La colère grandit aux États-Unis alors que des discussions à huis clos se poursuivent à propos de la fin de l’allocation de chômage supplémentaire

Par Jacob Crosse
5 août 2020

La frustration, l’anxiété et la colère montent parmi les quelque 30 millions de travailleurs qui ont cessé de recevoir leur allocation de chômage supplémentaire fédérale hebdomadaire de 600 dollars la semaine dernière, après que le Congrès n’ait pas réussi à se mettre d’accord sur un nouveau projet de loi de relance de la lutte contre la COVID-19 et ait ajourné pour la fin de semaine.

Les discussions à huis clos qui ont eu lieu lundi entre le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin et le chef de cabinet de la Maison-Blanche Mark Meadows, d’une part, et la présidente de la Chambre Nancy Pelosi et le leader de la minorité au Sénat Charles Schumer, d’autre part, auraient laissé les deux parties très éloignées sur une possible prolongation de l’allocation de chômage supplémentaire.

Des personnes portant des masques de protection font la queue à une distribution de dons de nourriture pendant la pandémie de la COVID-19 dans le quartier résidentiel de Corona de l’arrondissement Queens à New York. (AP Photo/John Minchillo)

Les deux camps sont d’accord pour réduire l’allocation hebdomadaire de 600 dollars – qui est déjà insuffisante – en invoquant que ses bénéficiaires, qui font partie des dizaines de millions de personnes licenciées à cause de la pandémie de la COVID-19 et de la réaction incompétente de Trump et des deux partis de la grande entreprise dictée par Wall Street, sont «surpayés». Ils ne font que marchander quant aux détails de la somme à couper et de la rapidité de cette coupe.

Les intérêts sociaux qui se cachent derrière la suppression de l’aide aux chômeurs ont bien été démontrés par la réaction de Wall Street. Le Dow a ainsi gagné 236 points lundi. Le Nasdaq a fait un bond de 157 points, incitant Trump à tweeter «HAUSSE RECORD DU NASDAQ».

Le refus du Congrès de prolonger l’allocation supplémentaire fédérale pave la voie à une catastrophe sociale. La suppression de cette allocation réduit le revenu hebdomadaire des chômeurs de 60 à 90 %. Des dizaines de millions de ménages, déjà en situation de retards de paiements, vont se retrouver sans abri suite à l’expiration des moratoires sur les expulsions et les saisies.

Selon un sondage du Bureau américain du recensement, un locataire sur sept en Californie n’a pas payé son loyer à temps le mois dernier et près d’un sur six ne s’attend pas à le payer à temps en août. Le même sondage a révélé que globalement, aux États-Unis, 23.759.822 locataires ont déclaré n’avoir «aucune confiance» ou «peu confiance» dans leur capacité de payer leur loyer en août.

Le cabinet de recherche Stout a conclu que près d’un million de locataires dans la vallée de l’Ohio, qui comprend l’Ohio, le Kentucky et la Virginie-Occidentale, sont incapables de payer leur loyer ce mois-ci et risquent l’expulsion. Fin juillet, Stout estimait que quelque 475.000 locataires, soit 43 % du total pour le Michigan, risquaient de perdre leur logement.

La faim, qui progressait déjà comme le montre la prolifération des files d’attente longues de plusieurs kilomètres dans les centres de distribution alimentaire, est sur le point d’exploser et il y a une menace de famine.

Le taux de chômage officiel reste dans les deux chiffres, à 11,1 %. Pour la semaine se terminant le 25 juillet, 1,4 million de travailleurs de plus ont déposé leur première demande de chômage, ce qui signifie que plus de 52 millions d’Américains ont maintenant demandé des allocations de chômage depuis la mi-mars.

Un sondage AP/NORC publié la semaine dernière a révélé que 27 % des ménages comptaient une personne de licenciée à cause de la pandémie, 33 % avaient un membre dont les heures de travail avaient été réduites, 24 % comptaient quelqu’un forcé à prendre des congés non payés, et 29 % avaient un de leur membre travaillant à salaire réduit.

L’échec du Congrès de prolonger l’allocation de chômage fédérale et l’interdiction partielle des expulsions n’est pas le résultat d’une «impasse» partisane, mais bien d’une politique délibérée. L’objectif est de faire chanter les travailleurs des usines et des lieux de travail infectés par le virus afin qu’ils puissent recommencer à pomper les profits pour les banques et les entreprises.

Des centaines de milliers de travailleurs licenciés pendant la pandémie n’ont jamais reçu un cent d’allocation de chômage en raison de l’incapacité des agences d’emploi de l’État à traiter leurs demandes. Au Colorado, le département du Travail et de l’emploi indique que sur les 664.532 demandes de chômage déposées depuis la mi-mars, 223.298 sont toujours en cours de traitement.

Au New Jersey, 50.000 travailleurs attendent toujours d’être payés, tandis que le ministère de l’Emploi, de l’Éducation et de la Formation du Nevada fait état d’un «retard» qui fait que plus de 20.000 demandes sont restées «impayées». Ce qui n’a pas empêché l’agence d’envoyer des lettres de «surpaiement» à des milliers de travailleurs qui n’ont toujours rien reçu!

Des reporters du WSWS ont parlé avec des travailleurs de l’Illinois et de la Pennsylvanie concernant l’expiration de leurs prestations.

«J’ai l’impression d’être privée de l’argent que j’ai gagné en travaillant, nous déclare Dana, une directrice de magasin au chômage. J’ai travaillé pendant plus de 20 ans d’affilée. Quand on est au chômage, on ne reçoit pas le même montant que comme si on travaillait. Ces 600 dollars m’ont énormément aidée. C’était comme recevoir un chèque de paie et pouvoir avoir tout son argent sans déduction de salaire. J’ai pu ainsi rattraper mes retards de paiements sur mes factures et aussi payer mes frais médicaux.»

Laura, une chômeuse de l’Illinois, fait remarquer que «les 600 dollars ont été une énorme bénédiction et ont apporté un plus chez moi. Ils m’ont permis d’économiser et de payer mes factures.»

«J’ai été licenciée, poursuit-elle. Je n’ai pas choisi cette situation. Être au chômage n’est pas l’idéal. Je veux travailler, mais il n’y a pas d’emplois en ce moment. J’aimerais bénéficier des soins médicaux et des autres avantages qui sont offerts lorsqu’on travaille.

«Je n’aime donc vraiment pas que le secrétaire au Trésor donne l’impression que les chômeurs ne sont pas incités à chercher du travail. Les travailleurs sont habitués d'entendre le mensonge qu’il n’y a pas d’argent pour soutenir les programmes sur lesquels nous comptons, alors, oui, je suis d’accord qu’il est temps que nous fassions quelque chose à ce sujet.»

«Je ne sais pas ce que je vais faire, déclare Helen, une chômeuse de Pittsburgh, au WSWS. Je travaillais dans le domaine de la santé. Ma fille a 9 ans. Je suis sans travail depuis mars, lorsque les écoles ont fermé.

«Je ne pouvais pas aller travailler parce que je n’ai personne pour s’occuper d’elle. Ils vont recommencer l’école, mais j’ai vraiment peur de ce qui va lui arriver. Les choses s’aggravent à Pittsburgh. Ils ont mis fin trop tôt à la distanciation sociale, en plus d’ouvrir les bars et les restaurants. Maintenant, tout le monde est à nouveau malade. Même si les écoles restent ouvertes, elles n’ont pas de programmes parascolaires et je n’ai personne pour garder ma fille.

«Les 600 dollars me permettent de payer mes factures et d’acheter de la nourriture et d’autres choses. Je ne sais pas comment nous allons nous en sortir. Je dois payer l’électricité, le gaz et le loyer. J’ai une assurance voiture, le câble, le téléphone et l’internet.

«Ils savaient que l’allocation de chômage touchait à sa fin. Ces politiciens peuvent se réunir et voter pour donner aux riches toutes sortes d’argent, mais quand il s’agit des pauvres, ils ne trouvent pas le temps. Tout ce qui les intéresse, ce sont les riches. Ils ne se soucient pas des travailleurs.»

(Article paru en anglais le 4 août 2020)