L’économie européenne s’effondre, l’UE renfloue les super-riches

Par Anthony Torres et Alexandre Lantier
3 août 2020

Les chiffres sur l’économie européenne au 2e trimestre publiés par Eurostat mettent en évidence l’effondrement le plus soudain et le plus brutal de l’histoire.

Déjà avant la pandémie du Covid-19, l’Europe flirtait avec la récession: au dernier trimestre de 2019, l’Allemagne stagnait, et la France (-0,1 pour cent) et l’Italie (-0,3 pour cent) chutaient. Dans ce contexte, la perte de confiance économique liée à la pandémie et ensuite les effets des mesures de confinement ont porté un coup dévastateur à l’Europe.

A présent, une catastrophe historique s’abat sur les travailleurs, les indépendants et les petites entreprises. Eurostat a indiqué le 31 juillet que le Produit intérieur brut (PIB) avait reculé de 12,1 pour cent dans la zone euro, et de 11,9 pour cent dans l’Union européenne. Au premier trimestre la baisse était respectivement de 3,6 pour cent et 3,2 pour cent. En Allemagne, poumon économique de l’Europe, le PIB s’est contracté de 10,1 pour cent; la baisse s’établissait à 10,7 pour cent en Autriche et à 12,2 pour cent en Belgique entre avril et juin.

L’Italie, durement touchée par la pandémie enregistre un plongeon de 12,4 pour cent. Selon Jack Allen-Reynolds de Capital Economics, «le PIB de la Péninsule est tout de même retombé à son niveau du début des années 1990». Ailleurs, la chute a été même plus rude. La France, le Portugal et l’Espagne ont vu 13,8, 14,1 et 18,5 pour cent de contraction respectivement. Selon les projections disponibles à l’heure actuelle, l’économie britannique chuterait elle d’environ 15 pour cent.

Si l’économie européenne restait à ce niveau-là d’activité à travers le reste de l’année 2020, l’Europe subirait un krach même plus profond que celui de la Grande dépression des années 1930.

Les entreprises stratégiques du capitalisme européen ont subi des lourdes pertes quel que soit le secteur d’activité. Parmi les grandes entreprises de l’automobile, Volkswagen dit avoir perdu 1,4 milliards d’euros sous l’effet d’une chute du chiffre d’affaire de 23 pour cent, et le groupe Renault-Nissan 7,3 milliards d’euros. L’avionneur européen Airbus a subi une perte nette de 1,9 milliards d’euros.

Les géants pétroliers Total et Royal Dutch Shell perdent 7 milliards d’euros et 18,1 milliards de dollars respectivement, tandis que l’entreprise de luxe Hermès a vu son bénéfice net chuter de 55 pour cent au premier semestre en raison de l’épidémie de Covid-19.

La situation dans les compagnies aériennes est également désastreuse. Air France-KLM a publié ses résultats jeudi faisant état d’un chiffre d’affaire en baisse de 83 pour cent, après une perte de 2,1 milliards d’euros à Lufthansa au premier trimestre. Le groupe IAG qui détient British Airways a annoncé une perte nette de 4,2 milliards d’euros au premier semestre de 2020.

Des millions de travailleurs n’étaient plus employés pendant la pandémie; les entreprises comptaient sur l’État pour payer le chômage partiel. En juillet, 9,3 millions de travailleurs britanniques dépendaient de pareils programmes, en France ils étaient 4,5 millions (contre 8,8 en avril), en Allemagne 6,6 millions, et 3,7 millions en Espagne. L’Italie elle aurait dépensé environ €5 milliards par mois sur le chômage partiel.

Une confrontation explosive entre les travailleurs et l’aristocratie financière se prépare en Europe et à l’international. Ayant proposé une politique criminelle d’ «immunité collective», consistant à laisser les travailleurs s’infecter dans l’espoir qu’ils deviendraient d’eux-mêmes immunisés au virus, l’élite dirigeante témoigne à présent d’un mépris aussi profond pour l’emploi que pour la santé et la vie des travailleurs. Tout en donnant des milliers de milliards d’euros aux banques et au patronat, elle attaque drastiquement l’emploi et les salaires.

La Banque centrale européenne (BCE) a approuvé €1.250 milliards pour les banques européennes, et l’UE un plan de relance d’environ €750 milliards pour les États et le patronat européens. On plonge ces vastes sommes d’argent public dans les actions et les marchés financiers afin d’enrichir les super-riches. Toutefois, les responsables et les bureaucrates syndicaux n’exigent aucune garantie de la part des investisseurs milliardaires oud es grands patrons qu’en échange de l’argent public, ils ne vont pas licencier ou réduire les salaires.

En fait, des dizaines de grandes sociétés ont déjà annoncé des plans sociaux, alors que les États européens imposent l’austérité et attaquent les niveaux de vie. Déjà au Royaume-Uni, on se prépare à saborder dès octobre, le chômage partiel, qui en Espagne doit passer de 70 à 35 pour cent du salaire à l’automne. Hier, le syndicat allemand IG Metall a annoncé qu’il s’attendait à 300.000 pertes de postes dans la métallurgie en Allemagne.

Ces attaques sociales dépendent de la complicité des syndicats européens, qui participent activement à leur formulation avec les responsables de l’État et les dirigeants patronaux. Les syndicats français et allemands ont même signé un communiqué commun saluant le plan de relance européen adopté par Merkel et Macron.

L’élite dirigeante mène la politique la plus parasitaire et égoïstre depuis que l’aristocratie féodale française a refusé de payer l’impôt pour résoudre la crise fiscale avant la révolution de 1789.

La nouvelle éruption internationale de la lutte des classes se produira en dehors du cadre corrompu des appareils syndicaux. La situation la plus explosive émerge aux États-Unis, où les aides aux travailleurs seront suspendues ce mois; des dizaines de millions de personnes craignent la faim ou d’être expulsés de leurs appartements. En Europe, le chômage atteindra 9,5 pour cent dans la zone euro selon la Commission européenne, surtout dans le sud de l’Europe: 20 pour cent en Grèce et en Espagne, 11,8 pour cent en Italie et 10,1 en France.

Ces chiffres terribles signifient la perte de millions de postes et les faillites de milliers de petites entreprises, afin de renflouer une élite financière corrompue qui vit en pillant les deniers publics. Mais ces estimations sont elles-mêmes trop optimistes. Elles dépendent de l’idée que le patronat accepterait de ré-embaucher des dizaines de millions de travailleurs actuellement payés par l’État grâce à une rapide embellie économique.

L’économiste d’ING, Bert Colijn, a dit: «Cette récession ne ressemble a aucune autre. Nous n’avons jamais vu de tels chiffres, un plongeon aussi vertigineux lié à la pandémie et au confinement, suivi d’un fort rebond mécanique, que nous observerons dans les statistiques du troisième trimestre.»

Un pareil scénario est toutefois de moins en moins crédible à long terme. Le déconfinement produit l’effondrement de la distanciation sociale et une résurgence rapide des cas à travers l’Europe. Le nombre de nouveaux cas s’établit à 1.000 en France et bientôt en Allemagne, 600 en Belgique, et 3.000 en Espagne. Depuis la fin juin, quand le nombre de nouveaux cas était au plus bas juste après la fin du confinement, le chiffre seraitpassé de l’indice 1 à 2 en France et en Allemagne, 7 en Belgique, et 10 en Espagne.

Alors que les États européens récusent tout idée de confinement sauf d’éventuels confinements régionaux, ce qui accélère la propagation du virus, cette politique de l’autruche risque de les forces à prendre des mesures drastiques si le virus échappe à tout contrôle. Étant donné l’incapacité des gouvernements européens à identifier, tester et tracer les malades, un scénario de confinement, qui implique une nouvelle contraction drastique de l’activité, est une possibilité croissante.

Déjà le gouvernement espagnol a réimposé un confinement «volontaire» à Barcelone qui touche plus de 4 millions de personnes dans cette région économiquement vitale de l’Espagne.

Les travailleurs ne peuvent pas stopper le pillage de la société par des manifestations nationales sous le contrôle des syndicats, qui négocient en même temps l’austérité avec l’UE et le patronat. La pandémie démasque la faillite du système capitaliste, et une lutte politique contre l’UE, visant à prendre le pouvoir, est à présent indispensable pour les travailleurs. Leurs meilleurs alliés dans cette lutte seraient les travailleurs autour du monde mobilisés contre l’austérité et la politique d’imposer le retour au travail au milieu de la pandémie.

Les milliards d’euros qui servent à renflouer les riches doivent servir à lutter contre le COVID-19 et défendre l’emploi et les salaires, et les sociétés renflouées par l’État doivent être nationalisées à travers l’Europe et au-delà, démocratiquement et sous contrôle ouvrier, en tant que services publics. C’est essentiel pour continuer a lutte pour la santé et la sécurité des travailleurs malgré l’impact de la pandémie à la fois sur la vie et sur l’activité économique des travailleurs.