à détourner l'argent des cotisations pour couvrir «les cigares, les villas privées, les dépenses d'alcool et de repas haut de gamme et les vêtements, clubs et parties de golf.»

Pendant des décennies, l'UAW a supervisé l'imposition d'un contrat de concession après l'autre, réprimant l'opposition des travailleurs à la fin de la journée de 8 heures, à la mise en place de multiples niveaux de salaires et d’avantages et à la destruction d'emplois. Elle s'est transformée en entreprise, profitant de l'exploitation des travailleurs qu'elle prétend représenter tout en empochant les pots-de-vin des entreprises automobiles.

Qu'est-ce que les défenseurs de l'UAW aimeraient d'autre comme preuve qu'il ne s'agit pas d'une organisation de travailleurs? Une organisation qui vole l'argent des cotisations tout en appliquant les diktats de l'entreprise est une organisation de briseurs de grève, pas une organisation de travailleurs.

L'UAW est l'expression particulièrement obscène d'un processus général qui touche tous les syndicats, lesquels sont basés sur une perspective nationaliste et procapitaliste. La Fédération américaine des enseignants (American Federation of Teachers), dont la présidente Randi Weingarten «gagne» un demi-million de dollars par an, a trahi grève après grève dans la vague de révoltes des enseignants qui a déferlé sur le pays ces deux dernières années, de la Virginie-Occidentale à l'Oklahoma, en passant par l'Arizona, Chicago, Los Angeles, Oakland et ailleurs.

La lutte des étudiants diplômés du système de l'Université de Californie est en même temps une lutte contre le Parti démocrate.

Le fait que ce soit Janet Napolitano, une haute responsable du Parti démocrate, qui mette en œuvre les réductions et licencie les grévistes n'est que l'expression la plus directe du fait que les démocrates, pas moins que les républicains, sont dédiés à la réduction du financement de l'éducation afin de libérer des ressources pour les riches.

Des décennies de protestations contre la hausse des frais de scolarité à l'université de Californie ont été accueillies par un silence de plomb de la part des démocrates. En 2011, la police de l'université de Californie a utilisé du poivre de cayenne contre les manifestants du campus de Davis de l’UC pendant l'administration de Jerry Brown.

Ceux qui déclarent que la grève doit rester libre de toute politique – comme ceux qui maintiennent qu’il est possible de réformer l'UAW – s'efforcent de subordonner les travailleurs aux partis existants et à la politique capitaliste. Cet argument est généralement justifié par le fait que la politique «divise» les travailleurs.

En réalité, un mouvement de masse capable de défier la classe dominante ne peut se fonder que sur la mobilisation de l'ensemble de la classe ouvrière contre l'inégalité et le capitalisme. Ceci est particulièrement crucial pour la mobilisation de la jeunesse, dont l'intérêt croissant pour le socialisme doit être dirigé vers la classe ouvrière, et non vers le Parti démocrate.

L'absence de parcours professionnels stables et l'omniprésence des emplois à temps partiel, temporaires et précaires ne font que souligner que les luttes des jeunes et des étudiants soulèvent inévitablement des questions liées à l'organisation de la société capitaliste. Les grévistes de l'UC à Santa Cruz ont obtenu du soutien pour leur cause parce que des millions de jeunes, et les travailleurs en général, voient dans leurs conditions d'exploitation la réalité sociale à laquelle toute une génération est confrontée sous le capitalisme.

Alors même que les protestations de l'UC se développent, il y a une vague croissante d'opposition parmi les enseignants, les travailleurs et les étudiants aux coupes budgétaires massives prévues au lycée Sweetwater de San Diego, en Californie. Vendredi, les étudiants ont poursuivi une série de débrayages pour s'opposer au licenciement imminent d’enseignants et aux coupes dans les centres d'apprentissage qui auront un impact dévastateur.

Pour que ces luttes soient couronnées de succès, des conclusions politiques fondamentales doivent être tirées. Il y a des jeunes qui conservent des illusions en Bernie Sanders, qui a tweeté son soutien aux étudiants de l'UC et prétend qu'il peut mener une «révolution politique» dans le cadre du Parti démocrate.

Le 28 février, Sanders a tweeté: «C'est honteux. Tous les travailleurs méritent le droit de négocier et de faire grève pour obtenir de meilleurs salaires et avantages. À Janet Napolitano et à l'UCSC: arrêtez ce scandaleux comportement antisyndical et négociez de bonne foi.»

Mais les grévistes savent que le problème n'est pas la tentative de «briser le syndicat», puisque le syndicat lui-même «brise» la grève. Et les grévistes ne veulent pas que l'UC «négocie» avec l'UAW pourrie - elle veut que l'UC réponde aux demandes que l'UAW n'a pas réussi à traiter en tant que «représentant» autoproclamé des étudiants diplômés. Quant à la demande de Sanders selon laquelle «tous les travailleurs méritent le droit de grève», il devrait le dire à l'UAW, qui a négocié une clause d’interdiction de grève!

De plus, toute la campagne de Sanders vise à ramener les travailleurs et les jeunes au sein du Parti démocrate, l'organisation même qui est responsable, au même titre que les républicains, des conditions auxquelles sont confrontés les travailleurs et les jeunes. En Californie, tout l'État est contrôlé par les démocrates, de haut en bas.

Alors même que le Parti démocrate attaque Sanders de toute part et tente de bloquer sa campagne, Sanders insiste encore plus sur le fait que les travailleurs doivent soutenir cette organisation réactionnaire.

Il est nécessaire d’expliquer sans détour la situation aux grévistes: sans une perspective politique claire et une rupture consciente avec les syndicats, la grève sera finalement isolée et vaincue par les démocrates et les syndicats.

Le Parti de l’égalité socialiste (Socialist Equality Party) demande aux étudiants diplômés de former des comités de la base, totalement indépendants des syndicats, pour faire appel aux travailleurs de toute la Californie et des États-Unis.

Ces comités doivent établir des lignes de communication avec les travailleurs de la chaine Safeway, les enseignants des écoles publiques, les étudiants et les travailleurs de l'automobile, qui considèrent avec admiration et enthousiasme le mépris des étudiants à l'égard de l'UAW. Une fois établis, ils formeront l'épine dorsale d'un puissant mouvement de la classe ouvrière contre les conditions sociales auxquelles toutes les sections de la classe ouvrière sont confrontées.

Le développement d'organisations de lutte indépendantes doit être lié à la construction d'une véritable direction socialiste dans la classe ouvrière, reliant la lutte pour les droits sociaux de tous les travailleurs à un mouvement politique international de masse pour mettre fin à l'inégalité, à la guerre et au système capitaliste.

Lors des élections de 2020, le Parti de l’égalité socialiste présente Joseph Kishore et Norissa Santa Cruz comme candidats à la présidence et à la vice-présidence. Pour plus d'informations et pour vous impliquer, visitez le site socialism2020.org.

L’auteur recommande:

Le scandale montant de la corruption du syndicat UAW et la nécessité de comités de la base [9 novembre 2019]

Le scandale de la corruption du syndicat UAW et pourquoi il faut des comités de base [23 août 2018]

(Article paru en anglais le 7 mars 2020)