Alors que le mouvement de protestation contre les violences policières se poursuit aux États-Unis

Trump se rend à Kenosha pour défendre policiers et groupes d’«autodéfense» assassins

Par Barry Grey
3 septembre 2020

Le président Donald Trump s’est présenté à Kenosha, Wisconsin, mardi, alors que les manifestations contre la violence policière se poursuivaient suite à l’attaque par la police, le 23 août, deJacob Blake, un travailleur afro-américain de 29 ans. La police de Kenosha avait tiré sept balles dans le dos de Blake, qui était sans arme. Il est à présent paralysé à partir de la taille.

La veille de cette visite, la police américaine a abattu un autre homme non armé, cette fois à Los Angeles, provoquant des manifestations dans cette ville. Depuis le 25 mai, jour où un policier de Minneapolis a brutalement assassiné George Floyd en l’étranglant, la police américaine a tué au moins 235 personnes. Le rythme de ces assassinats est en passe de dépasser le millier cette année, près de trois personnes étant abattues par la police chaque jour.

Trump s’est rendu à Kenosha, une ville pauvre de la «ceinture de rouille» gérée par les Démocrates dans un État qu’ils dirigent aussi. Son objectif était d’intensifier sa campagne de «loi et d’ordre» attaquant la contestation sociale et le socialisme et encourageant la répression policière et la violence d’extrême droite des groupes d’ « autodéfense », le thème de la récente Convention nationale républicaine. La stratégie de Trump et des Républicains dans les deux derniers mois de la campagne électorale est de mobiliser les forces d’extrême droite, pour pouvoir tenir l’élection du 3 novembre dans des conditions de violence, d’instabilité politique et de guerre civile menaçante.

President Donald Trump listens to Kenosha County Sheriff David Beth at the emergency operations center at Mary D. Bradford High School, Tuesday, Sept. 1, 2020, in Kenosha, Wis. Background at center is Sen. Ron Johnson, R-Wis. (AP Photo/Evan Vucci)

Trump et les Républicains cherchent à faire l’amalgame entre la campagne droitière de l’équipe démocrate Biden/Harris et les manifestants de gauche que la Maison-Blanche diabolise comme anarchistes criminels et pillards. Trump espère ainsi réaliser son objectif d’établir une dictature présidentielle.

Lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche lundi, Trump avait pris la défense de Kyle Rittenhouse, ce supporter de Trump qui s’est joint à un groupe d’ « autodéfense » dans la nuit du 25 août pour affronter les manifestants de Kenosha et a tué deux manifestants pacifiques, en blessant un troisième.

La police de Kenosha, comme le montre une vidéo de portable vue par des millions de gens, a remercié les tireurs fascistes, leur a donné de l’eau et a permis à Rittenhouse, armé d’un fusil automatique, de traverser ses lignes après ses tirs, et de rentrer chez lui dans l’Illinois. Rittenhouse a ensuite été accusé d’homicide volontaire et risque l’extradition vers le Wisconsin.

Mais Trump a déclaré que Rittenhouse avait agi en légitime défense et qu’autrement les manifestants l’auraient tué. Lors de la même conférence de presse, Trump a défendu des partisans qui ont conduit une caravane motorisée dans le centre-ville de Portland samedi et ont tiré des balles de peinture et du gaz poivré sur les manifestants. Cette provocation a entraîné la mort par balle d’un militant d’extrême droite dans des circonstances qui restent floues.

Les mesures de sécurité extraordinaires prises pour le maintenir hors de portée de la population de cette ville du Midwest de 100.000 habitants démentaient sa tentative de présenter, avec cette visite, une image de force autoritaire. Des centaines de policiers, de shérifs adjoints et de soldats de la Garde nationale patrouillaient les rues ; des hélicoptères survolaient la ville ; on a déployé des véhicules blindés et bloqué les zones parcourues par Trump avec des rangées d’énormes véhicules et camions de construction. On a même interrompu tout le trafic des trains de banlieue entre Kenosha et Chicago.

Trump s’est rendu dans un centre de gestion des crises ; il a visité les petites entreprises endommagées par les émeutes ayant éclaté suite à la répression policière des manifestants. Il y eut une table ronde d’une heure avec la police locale, celle de l’État et la Garde nationale. Le procureur général William Barr et le secrétaire par intérim du ministère de la Sécurité intérieure, Chad Wolfe, étaient également présents. Le gouverneur Démocrate Tony Evers et le maire John Antaramian, qui avaient tous deux publiquement demandé à Trump de ne pas venir, n’étaient pas présents.

Durant la table ronde et les questions éparses des journalistes à sa suite, le meurtre des manifestants par le partisan d’extrême droite de Trump à Kenosha ne fut pas mentionné. Dans des remarques décousues, Trump a loué à plusieurs reprises le «bon travail» de la police et des troupes de la Garde nationale dans la ville. Par contre, il a condamné les manifestants en les qualifiant d’anarchistes, de pilleurs et d’émeutiers. Il a déclaré que les manifestations de Kenosha n’étaient pas «des actes de protestation pacifique, mais bien du terrorisme intérieur».

Trump a une fois de plus présenté Biden comme l’homme de paille «d’irresponsables politiciens d’extrême gauche» qui présentent la police comme «répressive ou raciste».

Interrogé pour savoir s’il condamnerait l’assassinat de Blake, Trump a fourni un alibi au flic Rusten Shesky, policier depuis sept ans, en disant que l’affaire était «compliquée» et «en cours d’enquête». Il a répété une déclaration faite la nuit précédente dans une interview avec l’animatrice de Fox News Laura Ingraham, disant que les policiers qui tiraient sur des civils non armés, dans de nombreux cas «s’en voulaient terriblement», comme un golfeur qui aurait manqué un putt d’un mètre.

Le procureur général Barr a dénoncé la «violence collective» et affirmé que les manifestations de Kenosha avaient été organisées par «les mêmes personnes utilisant les mêmes tactiques utilisées dans différentes villes — Washington DC, Atlanta, Chicago, maintenant Kenosha et Portland»

Il a déclaré que les responsables fédéraux et des États passaient en revue toutes les vidéos des milliers de manifestations depuis mai, afin d’identifier les personnes ayant jeté des pierres ou commis des actes de vandalisme. Il a ajouté que «le gouvernement fédéral est prêt à utiliser tous ses outils et toutes ses lois pour traduire ces personnes en justice». Il n’a rien dit des groupes d’« autodéfense» d’extrême droite et pro-Trump qui ont non seulement attaqué les manifestants, mais en ont jusqu’à présent tué au moins trois.

Malgré la tentative de projeter l’image d’un grand et tout-puissant «leader», la table ronde, totalement isolée de la population, y compris de la famille de Blake, avait le caractère d’une réunion d’assiégés. Le gouvernement Trump et toute la classe dirigeante sont pétrifiés par la montée de l’opposition sociale. Ils craignent que le nombre croissant de décès dus à la pandémie de coronavirus et l’opposition croissante de la classe ouvrière aux campagnes mortifères de retour au travail et à l’école n’entraînent la déroute du système capitaliste.

Dans une remarque éloquente, Trump a noté à un moment donné les nombreuses agences policières et militaires présentes à la réunion et s’en est réjoui : «Même moi. Je suis ici aujourd’hui et je me sens tellement en sécurité».

Trump a également exprimé l’état de peur qui règne au sein de l’élite au pouvoir lors de son interview avec Ingraham lundi soir. Au cours de l’entretien, il a parlé de «forces obscures» et d’un «groupe de personnes de l’ombre» qui étaient derrière les manifestations de masse et qui contrôlaient Biden «comme une marionnette».

À un certain moment, il a dit à Ingraham: «Biden ne calmera pas les choses. Ils vont prendre le dessus. Ils auront gagné… Ils auront pris le contrôle de nos villes. C’est une révolution. Vous comprenez ça, c’est une révolution.»

Le plus grand avantage de Trump et de la fraction fasciste de la classe dirigeante pour qui il parle vient de leur opposition politique nominale, le Parti démocrate. Ce parti droitier de l’impérialisme américain n’est pas moins hostile et craintif à l’égard d’un mouvement de masse de la classe ouvrière. La campagne de Biden montre le mouvement de plus en plus rapide du Parti démocrate vers la droite.

La Convention démocrate s’était concentrée sur deux choses: chercher à diviser la classe ouvrière en promouvant la politique raciale et identitaire, et en appeler au soutien des militaires, des services de renseignements, de Wall Street et des républicains mécontents. Elle n’a proposé aucun programme social pour faire face au chômage de masse, à la vague d’expulsions à venir et au développement de la faim. Après la convention, les Démocrates ont conspiré avec les Républicains pour mettre fin au supplément de chômage fédéral de 600 dollars.

On y a à peine mentionné les campagnes de retour au travail et à l’école. Les démocrates soutiennent ces campagnes en sachant parfaitement qu’elles entraîneront une hausse exponentielle des infections et des décès. Ils n’ont quasiment rien dit sur le renflouement de Wall Street à hauteur de plusieurs billions de dollars que les Démocrates ont voté presque à l’unanimité. Ils n’ont rien dit non plus sur l’injection continuelle d’argent dans le marché boursier par la Réserve fédérale.

La réponse de Biden à la Convention républicaine et à la démagogie « loi et ordre » de Trump est d’aller encore plus à droite et de se déclarer lui aussi pour « la loi et l’ordre ». Lundi, il a prononcé son premier discours depuis la Convention ; l’élément central en était une dénonciation sans équivoque des pillages et des incendies ; il a demandé que les manifestants qui faisaient de telles choses soient poursuivis.

Son argument de base était qu’il était l’homme pour réprimer la violence, à gauche comme à droite, et pour assurer la «sécurité» de l’Amérique. Il a combiné cette tentative d’attaquer Trump par la droite sur la loi et l’ordre avec une attaque contre la Russie, reposant sur l’affirmation fabriquée de primes russe à l’assassinat de troupes américaines en Afghanistan. Une continuation des attaques de Trump par les Démocrates pour avoir été trop «doux» avec la Russie et la Chine.

Mais même cela n’a pas suffit au New York Times, qui a publié mardi un article d’opinion de Brett Stephens déclarant que le discours de Biden sur la loi et l’ordre n’était pas suffisamment à droite. «Il peut publiquement crier à la laideur de l’extrême gauche (et pas seulement à la violence) la prochaine fois qu’il la voit. Il peut rendre visite aux personnes dont on a incendié les entreprises à Kenosha et leur dire que leurs griefs seront entendus, et leurs biens protégés, dans un gouvernement Biden. Il peut même appeler la famille du militant d’extrême droite abattu samedi à Portland» écrit Stephens.

La classe ouvrière est en face d’immenses dangers, du aux efforts de l’élite au pouvoir pour cultiver un mouvement fasciste et créer les conditions d’une dictature policière et militaire, malgré l’immense pouvoir social des travailleurs et leur radicalisation croissante et mouvement à gauche. Un danger qui ne réside cependant pas dans une force inhérente à Trump et compagnie, mais plutôt dans le poids mort que représente le Parti démocrate et tous ceux qui cherchent à canaliser l’opposition sociale derrière lui.

La lutte contre Trump exige une rupture totale avec le Parti démocrate et la construction d’un mouvement socialiste indépendant de masse de la classe ouvrière. C’est le programme pour lequel le Parti de l’égalité socialiste et ses candidats pour 2020, Joseph Kishore pour la présidence et Norissa Santa Cruz pour la vice-présidence, se battent. Tous ceux qui sont d’accord avec la lutte pour le socialisme devraient soutenir cette campagne et rejoindre le Parti de l’égalité socialiste (SEP).

(Article paru d’abord en anglais le 2 septembre 2020)

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