Les autorités canadiennes vont rouvrir les écoles, facilitant la propagation du coronavirus

Par Laurent Lafrance
17 août 2020

Avec le plein appui du gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau à Ottawa, les gouvernements provinciaux ont dévoilé au cours des dernières semaines des plans de retour à l’école qui vont accélérer la pandémie de COVID-19 dans tout le Canada.

Malgré des différences mineures dans les détails d’implantation, ces plans provinciaux ont suscité une large opposition de la part de parents et d’enseignants. Certains gouvernements ont même dû annoncer de légères modifications dans le but manifeste de les imposer à une population réticente.

En général, leur contenu essentiel peut être résumé ainsi: au primaire et pour les trois premières années du secondaire, les salles de classe vont rouvrir à temps plein et seront aussi bondées qu’avant la pandémie, sans que de véritables mesures de protection soient mises en place.

Pour les deux dernières années du secondaire, la situation varie selon la région du pays. Alors que la plupart des provinces exigeront un retour complet en personne, l’Ontario a ciblé des commissions scolaires en zone urbaine qui permettront une présence à l’école réduite de moitié, combinée à l’apprentissage en ligne.

Aucune province ne va augmenter sérieusement le budget de l’éducation pour permettre la réduction du nombre d’élèves par salle de classe qui est requise pour assurer la distanciation sociale, ou pour fournir un soutien adéquat au modèle hybride où certains élèves sont en classe et d’autres suivent leurs cours à distance.

L’Ontario a fait savoir que les parents inquiets auront l’option de garder leurs enfants à la maison où ils recevront un enseignement en ligne. Dans la mesure où c’est effectivement mis en place, cela mènera en fait à un accroissement des inégalités sociales, car seuls les parents bien nantis auront les moyens de fournir à leurs enfants l’espace et l’équipement nécessaires pour un enseignement à distance.

Au Québec, la province la plus durement touchée par la pandémie, le ministère de l’Éducation a fait savoir qu’il ne fournira aucun soutien aux parents qui veulent offrir l’enseignement à la maison: ils devront en aviser le ministère et s’arranger pour suivre un programme certifié.

Pour ce qui est de la distanciation sociale, au Québec, il n’y en aura pas dans les salles de classe entre les élèves, et à peine dans les aires communes. D’autres provinces, comme l’Ontario et la Colombie-Britannique, vont créer des «groupes d’étude» d’une soixantaine d’élèves au sein desquels tous les contacts seront permis pendant les récréations et dans certaines aires communes.

Dans les bus scolaires, les élèves auront une place assignée, mais seront deux par banc. L’option sécuritaire d’avoir un nombre réduit d’élèves dans les autobus, qui aurait impliqué l’embauche de chauffeurs et plus d’autobus, a été abandonnée pour des motifs purement économiques.

Dans un contexte où les écoles publiques du pays ont été la cible de compressions budgétaires majeures au cours des dernières décennies, seules des sommes dérisoires sont prévues pour l’équipement de protection et le matériel de nettoyage. C’est le cas de l’Ontario où les écoles publiques, qui accueillent plus de deux millions d’élèves, ne recevront que 309 millions de dollars du gouvernement de Doug Ford.

Dans toutes les provinces, le port du masque ne sera pas obligatoire pour les élèves de moins de 10 ans. Pour les plus vieux et les adultes, le masque sera obligatoire dans les lieux communs, mais pas dans les classes.

Il n’y aura aucune campagne systématique de dépistage dans les écoles, même si des études récentes ont révélé que les enfants porteurs de COVID-19 sont aussi contagieux que les adultes. L’indifférence criminelle des élites dirigeantes au Canada a été résumée par les propos de Ford: «Nous avons le plein contrôle de notre plan et oui je prie Dieu que personne ne soit malade».

Les plans de réouverture des écoles montrent que la réponse gouvernementale à la pandémie est basée sur le principe meurtrier de l’«immunité collective», c’est-à-dire de laisser le virus se propager dans la population. C’est ce qu’a admis le directeur national de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, lorsqu’il a déclaré: «Si on veut que les écoles fonctionnent, le virus va circuler».

Les écoles vont rouvrir pour forcer les parents travailleurs à retourner au travail. En mars dernier, la grande entreprise et l’aristocratie financière ont reçu d'Ottawa 650 milliards de dollars en divers plans de sauvetage. Elles exigent maintenant la reprise prématurée de toutes les activités économiques. De leur point de vue, c'est nécessaire pour permettre l'extraction de profits par une exploitation accrue de la force de travail et ainsi faire payer les travailleurs pour les plans de sauvetage dont elles ont bénéficié.

Les gouvernements savent que le coronavirus demeure très présent au Canada et que la réouverture précipitée des écoles va entraîner une propagation massive du virus et des milliers de morts évitables à travers le pays. Lors d’un récent point de presse, la directrice de santé publique de Montréal, Dre Mylène Drouin a déclaré qu’«on doit se préparer au pire».

Les plans politiquement motivés de retour à l’école posent un immense défi, tant sur le plan sanitaire et éducatif qu’au niveau de la charge de travail, aux enseignants dont une proportion significative est constituée de personnes plus âgées devant faire face à des problèmes de santé.

Pour se justifier, les gouvernements affichent une soudaine préoccupation pour la santé mentale des enfants et les problèmes d’apprentissage des élèves plus vulnérables, alors qu’ils imposent depuis des décennies des coupes massives dans les réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux.

Un autre argument mensonger est que les enfants seraient peu touchés par la COVID-19. Arruda est même allé jusqu’à dire que «priver l’enfant d’une école, d’une socialisation, est plus grave que le potentiel de risque qu’il attrape la maladie». Le ministre de l’Éducation du Québec, Jean-François Roberge, a déclaré pour sa part que «l’information que nous avons par rapport au COVID-19 nous assure que les enfants, la plupart du temps, ne tombent pas malades, et ne transmettent pas la maladie».

En fait, les recherches récentes indiquent que les enfants sont d’importants vecteurs de transmission du virus. Des enfants asymptomatiques vont inévitablement contaminer des adultes à l’école comme à la maison. De plus, les recherches montrent que les enfants peuvent expérimenter d’importants symptômes de la maladie et subir de graves complications. Des chercheurs du CDC (Centre de contrôle et de prévention des maladies) aux États-Unis ont constaté que les taux d'hospitalisation des enfants ont augmenté régulièrement entre le début du mois de mars et la fin du mois de juillet.

Les procédures en cas d’éclosion sont nébuleuses ou inexistantes, car les autorités sont déterminées à garder les écoles ouvertes même si le coronavirus y circule librement. Des commissions scolaires ont jusqu’à la mi-septembre pour élaborer des protocoles d’urgence, soit bien après la rentrée des classes. Au Québec, le ministre Roberge a indiqué que s'il y a une deuxième vague, «il n’est pas question de fermer les écoles à la grandeur du Québec». Les cas d’éclosion seront gérés au «cas par cas».

De plus, les parents devant s’occuper de leurs enfants contaminés seront forcés de piger dans leurs banques de congés ou d’assumer une perte de revenu, car ni les employeurs ni le gouvernement ne leur offriront un soutien financier.

Dans plusieurs provinces, des groupes de parents sceptiques envers les plans de réouverture ont vu le jour sur les réseaux sociaux. Plusieurs dénoncent entre autres l’insuffisance des ressources allouées aux mesures de prévention.

En Alberta, la Coalition pour une rentrée scolaire sécuritaire (Coalition for a Safer School Relaunch), un groupe représentant «des parents, des médecins et des éducateurs», a qualifié le plan de la province de «dangereux». Le groupe a émis une liste de demandes, y compris la mise à disposition gratuite de tout l’équipement de protection individuelle nécessaire aux travailleurs et des protocoles clairs pour des tests réguliers et la gestion des éclosions.

Au Québec, une pétition exigeant que les parents aient le choix entre le retour en classe ou l’enseignement à distance a amassé 18.000 signatures. En Ontario, une pétition en ligne exigeant la réduction des ratios d’élèves par classe a amassé près de 170.000 signatures.

Alors que parents et éducateurs dénoncent la réouverture des écoles, celle-ci est planifiée avec la participation et le soutien essentiel des syndicats de l’enseignement. La lutte contre cette politique criminelle de l’élite dirigeante dépend entièrement des travailleurs de la base.

Dans chaque école, les enseignants doivent établir leurs propres comités de sécurité, indépendants des syndicats procapitalistes, et rechercher l’appui des parents ainsi que la participation des élèves lorsque c’est approprié.

Ces comités devront mobiliser la force sociale de la classe ouvrière afin d’exiger que les écoles ferment ou restent fermées dans tout le pays, et que les ressources nécessaires soient déployées pour l’apprentissage en ligne et le soutien psychologique aux élèves. Une telle campagne doit également exiger l’arrêt de toute activité économique non essentielle, avec pleine compensation financière pour les travailleurs concernés, jusqu’à ce que la pandémie soit maîtrisée.