États-Unis : la reprise désastreuse des écoles provoque 2.500 infections dans 44 États

Par Evan Blake
20 août 2020

En quelques semaines seulement, la réouverture des écoles dans tous les États-Unis est devenue une véritable catastrophe. Sans mobilisation des enseignants, des parents et de la classe ouvrière au sens large pour mettre fin à cette politique meurtrière, il y aura une accélération rapide de la maladie mortelle du COVID-19 dans toutes les régions du pays.

Aucune agence gouvernementale au niveau local, des États ou du pays ne suit systématiquement les cas et les décès liés au travail. Alisha Morris, une enseignante du Kansas, a pris sur elle de commencer à compiler ces données dans un tableur. La liste, qui est maintenant gérée par environ 35 personnes a été partagée sur des dizaines de groupes Facebook, créés pour s’opposer à la réouverture dangereuse des écoles, et a été consultée des dizaines de milliers de fois par des enseignants, des parents et des élèves.

Cette feuille de calcul, que le WSWS a utilisée pour produire une carte qui est également devenue virale, brosse un tableau effrayant de la propagation de la pandémie dans les écoles dans tous les États-Unis.

Selon ces données et un compte-rendu officiel du Mississippi publié lundi et confirmant ces statistiques pour sa région, depuis que les écoles ont commencé à rouvrir dans la semaine du 27 juillet, environ 2.500 enseignants, élèves et membres du personnel ont testé positif au COVID-19, dans des centaines d’écoles de tout le pays. Tous les États sauf six – l’Alaska, Washington, le Delaware, le Vermont, le Dakota du Nord et le New Hampshire – ont au moins une école qui a déjà connu une éruption de COVID-19.

A first-grade teacher talks to her new students upon their return to Elementary School. (Image Credit: AP Photo/Scott Sonner)

À la date de mardi, il y avait plus de 900 entrées sur le tableau, chacune représente une école distincte ayant eu au moins un cas positif ou suspecté depuis le début de la pandémie. La plupart des entrées sont basées sur les bulletins d’information locaux parus depuis le début du mois d’août.

La dévastation est extrême dans le Sud du pays qui a été pendant des semaines un épicentre majeur de la pandémie aux États-Unis. Largement contrôlés par le Parti républicain, ces États ont suivi de très près la stratégie d’«immunité collective» consistant à laisser le virus se propager dans la population, comme l’a proposé le gouvernement Trump. Ces responsables ont été les plus agressifs et les premiers à rouvrir leurs économies. Ils sont aujourd’hui les plus intransigeants pour exiger un enseignement complet en présentiel, souvent avec le strict minimum d’équipement de protection individuelle (ÉPI) fourni aux enseignants et au personnel.

Parmi les États dirigés par les Républicains, les plus touchés sont les suivants:

Le Mississippi : 71 des 82 comtés de l’État ont signalé des épidémies de COVID-19 dans les écoles. Depuis mardi, pour l’ensemble de l’État, 199 élèves et 245 enseignants ont testé positif. En même temps, 2.035 élèves et 589 enseignants ont été contraints à une quarantaine de deux semaines pour s’être trouvés en contact prolongé avec ceux ayant testé positif.

La Floride, où au moins 331 élèves et membres du personnel ont testé positif pour le COVID-19 et où au moins 11 d’entre eux sont morts, dont beaucoup au début de l’été.

En Géorgie, il y a maintenant au moins 296 cas connus et 481 cas suspects dans 67 écoles différentes. Au lycée North Paulding, 23 élèves et membres du personnel ont testé positif après la réouverture de l’école, sans qu’aucune mesure de sécurité n’ait été mise en œuvre.

Au Texas, au moins 140 écoles différentes ont signalé 380 cas au total. La semaine dernière, alors que l’enseignement en présentiel reprenait dans de nombreux districts de l’État, plus de 150 employés ont testé positif dans des districts du centre du Texas.

L’Indiana compte maintenant plus de 100 cas confirmés dans au moins 75 écoles différentes. Dans les écoles de Westfield Washington, quatre chauffeurs de bus scolaires ont testé positifs juste avant la reprise des cours. Cela a créé une pénurie de conducteurs de bus qui a incité le district à doubler les itinéraires des chauffeurs restants, créant ainsi des conditions encore plus dangereuses.

Le Tennessee compte désormais au moins 99 cas confirmés provenant de 44 écoles différentes.

Au total, au moins 406.109 enfants ont testé positif au COVID-19 aux États-Unis, ce qui représente 9,1 pour cent de l’ensemble des cas. L’un des principaux mensonges utilisés par les responsables des États pour justifier la réouverture des écoles est que «les enfants sont moins sensibles au virus». Ce mensonge a perdu toute crédibilité.

Le gouvernement Trump et ses soutiens au niveau local et des États ont été très agressifs mais la politique de retour à l’école et au travail bénéficie également du soutien total du Parti démocrate à tous les niveaux.

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La Convention nationale démocrate (DNC) qui se tient cette semaine montre clairement que ce parti a la ferme intention de cacher son bilan de promotion des politiques meurtrières exigées par la classe dirigeante. Lundi, le gouverneur démocrate de l’État de New York, Andrew Cuomo, a déclaré de manière absurde que sa réponse à la pandémie était sans tache, dissimulant le fait que près de 33.000 personnes étaient mortes sous sa responsabilité. Cuomo a sanctionné la réouverture des écoles dans tout l’État, y compris dans la ville de New York, le plus grand district scolaire du pays. Des écoles sont également ouvertes dans le Michigan, sous la direction de la gouverneure Gretchen Whitmer, qui a également pris la parole lundi lors de la Convention nationale démocrate.

Le site web de la campagne Biden-Harris déclare: «Tout le monde veut que les écoles rouvrent complètement pour un enseignement en présentiel. La création des conditions nécessaires à cette réouverture devrait être une priorité nationale absolue».

La déclaration poursuit en rejetant la responsabilité de la crise sur le seul Trump. En même temps, elle propose que les écoles puissent être rouvertes «en toute sécurité» simplement en augmentant les fonds pour les tests, la recherche de contacts et l’ÉPI pour les enseignants. On ne dit rien du taux de diffusion communautaire du virus que Biden considère comme «sûr», laissant la porte ouverte pour que les districts reprenne l’enseignement en présence quand ils le souhaitent, ce qui est exactement la même politique que Trump.

S’il y a une différence tactique entre Trump et les Républicains d’une part et les Démocrates de l’autre sur l’ouverture des écoles, c’est que ces derniers se servent de la Fédération américaine des enseignants (ATF), de l’Association nationale de l’éducation (NEA) et d’autres syndicats pour dissiper la colère avec des délais provisoires, un apprentissage hybride en ligne/présentiel et d’autres manœuvres pour gagner du temps pour une réouverture définitive des écoles. Les syndicats font surtout tout leur possible pour empêcher une grève nationale de plus en plus demandée par les enseignants, car cela conduirait à une confrontation directe non seulement avec Trump, mais aussi avec Biden et le Parti démocrate.

La campagne d’ouverture des écoles dans les prochaines semaines à New York et Los Angeles, toutes deux supervisées par des Démocrates, créera un précédent majeur pour tous les districts américains. Mardi, le Dr Irwin Redlener, directeur de la «Pandemic Resource and Response Initiative» à l’Université de Columbia, a mis en garde contre les dangers immenses que représentait l’ouverture des écoles à New York. Il a déclaré au WNYC: «Les écoles vont devenir des foyers d’infection permettant au virus de s’implanter et de se propager à nouveau dans la communauté», ajoutant «c’est presque inévitable si nous allons en fait avoir certaines classes en temps réel dans de vraies salles de classe» et faisant exploser ainsi le mythe selon lequel le modèle «hybride» est en tout cas sûr.

Des éruptions importantes de COVID-19 se sont déjà produites dans plusieurs États dirigés par les Démocrates et où certains districts au moins ont entièrement rouvert en été et en automne: L’Illinois compte déjà au moins 71 cas dans 19 écoles différentes. Dans le district 709 de Morton, huit élèves et deux enseignants ont testé positif dans les jours qui ont suivi la réouverture des écoles la semaine dernière. Cela a obligé 40 élèves et 12 membres du personnel à se mettre en quarantaine.

Hawaii a maintenant au moins 24 cas connus dans 17 écoles différentes au cours de la semaine dernière, la plupart des écoles de l’État ayant rouvert cette semaine. Les responsables de l’État ont fait pression pour une réouverture en présentiel, malgré l’augmentation du nombre de cas dans tout l’État, afin de relancer l’industrie lucrative du tourisme

Dans le Michigan, 15 écoles différentes signalent un total de 24 cas confirmés, pour la plupart des étudiants athlètes dans des camps d’entraînement d’été.

En Californie, au moins 22 cas sont connus, dans au moins six écoles dont 13 cas parmi les travailleurs des services alimentaires qui distribuent des repas pendant l’été dans le district scolaire élémentaire d’El Centro, près de la frontière avec le Mexique.

La Pennsylvanie fait état d’au moins 25 cas confirmés dans 19 écoles différentes, principalement parmi les étudiants athlètes et les entraîneurs. Mais aussi, on fait état de 10 cas dans les garderies du comté de Montgomery sur tout le mois de juillet.

Le Massachusetts compte au moins 22 cas confirmés dans 13 écoles différentes.

L’explosion du nombre de cas dans les écoles du pays a provoqué une énorme réaction de la part des enseignants, des parents et des étudiants. Ils ont déjà organisé plus de 100 manifestations au cours du mois dernier. Ils se sont rassemblés par dizaines de milliers dans des dizaines de groupes Facebook dans presque tous les États.

Des appels de plus en plus nombreux sont lancés en faveur d’un arrêt de travail massif et d’une grève nationale pour mettre fin à la campagne de réouverture des écoles. En Arizona, 109 des quelque 250 enseignants et employés de soutien du district scolaire unifié de Phoenix JO Combs, dans la banlieue de la ville, se sont portés malades lundi, annulant tous les cours ce jour-là. La fermeture des écoles a dû être prolongée jusqu’à mercredi, et les enseignants restent défiants et peu disposés à se sacrifier.

Face à la pression concertée des enseignants et des parents, le «Newark Public School District» dans le New Jersey a été contrainte de faire marche arrière lundi et commencer l’année scolaire en ligne, après avoir insisté pendant des semaines sur l’enseignement en présentiel. Il est significatif que l’Association des enseignants de Newark ait promu le modèle «hybride», tout aussi dangereux et, sentant une énorme opposition parmi les enseignants de base, ait fait volte-face lundi.

Mercredi à Detroit, les enseignants devaient soutenir massivement une «grève de la sécurité» lors d’un vote organisé par le syndicat «Detroit Federation of Teachers», qui craint une révolte des 4.000 enseignants de la ville.

Devant une vague d’opposition similaire, l’Association éducative de Little Rock (Arkansas) se pose désormais en défenseur de la sécurité des enseignants et des élèves. Mais ce syndicat demande simplement que l’apprentissage en présence reprenne dès que le taux de positivité du comté restera pendant 14 jours consécutifs inférieur à 5 pour cent. Ce chiffre élevé représente un fort degré de propagation communautaire, et dans des conditions où les tests sont délibérément réduits, il serait spécieux et totalement dangereux.

La question centrale à laquelle font face les enseignants, les travailleurs de l’éducation, les parents et les élèves est la nécessité de construire de nouvelles formes d’organisation, indépendantes des syndicats, pour coordonner une opposition unifiée à la campagne nationale de réouverture des écoles. C’est pour cette raison qu’a été fondé le Comité de sécurité des enseignants de la base, afin d’unir l’immense opposition aux politiques meurtrières de la classe dirigeante.

Cet organisme national sert d’organisation centrale pour coordonner la mise en place d’un réseau de comités indépendants dans chaque école et chaque quartier. Les comités doivent se battre pour se relier à des sections plus larges de la classe ouvrière qui font face aux mêmes conditions de travail meurtrières, tout en préparant une grève générale nationale pour stopper la réouverture des écoles et la campagne plus large de retour au travail.

Tous les enseignants, travailleurs scolaires, parents et élèves qui soutiennent cette initiative devraient rejoindre notre page Facebook et nous contacter dès aujourd’hui pour mettre en place des comités locaux de base dans leur école et leur quartier. Envoyez-nous toute information pertinente, y compris les développements significatifs dans votre district ou votre État, et nous en ferons part à un public mondial. Nous organiserons une réunion téléphonique nationale le samedi 22 août à 15 heures (21 heures à Paris et Berlin) pour discuter des développements et de la voie à suivre. Nous vous invitons à planifier dès aujourd’hui votre participation à cette réunion essentielle.

(Article paru d’abord en anglais le 19 août 2020)

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