L'oligarchie financière transforme le Royaume-Uni en un champ meurtrier

Par Chris Marsden
12 mai 2020

Le discours suivant a été prononcé par le secrétaire national du Socialist Equality Party (Grande-Bretagne), Chris Marsden, lors du rassemblement en ligne de la Journée internationale du Mai 2020 organisé par le World Socialist Web Site et le Comité international de la Quatrième Internationale le 2 mai.

Le nom du Premier ministre Boris Johnson sera à jamais associé à la politique meurtrière de « l’immunité collective ».

Elle a coûté des dizaines de milliers de vies. Le Royaume-Uni est sur le point de dépasser l’Italie pour devenir le centre de la pandémie de coronavirus en Europe, dépassé internationalement seulement par les États-Unis.

L’étendue de la criminalité officielle est encore cachée, car le gouvernement ment sur le taux de mortalité. Ce n’est que cette semaine qu’il a reconnu les milliers de décès dans les maisons de retraite, mais seulement ceux testés positifs alors que ces tests manquaient souvent.

Le nombre de décès serait deux fois plus que le chiffre officiel, soit bien plus de 50.000.

Le gouvernement prévoyait de 500.000 à 750.000 morts. N’ayant rien fait pour empêcher la propagation du virus ou pour stocker des équipements de protection, il a réduit le budget de santé. Pris sur le fait, il a essayé de cacher ses crimes.

Le Royaume-Uni a été transformé en champ de bataille par une offensive soutenue et brutale contre la classe ouvrière dans les intérêts de l’oligarchie financière. Le taux de mortalité du COVID-19 est deux fois plus élevé dans les quartiers populaires que dans les zones aisées.

Toutes les saletés idéologiques accumulées sur ces décennies - de la déclaration par Thatcher que "la société n’existe pas", à celle du New Labour de Tony Blair qu’il était "intensément à l'aise qu’on devienne immensément riche" - trouvent leur expression définitive dans la réaction de Johnson à la pandémie.

Quel est le véritable programme du gouvernement ?

Eliminer les vieux et les infirmes !

Pomper des milliards vers les coffres des entreprises !

Remettre les gens au travail !

Les habituer à la menace constante d’une maladie douloureuse et d’une mort précoce !

Comment en sommes-nous arrivés là ? Blair est le nom à la transformation du Parti travailliste en parti ouvertement favorable à la guerre et la réaction sociale, et des syndicats en police industrielle pour le gouvernement.

Depuis cinq ans, on a dit aux travailleurs et aux jeunes que pour lutter contre tout cela on pouvait faire renaître Labour grâce à l’élection de Jeremy Corbyn. A quoi ressemble cette fantaisie aujourd’hui ?

Le leadership de Corbyn s’est avéré être un exercice de démobilisation politique de la classe ouvrière. Sur fond de crise gouvernementale à propos du Brexit, le capitaine Corbyn s’est assis à la barre pour s’opposer à toute grève ou mobilisation politique contre l’austérité, aux guerres en Syrie et contre la Russie et la Chine, et à toute lutte contre Blair.

Nous avons maintenant Boris Johnson au pouvoir et Sir Keir Starmer comme chef du parti travailliste.

La dernière action de Corbyn au Parlement a été de déclarer le 27 mars qu’il ne souhaitait pas être "implacablement négatif" sur le bilan du gouvernement sur le coronavirus - sans évoquer la politique d’"immunité de troupeau" ou les 350 milliards de livres fournis aux entreprises. Mais il a fait un sermon sur la nécessité de "reconnaître la valeur des uns et des autres et la force d’une société qui se soucie des uns et des autres et qui se soucie de tous".

Son dernier refus de lutter et sa promesse de soutenir loyalement Starmer ont préparé le terrain pour que le Parti travailliste et les confédérations syndicales prennent leur place dans un gouvernement d’unité nationale de facto.

L’objectif explicite des syndicats est, je cite, «de gérer le retour massif au travail à la fin ou lors de l’assouplissement du confinement ».

Selon son document politique, le Congrès des syndicats «ne prend pas position sur la science ou sur comment gérer une pandémie, ni sur la rapidité ou la nature d’un retour au travail. Il est injuste de discuter de la priorité relative de la santé publique ou de la croissance économique: toutes deux sont importantes pour le bien-être des travailleurs ».

Les bureaucrates syndicaux, qui se préoccupent uniquement des marges réalisées par les investisseurs, s’entendent avec les ministres de droite pour formuler des plans qui coûteront des milliers de vies supplémentaires lors d’une inévitable seconde vague de la pandémie.

Entre-temps, Starmer encense les conservateurs comme un vrai groupie, qualifiant de "stupéfiant" leur "travail sur la distanciation sociale et la capacité en soins intensifs".

"J’ai dit que je ne demanderais pas l’impossible et je ne le ferai pas", a-t-il déclaré au Parlement. Il a tenu sa parole.

Les partis qui ont jadis eu l’allégeance de millions de travailleurs pourrissent sur pied. La classe ouvrière britannique, comme ses frères et sœurs de classe du monde entier, doit maintenant construire la direction nécessaire pour mener une lutte irréconciliable contre la classe capitaliste.

Pendant quatre décennies, on matraque sans fin les travailleurs et les jeunes avec des éloges creux des merveilles du marché et sur l’échec supposé du socialisme. Corbyn a puisé dans le premier rejet populaire de ce mensonge, sur fond d’inégalités sociales croissantes et d’un appauvrissement systématique de millions de personnes.

Avant même que le coronavirus ne frappe, la Grande-Bretagne avait été transformée en terrain de jeu pour les riches et en désert social pour des millions de travailleurs. Aujourd’hui, on nous demande d’accepter la "nouvelle normalité" - le chômage de masse, les réductions de salaires, et la décimation des protections sociales restantes - afin que les super-riches puissent prospérer, entourés de misère et de souffrances.

Le Parti de l'égalité socialiste se prépare à l’inévitable éruption d’une opposition de masse que cela provoquera, au Royaume-Uni et dans le monde entier. Nous donnerons à ce mouvement le programme et la direction socialistes et internationalistes nécessaires à la victoire, dans une lutte unifiée avec nos camarades du Comité international de la IVe Internationale.