Trump utilise le débat télévisé pour inciter à la violence fasciste

Par Joseph Kishore — candidat du PES à la présidence des États-Unis
1 octobre 2020

Le président américain Donald Trump a utilisé la plate-forme fournie par le débat télévisé de mardi soir avec le candidat Démocrate Joe Biden pour inciter à la violence fasciste contre les électeurs. Il a de nouveau fait savoir clairement qu’il n’accepterait pas le résultat de l’élection, qui doit avoir lieu dans un peu plus d’un mois.

Interrogé par le modérateur Chris Wallace, de Fox News, Trump a répondu par une dénonciation hystérique du socialisme et de la politique de gauche et un appel ouvert à la mobilisation extra-constitutionnelle des organisations paramilitaires. «Presque tout ce que je vois vient de la gauche», a-t-il proclamé. «Pas de la droite».

«Garçons fiers (Proud boys), reculez d’un pas et restez en attente» a déclaré Trump. Il faisait référence à une organisation fasciste, raciste et antisémite qui a terrorisé les manifestations contre les violences policières dans tout le pays avec des patrouilles armées. «Je vais vous dire», a ajouté Trump, «Quelqu’un doit faire quelque chose au sujet d’Antifa et de la gauche. Ce n’est pas un problème de droite. C’est un problème de gauche».

Trump a conclu le débat en renouvelant son appel à ses partisans — c’est-à-dire aux organisations «vigilantistes» de droite — pour qu’ils surveillent les lieux de vote et n’acceptent pas les résultats de l’élection. «Si je vois que des dizaines de milliers de bulletins de vote sont manipulés, je ne peux pas accepter cela», a-t-il déclaré.

Le président Donald Trump et l’ancien vice-président Joe Biden, candidat Démocrate, s’expriment tous deux lors du premier débat présidentiel. (AP Photo/Patrick Semansky)

Alors que les sondages montrent qu’il se dirige vers une défaite massive du vote populaire, Trump n’est pas dans une stratégie électorale conventionnelle. Il incite à créer le plus grand chaos possible et s’en servira pour jeter les bases d’une répudiation violente des résultats électoraux.

Au cours du débat, Trump a répété sa déclaration que l’élection serait «une fraude comme vous n’en avez jamais vu» et qu’on était en train de jeter les bulletins de vote dans les rivières et de les détruire. Il a ajouté qu’il «comptait» sur la Cour suprême pour «examiner les bulletins de vote» lors de l’élection, c’est-à-dire qu’il considère la Cour comme centrale pour légitimer un coup d’État.

C’est là le langage de la guerre civile. Trump est un fasciste pur et dur qui conspire pour ériger une dictature présidentielle. Il incite à de violentes représailles contre tous ceux qui s’opposeraient à lui. Si le débat a permis de clarifier une chose, c’est qu’il n’acceptera pas le résultat des élections.

La réaction de Biden a été une illustration de l’effondrement de tout le système politique. Il a tenté de parer les invectives hystériques de Trump avec des réponses conventionnelles dont l’effet était de minimiser la gravité évidente des menaces du président.

Les démocrates ont choisi comme représentant un vieux réactionnaire incapable de dire la vérité sur quoi que ce soit. La seule réponse de Biden aux menaces de violence de Trump a été d’exhorter ses partisans à voter, ignorant le fait que Trump prévoyait de répudier les résultats. Quand Trump a tenté d’imposer la nomination à la Cour suprême d’Amy Coney Barrett dans le but de faire pencher la balance en sa faveur avant une élection contestée, Biden a déclaré: «Je ne suis pas opposé à la justice. Elle semble être une très bonne personne».

Les Démocrates ont déjà renoncé à tout effort pour bloquer la confirmation de Barrett par le Sénat. Biden n’a même pas noté que Barrett a joué un rôle central dans l’intervention de la Cour suprême lors de l’élection de 2000, qui avait donné la présidence à George W. Bush.

Face à la déclaration ouverte de Trump de ne pas accepter les résultats de l’élection et à ses appels à la violence, Biden a tenu à exprimer son engagement à accepter le résultat du scrutin. «Je l’accepterai», a déclaré Biden, «et [Trump] l’acceptera aussi… Si c’est moi, c’est très bien. Si ce n’est pas moi, je soutiendrai le résultat. Et je serai un président non seulement pour les Démocrates, mais encore pour les Démocrates et les Républicains».

Vers la fin du débat, lorsqu’on lui a demandé pourquoi les électeurs devraient le choisir plutôt que Trump, Biden a saisi l’occasion d’attaquer Trump pour sa faiblesse à l’égard de la Russie, le thème central de l’opposition des Démocrates à Trump depuis quatre ans: «J’ai affronté Poutine et j’ai clairement indiqué que nous n’allions pas accepter aucun de ses trucs», a déclaré Biden. «Il est le caniche de Poutine.»

Alors que Trump tente de transformer l’élection en coup d’État, la préoccupation première des Démocrates est d’empêcher toute mobilisation populaire qui menacerait les intérêts de Wall Street et les impératifs géopolitiques de l’impérialisme américain.

Ce qui s’est passé mardi soir n’était pas tellement un débat. C’était un portrait de la dégénérescence politique. Ce qui se joue en temps réel, c’est l’effondrement de la démocratie américaine sous la putréfaction et la saleté du capitalisme américain.

Les diatribes de Trump ont donné le ton à un événement dont le caractère dégradant a choqué même les médias.

«C’était le pire débat que j’aie jamais vu», a déclaré un commentateur de CNN. «Ce n’était même pas un débat. C’était une honte.» D’autres l’ont qualifié de «désastre complet sur tous les fronts».

Le caractère avilissant du spectacle de mardi soir était clair pour tout le monde, et fut très commenté. Mais ce qui est évité dans les médias, c’est l’importance politique évidente de ce qui se passe en réalité. Trump cherche à établir une dictature présidentielle, et la Maison-Blanche est maintenant le centre politique névralgique d’une conspiration qui vise à effectuer un coup d’État.

Une déclaration de Trump mardi soir s’avérera vraie: «Cela ne finira pas bien». Non, certainement pas. Cette crise ne sera pas résolue le jour des élections, et ne sera pas résolue de manière conventionnelle.

Dans le contexte de la pandémie, qui a déjà tué 200.000 personnes, ce qui est nécessaire est une mobilisation politique de masse de la population pour défendre ses droits sociaux et démocratiques.

En dernière analyse, Trump parle au nom de la section la plus implacable de l’oligarchie financière, déterminée à protéger ses richesses à tout prix. Mais ce qui est mis à nu n’est pas seulement Trump. Le spectacle dégoûtant de mardi est un portrait du capitalisme américain et de son système politique. Des décennies d’inégalités croissantes et de guerres sans fin, largement accélérées par la pandémie de coronavirus, ont régurgité le monde politique souterrain.

Les travailleurs et les jeunes doivent prendre conscience de la gravité de la situation politique. Ils doivent se libérer de l’emprise du Parti démocrate, qui craint la mobilisation de l’opposition populaire au capitalisme bien plus qu’il ne craint l’imposition d’une dictature fasciste sous Trump.

La classe dirigeante américaine a perdu son droit de gouverner. La seule chose à laquelle les gens devraient penser après le débat de mardi soir est de savoir comment mettre fin à ce système dysfonctionnel.

(Article paru d’abord en anglais le 30 septembre 2020)