Crise COVID-19: Castex appelle à intensifier la politique d’État policier

Par Alexandre Lantier
17 juillet 2020

Dans un discours de politique générale aux tonalités belliqueuses, le nouveau premier ministre français, Jean Castex, a présenté le 15 juillet à l’Assemblée nationale la ligne politique fixée par Macron à travers son dialogue avec Angela Merkel et les instances européennes. Aujourd’hui, les dirigeants syndicaux doivent rencontrer Castex à Matignon afin de les intégrer publiquement dans le pilotage de cette politique.

Castex a déclaré que la pandémie de Covid a provoqué une «crise économique d’une ampleur inégalée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale». Il a indiqué qu’il y réagirait en intensifiant l’austérité et le militarisme policier qui ont été les marques de fabrique du mandat de Macron.

Cette politique exprime la faillite et la cupidité non seulement du gouvernement Macron, mais de l’ensemble de la classe dirigeante. Adoptée avec le soutien de 345 des 577 députés dans l’Assemblée, la politique de Castex prépare une collision entre les travailleurs d’un côté et les banques, les États et les appareils syndicaux à l’échelle non seulement française mais européenne et internationale.

Castex a lancé clairement le signal que ce seraient les travailleurs qui subiraient le gros du coût de la crise. Tout en avouant que ce sont les «plus vulnérables d’entre nous» qui «ont été davantage touchés par la crise sanitaire», il a prédit sans sourciller qu’ils «seront également les plus fortement affectés par la crise économique.» Il a annoncé l’accélération de la mise en œuvre de la réforme des retraites en France, suspendue pendant le confinement suite aux grèves de décembre-janvier, et le renforcement de la police.

L’arrogance de classe de ce gouvernement et de l’Union européenne est assommante. Dans le cadre de multiples et faramineux plans de relance – celui de €1.250 milliards accordé aux banques par la Banque centrale européenne, et les centaines de milliards d’euros investis par les principaux États de la zone euro – Castex a annoncé des dépenses supplémentaires d’environ €100 milliards. Alors que Macron a dit supposer qu’un million de travailleurs perdent leur emploi en France cette année, l’État déverse des sommes énormes sur l’élite patronale et financière.

Elle comporte €40 milliards fournis aux entreprises au-delà des dizaines de milliards dépensés sur des sociétés comme Renault, Air France, Airbus, €20 milliards pour les rénovations écologiques, et €38 milliards pour le chômage technique et pour remplir les carnets de commandes des entreprises. A côté, Castex a proposé d’accorder €8 milliards pour revaloriser les salaires du personnel soignant et des subventions pour encourager les entreprises à embaucher les jeunes à moins de 1,6 SMIC.

En même temps, il a souligné qu’il n’y aurait aucun rétablissement de l’Impôt sur la fortune aboli par Macron ni d’autre augmentation des impôts pour financer ces dépenses massives. Ces décisions, dont l’impact sera de creuser massivement les inégalités et de transférer d’immenses richesses vers la classe dirigeante, entraîneront une vaste augmentation de la dette publique.

Évoquant les plans de relance européens négociés entre Merkel et Macron, Castex a déclaré que la politique de son gouvernement consisterait en un «investissement massif qui intègre un soutien exceptionnel de l’Union européenne, ce qui n’avait pas été le cas lors de la crise de 2008.» Il a ajouté, «Dépenser en transformant, c’est de l’investissement pour l’avenir. La part conjoncturelle de la dette, liée à la crise, fera l’objet d’un cantonnement.»

Ce pillage de la société provoquera inévitablement une contre-offensive des travailleurs. Déjà depuis deux ans, grèves et mouvement sociaux se succèdent en France, avec les «gilets jaunes» ou la grève des transports, et à travers le monde. Aux grèves des enseignants et de l’automobile aux USA et aux mobilisations de masse en Irak, au Liban, en Algérie, en Bolivie, ou au Chili l’année dernière ont succédé les grèves sauvages en Italie, aux USA et au Brésil en 2020 pour exiger le confinement et la sécurisation des usines face au Covid.

Suite à la violente répression des «gilets jaunes» menée par les forces de l’ordre, le gouvernement Castex se prépare à une escalade majeure de la répression policière des mouvements d’opposition que ne manquera pas de provoquer sa politique de réaction sociale. Un accent nettement fascisant a transpercé dans la description par Castex de sa politique intérieure.

«Il est urgentissime de faire évoluer le logiciel de l'action publique», a-t-il déclaré. «L'erreur serait de penser qu'il faudrait en cela remettre en cause l'Etat, car l'Etat, c'est la France.»

En fait, Castex réduit la France non seulement à l’État mais finalement aux forces de l’ordre à qui il confie la tâche de réprimer les travailleurs. Exigeant une «remontée en puissance historique de nos armées», Castex a aussi salué les formations de police: «Ils forment la première ligne de l'ordre républicain. Je tiens à ce qu'ils puissent obtenir tous les moyens matériels et humains nécessaires pour conduire leur mission, pour qu'ils puissent être sur le terrain, en les déchargeant de tâches administratives parfois chronophages.»

Dénonçant pêle-mêle islamistes et manifestants, il a évoqué «la laïcité comme valeur cardinale» pour ensuite pointer l’Islam du doigt et exiger une répression accrue des manifestations. «Aucune religion, aucun courant de pensée, ne peut s'approprier l'espace public et s'en prendre aux lois de la République», a-t-il déclaré.

Castex a annoncé son intention d’imposer une vague «loi contre les séparatismes» et la création de «juges de proximité spécialement affectés à la répression des actes d'incivilités du quotidien.» Ceux-ci devront juger à la va-vite ceux que la police accusera d’une vaste catégorie d’infractions dont la «petite délinquance, les tags, les trafics, les troubles à la tranquillité publique».

Les diverses autres mesures proclamées par Castex pour donner un vernis «progressiste» à sa politique – l’écologie, la réduction des charges pour les emplois jeunes, les repas universitaires à un euro – ont pour but d’éviter une trop large explosion de colère qui déborderait les forces de l’ordre. Mais ils ne modifient en rien l’évolution de l’État français et de l’appareil de l’Union européenne vers une dictature policière nettement fascisante.

La répression intérieure va de pair avec la préparation de guerres désastreuses à l’extérieur, sur fond de bouleversement de l’ordre géopolitique mondial par trois décennies de guerre au Moyen Orient et à présent la crise du Covid et le décrochage des USA. Cette semaine, alors que Castex préparait son discours, le chef d’état-major des armées, le général François Lecointre, a accordé une entrevue au Monde pour annoncer que l’armée française se prépare à «un engagement stratégique majeur.»

Il a décrit les confrontations entre bâtiments turcs et français en Méditerranée au large de la Libye pour dire qu’un conflit pareil serait «différent des guerres que nous menons actuellement – même si le combat peut y être de très haute intensité au niveau tactique, avec des pertes importantes. Pour autant, il ne sera pas forcément un conflit de haute intensité, au sens d’une alliance entière qui se réorganise complètement pour la grande guerre. Toutes les gradations sont possibles.»

Face à la pandémie et à sa résurgence en Europe, face au danger de guerre et la politique d’austérité répressive, il faut mobiliser la classe ouvrière en lutte indépendamment des syndicats. Ceux-ci rencontrent aujourd’hui Castex, qui a appelé le «dialogue social» en renfort comme stratégie pour tenter de «ressouder la France», en clair, étrangler l’opposition aux politiques d’austérité menées par Castex au nom de l’union nationale.

Les dirigeants syndicaux qui collaborent avec Castex démontrent par là même leur hostilité de classe envers les travailleurs. Leurs organisations, financées par l’État et le patronat, ne servent qu’à subordonner les luttes aux politiques et aux calculs tactiques des banques. Avec leurs alliés dans les partis politiques «populistes de gauche», ils s’engagent dans une collaboration corporatiste avec l’aristocratie financière sans précédent depuis l’intégration, via la Charte du Travail de 1941, de chefs des syndicats dissous dans l’appareil d’État du régime de Vichy.

Après l’organisation du mouvement des «gilets jaunes» sur les réseaux sociaux, alors que des comités de sécurité indépendants des syndicats s’établissent des usines de l’automobile aux USA jusqu’aux plantations de thé au Sri Lanka, la possibilité et la nécessité de mener une lutte politique internationale s’impose aux travailleurs. Le seul moyen d’éviter une hécatombe sanitaire et sociale est de mobiliser les travailleurs en dehors du cadre corrompu du «dialogue social» national, contre la guerre et le capitalisme.

Ceci signifie une lutte internationale pour transférer le pouvoir étatique aux organisations ouvrières indépendantes, renverser le capitalisme, et imposer une planification économique socialiste contre la pandémie et les inégalités sociales.