Avec plus de 200.000  décès dus aux coronavirus

L’OMS prévient que la pandémie de COVID-19 est en train de resurgir en Europe

Par Alex Lantier
28 juillet 2020

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti vendredi que la levée des mesures de confinement entraîne une résurgence de COVID-19 en Europe. L’augmentation du nombre de nouveaux cas est le produit d’inégalités de classe et de l’exploitation de la main-d’œuvre migrante sur le continent.

«La récente résurgence des cas de COVID-19 dans certains pays suite à l’assouplissement des mesures d’éloignement physique est certainement préoccupante», a déclaré à l’AFP une porte-parole de l’OMS-Europe.

Elle a déclaré que les gouvernements devraient se préparer à des mesures de confinement à grande échelle pour éviter de nouvelles épidémies majeures. Elle a continué: «Lorsque de nouvelles grappes de cas apparaissent, on doit les contrôler par des interventions rapides et ciblées. Notamment, la détection et l’isolement rapides des cas et la recherche diligente des contacts et la mise en quarantaine… Si la situation l’exige, la réintroduction de mesures plus strictes et ciblées avec le plein engagement des communautés peut être nécessaire.»

Au cours du week-end, le nombre de décès en Europe dus au COVID-19 a dépassé les 200.000, alors que le nombre de cas européens officiellement enregistrés approche les 3 millions. Bien que, le nombre de décès liés à COVID-19 augmente en Europe de l’Est — avec plus de 5.000 nouveaux cas par jour en Russie, et plus de 1000 en Ukraine et en Roumanie — le nombre de décès quotidiens liés au COVID-19, qui se chiffre à plusieurs centaines, est toutefois bien inférieur aux milliers de personnes qui sont mortes chaque jour ce printemps. Les fermetures d’usines en Europe occidentale ont atténué l’effet de la pandémie. Depuis le 20 mai, l’Europe a enregistré environ 20.000 nouveaux cas par jour, soit moins de la moitié du pic d’avril.

La politique de l’Union européenne (UE), entièrement axée sur l’utilisation de la pandémie comme prétexte pour accorder des aides de plusieurs milliers de milliards d’euros aux banques et aux grandes entreprises, mène cependant au désastre. Alors que la pandémie se propage en Europe de l’Est, la fin prématurée des mesures de confinement dans les centres initiaux de la pandémie en Europe de l’Ouest entraîne une rapide résurgence des cas.

Samedi, la Roumanie a enregistré un nombre record de 1284 cas et l’Ukraine un nombre presque record de 1106. Alors que, le régime d’extrême droite ukrainien impose des mesures d’austérité du FMI et réduit les dépenses sociales, forçant des millions d’Ukrainiens à trouver du travail en Europe centrale ou occidentale. Beaucoup d’entre eux travaillent comme ouvriers agricoles migrants et sont très exposés en raison des conditions de travail épouvantables qui y règnent, même dans les pays les plus riches d’Europe.

En Allemagne, 174 des 480 travailleurs agricoles migrants d’une ferme du village bavarois de Memming ont été testés positifs au COVID-19. Les forces de sécurité ont mis l’installation en quarantaine et ont averti que la zone autour de la ferme pourrait également être mise en quarantaine. Les travailleurs infectés à Memming sont pour la plupart des travailleurs migrants roumains qui cueillaient et traitaient des concombres dans de grandes installations fermées qui ont probablement contribué à la propagation du virus parmi les travailleurs.

En Espagne, des manifestations ont éclaté parmi les travailleurs agricoles migrants dans la région de Castilla La Mancha après que 400 travailleurs se sont trouvés contraints à l’enfermement lors d’une épidémie près d’Albacete. Les travailleurs, dont beaucoup venaient d’Afrique de l’Ouest, ont été logés collectivement, sans intimité ni installations pour dormir et se laver. La ferme a refusé de fournir un logement et les hôtels de la région ont refusé de fournir des chambres aux travailleurs.

Le Collège de travail social de Castilla La Mancha a publié une déclaration sur cette tragédie, déclarant «L’administration locale n’a jamais décidé de mener une action à grande échelle pour donner aux personnes qui y résident des conditions dignes. Elle a toujours détourné le regard, même s'il était nécessaire de faire un travail de prévention sur de nombreux fronts, y compris la santé publique. Compte tenu des circonstances de la pandémie de COVID-19, quelqu’un a-t-il vraiment pensé que cela ne pouvait pas arriver?»

Un reportage d’Euronews, Der Spiegel, Lighthouse Reports et Médiapart, s’intitule: «Les travailleurs invisibles: Sous-payés, exploités et mis en danger dans les exploitations agricoles européennes». Ce reportage révèle les conditions de travail épouvantables auxquelles font face une grande partie des 9,7 millions de personnes qui travaillent dans l’agriculture en Europe.

Juan, un jeune Colombien, était engagé par un sous-traitant pour travailler dans une ferme française. Il se rappelle comment les autres travailleurs l’ont d’abord salué: «“Bienvenue en enfer”, me disait-on. Et je pensais que c’était une blague. Mais quand ils ont ouvert la porte et que j’ai vu la maison… c’était un désastre». Les travailleurs payaient 200 euros par mois de loyer dans la maison, où ils étaient entassés à cinq dans une chambre, partageant des lits superposés, en violation du droit du travail. Aucun drap ou oreiller n’était fourni pour les lits, ni de papier toilette dans les toilettes.

De tels rapports mettent en évidence l’arrogance de classe sans limites de l’aristocratie financière et de ses complices petits-bourgeois de la bureaucratie syndicale qui définissent la politique sociale en Europe. Alors que, la Banque centrale européenne imprime 1250 milliards d’euros à donner aux banques pour renflouer les super-riches et que les fonctionnaires de l’État se disputent la répartition des 750 milliards d’euros destinés au sauvetage des entreprises européennes, ils traitent les travailleurs avec mépris.

Les fonctionnaires européens ont admis que les ouvriers agricoles, hypocritement salués comme des «travailleurs essentiels» par les médias capitalistes, ne sont guère mieux traités que des esclaves — avec des conséquences mortelles. «En ce moment, nous avons cette situation folle où nous avons en fait une meilleure protection pour les animaux que pour certains de ces travailleurs dans nos fermes», a observé Daniel Freund, un député européen allemand des Verts.

Cela met en évidence les profondes failles du verrouillage de l’Europe. On n’a mis en œuvre les mesures de confinement qu’après une vague de grèves sauvages en mars en Italie et des grèves de plus en plus nombreuses dans toute l’Europe. Toutefois, cela n’a pas permis à lui seul d’arrêter totalement la pandémie. Pendant le confinement, les conditions dans les fermes et autres lieux de travail garantissaient que la maladie continuerait à se propager parmi les «travailleurs essentiels» super-exploités employés pour empêcher un effondrement des réserves alimentaires.

L’effet de la fin prématurée des mesures de confinement se fait maintenant sentir. Bien que le nombre de nouveaux cas quotidiens soit tombé à quelques dizaines dans de nombreux pays d’Europe occidentale après les mesures de confinement de ce printemps, il augmente rapidement en Allemagne (781 le samedi), en France (1130) et en Espagne (2255). «La deuxième vague est arrivée», a écrit le Tagesspiegel allemand, ajoutant: «Depuis la mi-mai, le nombre de nouveaux cas a régulièrement diminué. Mais maintenant, les cas sont clairement en hausse, même là où il n’y a pas de points chauds.»

Après que la Catalogne ait proposé un confinement «volontaire» de 4 millions de personnes à Barcelone, Jean-François Delfraissy, le chef du Conseil scientifique français, a déclaré que la France pourrait bientôt connaître des niveaux similaires.

Mettant en garde contre le fait que la France pourrait «basculer dans quelque chose qui ressemblerait plus à l’Espagne, à la Catalogne», il a souligné les zones ouvrières qui abritent de nombreux immigrants qui effectuent des travaux essentiels. Il a souligné sa préoccupation pour «les populations les plus précaires et les personnes qui peuvent tomber dans la précarité. Le 93 est plus touché que d’autres départements, les Français d’origine étrangère ont un taux de mortalité plus important». Il a déclaré que «si on laisse redémarrer une infection du Covid plus importante dans ces populations, ce sera pour l’ensemble de la population.»

Néanmoins, l’UE s’oppose fermement à de nouvelles mesures de confinement et exige des coupes sombres dans l’emploi, afin de financer les milliers de milliards d’euros qui sont transférés aux riches.

Samedi, le Premier ministre français Jean Castex a exclu la possibilité d’un verrouillage à grande échelle. «Nous savons maintenant ce que cela produit: une telle mesure brise la progression de l'épidémie, certes, mais au niveau économique et social, c'est catastrophique», a-t-il déclaré, ajoutant qu’on ne pourrait envisager que «des re-confinements très localisés». Le président français Emmanuel Macron a déjà déclaré que des millions de travailleurs vont perdre leur emploi rien qu’en France, et que de nombreuses faillites auraient lieu ce qui aiderait à financer les plans de sauvetage des riches de l’UE.

Pour parler plus clairement, Castex et la classe capitaliste européenne derrière lui s’opposent à l’arrêt de la propagation du COVID-19 parce que cette «catastrophe» empêche le flux de profits dans leurs poches. En préférant la mort et les profits à la vie et à la santé, ils révèlent leur propre faillite. Ils démontrent ainsi que seul un mouvement de la classe ouvrière — pour l’égalité; pour que les travailleurs puissent contrôler la production; et pour la prise du pouvoir politique par la classe ouvrière sur une plateforme socialiste — peut arrêter la pandémie.

(Article paru d’abord en anglais 27 juillet 2020)