La pandémie de COVID-19 et la guerre impérialiste mondiale

Par Bill Van Auken
12 mai 2020

Le discours suivant a été prononcé par Bill Van Auken, rédacteur en chef latino-américain du World Socialist Web Site, lors du rassemblement en ligne de la Journée internationale du Mai 2020 organisé par la WSWS et le Comité international de la Quatrième Internationale le 2 mai.

Camarades et amis!

Nous marquons ce 1er mai 2020 dans les conditions d’une lutte commune des travailleurs du monde entier pour protéger leurs vies et leurs droits fondamentaux contre la réponse criminelle des classes capitalistes dominantes de chaque pays à la pandémie de COVID-19.

Alors même que le COVID-19 menace de coûter la vie à des millions de personnes, la menace d’une nouvelle guerre mondiale qui pourrait en anéantir des milliards d’autres, loin d’être atténuée par la pandémie mondiale, n’a fait que s’intensifier.

L’impérialisme n’a pris, ni congé-maladie, ni vacances; il ne dort pas. Malgré tous les discours creux sur le fait que nous sommes tous dans le même bateau, la classe dirigeante américaine considère la pandémie comme un instrument de guerre. Elle a cherché sans relâche à utiliser le virus comme une arme pour atteindre les mêmes objectifs géostratégiques qu’elle poursuivait avant que le COVID-19 fasse des centaines de milliers de victimes et force l’arrêt d’économies entières.

Cette semaine, le commandant de la Force globale de frappe de l’aviation américaine, le général américain Timothy Ray, responsable de centaines de bombardiers stratégiques porteurs de bombes nucléaires et de missiles intercontinentaux, s’est adressé à l’opinion publique américaine et aux rivaux stratégiques de l’impérialisme américain, en déclarant :

« Ne vous inquiétez pas: nous avons pris les mesures nécessaires pour que nos bombardiers et nos missiles intercontinentaux soient prêts à être lancés pour atteindre n’importe quel objectif sur la planète à tout moment. Nous sommes totalement prêts pour la mission et le COVID-19 ne change rien à cela. »

Au début du mois dernier, le général Ray a déclaré dans une interview que les bombes nucléaires de son commandement « sont toujours prêtes au lancement ».

Le monde est choqué à la vue des patients mourant par milliers dans les salles d’urgence surpeuplées, des cercueils empilés dans des fosses communes et des cadavres en décomposition empilés dans des camions de location dans les rues de New York. Autant d’illustrations du capitalisme américain en pleine décadence. Une seule ogive de 40 kilotonnes larguée sur Manhattan, cependant, ferait environ un quart de million de morts et un autre quart de million de blessés, et sans aucune unité de soins intensifs, aucun hôpital ou personnel médical pour les soigner.

« Les ogives sont toujours prêtes au lancement ». Soixante-quinze ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les commandants militaires et les dirigeants politiques partent du principe qu’une troisième guerre mondiale entre les grandes puissances n’est pas une possibilité lointaine, mais plutôt hautement probable et même inévitable.

Comme l’a clairement expliqué un orateur précédent, la cible première et principale du militarisme américain, c’est la Chine. Washington mène cependant son agression dans le monde entier.

Au plus fort de la pandémie aux États-Unis, le président Donald Trump a envoyé une flottille de navires de guerre sur les côtes du Venezuela tout en tweetant un ordre à la marine américaine d’attaquer et de couler les patrouilleurs iraniens qui surveillent le déploiement provocateur des navires de guerre américains dans le golfe Persique. L’administration américaine a cherché à militariser la pandémie, en renforçant les sanctions contre l’Iran, pays qui éprouve l’un des taux de mortalité au COVID-19 les plus élevés au monde, et le Venezuela, dont le système de santé est au bord de l’effondrement.

Alors que ces menaces de guerre soudaines et non provoquées prennent un air d’hystérie et de désespoir s’agitant de plus en plus face à la crise du COVID-19, il y a néanmoins une méthode précise à l’œuvre dans cette folie. Washington veut profiter de la maladie et des morts massives dans le cadre de ses campagnes agressives de « pression maximale » pour entrainer des changements de régimes dans ces deux pays riches en pétrole.

Les trois décennies de guerres menées par les États-Unis au Moyen-Orient et en Afghanistan n’ont créé qu’une série de débâcles. Loin d’atteindre les objectifs de Washington de restaurer l’hégémonie mondiale de l’impérialisme américain, qui a été érodée par le déclin relatif de la position mondiale du capitalisme américain, ce pays est aujourd’hui confronté à ce que l’on appelle, en termes militaires et de politique étrangère, la « concurrence stratégique » de la Russie et de la Chine. Parallèlement, des conflits de plus en plus aigus apparaissent entre Washington et ses anciens partenaires de l’OTAN, en particulier l’Allemagne, contre laquelle les États-Unis ont combattu dans deux guerres mondiales.

Les préparatifs de ces conflits alimentent un budget militaire gargantuesque qui devrait atteindre 741 milliards de dollars l’année prochaine, dont 50 milliards de dollars pour le développement de la triade nucléaire américaine et 500 milliards de dollars pour les dix prochaines années.

Pendant ce temps, les Centres de contrôle des maladies, qui constituent la principale agence américaine de lutte contre les pandémies, ont vu leur budget sans cesse réduit, ce dernier représentant maintenant à peine 1,5 % de celui du Pentagone.

Rien ne pourrait résumer plus clairement le caractère criminel et irrationnel du système capitaliste. Tout comme les milliers de milliards canalisés vers Wall Street, les milliers de milliards de dollars consacrés à la construction d’armes de destruction massive, tout en rapportant des profits obscènes aux PDG et aux grands actionnaires, représentent des ressources volées à la société alors que des millions et des millions de personnes sont frappées par le COVID-19, le chômage de masse et la faim.

Le militarisme américain est cependant loin d’être tout-puissant, comme l’ont clairement montré les événements à bord du USS Theodore Roosevelt, ce porte-avions à propulsion nucléaire censé être le symbole de la puissance américaine. Le COVID-19 a en effet balayé ses ponts bondés comme un feu de forêt, et au moins 900 membres d’équipage sont maintenant infectés par la maladie. Le commandant du navire a supplié ses supérieurs de lui permettre de ramener le porte-avions au port, de permettre à l’équipage de débarquer et d’être mis en quarantaine, en insistant sur le fait que «nous ne sommes pas en guerre. Les marins n’ont pas besoin de mourir.»

Cette action a rendu furieux l’administration Trump, qui s’efforçait de minimiser la menace de la pandémie et qui estime que l’impérialisme américain est en guerre et que si des marins doivent mourir, qu’il en soit ainsi. Pour sa part, l’équipage a fait des adieux tumultueux à son capitaine limogé dans une atmosphère frisant la mutinerie. Son action est allée à l’encontre de la politique d’agression militaire dans laquelle leurs vies ne sont pas plus importantes que celles des Iraniens, des Vénézuéliens, des Yéménites, des Afghans, des Irakiens ou des Somaliens que l’impérialisme américain tue quotidiennement.

Plus importantes encore sont les grèves des travailleurs des maquiladoras mexicaines qui ont interrompu l’approvisionnement en fournitures essentielles à l’industrie américaine de l’armement, alors même que les travailleurs américains de l’autre côté de la frontière ont également fait grève et protesté dans les usines d’armement contre des conditions qui menacent leur santé et leur vie même.

La même crise insoluble qui pousse le capitalisme mondial à la guerre pousse les travailleurs du monde entier à la révolution.

La seule réponse à la course criminelle vers la guerre réside dans la mobilisation de la classe ouvrière internationale contre le capitalisme. Les travailleurs doivent lutter pour l’expropriation de la vaste industrie de l’armement sans compensation et la confiscation des profits obscènes de ses principaux actionnaires afin que ces ressources puissent être mobilisées pour combattre la pandémie mondiale et garantir les besoins sociaux de la grande majorité de la population. Ces revendications indispensables sont inextricablement liées à la lutte pour le transfert du pouvoir à la classe ouvrière et l’instauration du socialisme.