De nouveaux chiffres sur la surmortalité révèlent un bilan plus complet de la pandémie de coronavirus

Par Bryan Dyne
21 août 2020

Les données récemment publiées par le Financial Times (FT) sur le nombre de décès excédentaires pendant la pandémie de COVID-19 brossent un portrait effrayant du véritable nombre de décès causés par le coronavirus. À la mi-juillet, on comptait 178.500 décès supplémentaires dans seulement quinze zones urbaines du monde, dont New York, Mexico, Lima, Jakarta, Istanbul et Madrid.

On a publié le rapport le jour même où le nombre total de cas et de décès signalés dans le monde dépassait 22,5 millions et 790.000, respectivement. Le monde a enregistré en moyenne plus d’un quart de million de nouveaux cas et au moins 5.500 décès chaque jour depuis le 25 juillet. Les États-Unis, l’Inde et le Brésil restent les principaux épicentres de la pandémie. Mercredi, pour la deuxième fois depuis le 4 juillet, le nombre moyen de nouveaux cas aux États-Unis est passé sous la barre des 50.000, bien que le nombre de nouveaux décès soit resté stable à plus de 1.000 par jour depuis le 29 juillet. Il y a près de 5,7 millions de cas dans le pays, et plus de 176.000 décès par coronavirus confirmés.

Des employés de cimetière au Brésil placent des croix sur une fosse commune après avoir enterré cinq personnes au cimetière de Nossa Senhora Aparecida durant la pandémie de coronavirus (AP Photo-Felipe Dana)

La définition de la surmortalité est le nombre de décès dans une région qui se situent au-delà des moyennes historiques et qui peuvent se produire, entre autres, par l’activité des épidémies, ou le résultat des catastrophes naturelles, voire la guerre. La ville de New York, par exemple, a fait état de 23.600 décès dus à la pandémie jusqu’à présent, mais la ville a chiffré 27.200 décès excédentaires, soit 15 pour cent de plus que les décès attribués à la pandémie et 208 pour cent de plus que la moyenne historique de la ville.

D’autres villes ont un nombre de décès excédentaires tout aussi élevé. Lima, au Pérou, a connu 23.200 décès supplémentaires, soit plus du double des 10.600 décès dus aux coronavirus connus. Les autorités de Mexico comptent 9.472 décès dus à la pandémie, tandis que FT note 22.800 décès supplémentaires dans la capitale mexicaine. À Jakarta, 1.014 personnes sont officiellement mortes à cause du COVID-19, contre 5.300 décès supplémentaires. On a relevé des chiffres similaires dans la province de Guayas, en Équateur (1.666 décès dus au coronavirus, 14.600 décès supplémentaires), à Londres (6.885, 10.000) et à Madrid (8.451, 16.200).

Les taux de mortalité ont également augmenté bien au-delà de leurs moyennes historiques dans de nombreux pays. Le Brésil, la France, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse et les États-Unis ont connu une augmentation d’au moins 20 pour cent de la mortalité depuis le début de la pandémie. Le Royaume-Uni, la Belgique, le Chili, l’Italie et l’Espagne ont connu une augmentation d’au moins 40 pour cent, tandis que, le Pérou et l’Équateur ont des taux de mortalité plus de deux fois supérieurs à leurs moyennes historiques.

En outre, comme le fait remarquer le FT lui-même, le nombre de décès excédentaires est encore incomplet et le nombre réel de décès est probablement encore plus élevé que ce que l’on sait actuellement. Jusqu’à huit semaines peuvent s’écouler avant que les données sur la mortalité ne soient mises à jour dans les bases de données nationales gérées par des institutions comme les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis, ce qui signifie qu’il est pratiquement impossible d’obtenir des données en temps réel sur les décès, surtout lorsqu’une pandémie crée un retard dans le système. En outre, tous les pays ne disposent pas de données récentes sur la mortalité toutes causes confondues, ce qui rend difficile l’analyse de la surmortalité mondiale.

Il convient de noter que les décès excédentaires ne sont pas seulement des décès non enregistrés causés directement par la maladie. L’une des raisons pour lesquelles on utilise ces statistiques est qu’elles saisissent les dommages sociétaux plus larges causés par une catastrophe. Même avant la pandémie, les ressources pour les urgences médicales et les procédures de sauvetage étaient déjà très limitées après des décennies des mesures d’austérité. Comme l’ont révélé de nombreux reportages à Wuhan, dans le nord de l’Italie et à New York au cours des premiers mois de la pandémie, ces ressources ont dû être partiellement ou totalement consacrées à la lutte contre la contagion, laissant les personnes atteintes de maladies plus banales, mais non moins mortelles, telles que les crises cardiaques ou les accidents vasculaires cérébraux, se débrouiller seules. On a également découvert que des personnes avaient peur de se rendre à l’hôpital, même en cas de maladie grave, par crainte de contracter le coronavirus et d’en mourir.

De telles conditions menacent d’apparaître partout dans le monde. L’Inde a actuellement le taux le plus élevé de nouvelles infections, soit plus de 62.000 par jour, avec plus de 900 décès quotidiens. Bien que le Financial Times ne se soit pas penché sur les données relatives à la surmortalité en Inde, on reconnait généralement que les chiffres officiels du pays sont bien en deçà des véritables totaux. Actuellement, ils s’élèvent à 2,8 millions de cas et 53.800 décès, en raison de l’absence de tests généralisés.

La trajectoire de la pandémie au Brésil est encore pire. Le pays compte 3,8 millions de cas et 110.000 décès, avec plus de 40.000 nouveaux cas et environ 1.000 nouveaux décès chaque jour. Comme en Inde et aux États-Unis, le manque de tests signifie que les chiffres rapportés sont inférieurs à l’ampleur réelle de la maladie dans ces pays.

Parmi les autres pays où la pandémie fait toujours rage, on trouve la Colombie (489.000 cas, 15.600 décès), la Russie (932.000 cas, 15.800 décès), l’Afrique du Sud (592.000 cas, 12.200 décès) et le Mexique (525.000 cas, 57.000 décès). De nombreux pays d’Europe ont également connu une récente augmentation du nombre de nouveaux cas et de décès, notamment l’Espagne, la France et l’Allemagne, qui avaient toutes signalé un faible nombre de cas liés à la pandémie il y a un mois. Les autorités sanitaires locales ont du mal à localiser l’origine des nouveaux foyers dans ces pays, ce qui indique une nouvelle propagation communautaire.

L’autorisation d’urgence d’un nouveau test de salive peu coûteux pour le COVID-19, appelé SalivaDirect et mis au point par des chercheurs de l’école de santé publique de Yale, constitue un espoir. Le test est beaucoup moins invasif que les écouvillons nasaux actuels, et les réactifs chimiques pour effectuer le test ne coûtent que 5 dollars. La méthode renvoie les résultats en trois heures et peut être facilement utilisée à plus grande échelle, selon les chercheurs.

Par contre, on ne sait pas précisément si le test sera largement disponible ni dans quel délai. Le désordre dans les tests aux États-Unis est fortement critiqué par de nombreuses agences de santé publique, y compris l’Organisation mondiale de la santé, comme étant l’un des principaux facteurs qui ont permis à la maladie de se propager autant et si rapidement. En théorie, le nouveau test offre un moyen peu coûteux, rapide et précis d’identifier toutes les personnes infectées et de retrouver leurs contacts. En pratique, il reste à voir si les gouvernements du monde entier vont réellement déployer à grande échelle une technique médicale aussi désespérément nécessaire.

(Article paru en anglais le 20 août 2020)