Loi anti-séparatiste de Macron sur l’Islam: la démocratie française à l’agonie

Par Alexandre Lantier
7 octobre 2020

Vendredi, le président Emmanuel Macron a annoncé que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin présentera le 9 décembre un projet de loi contre le séparatisme. Face à la montée des doutes sur la constitutionnalité du projet de loi, qui cible ouvertement l’Islam, le gouvernement a annoncé hier qu’il serait plutôt présenté comme un projet de loi sur la laïcité.

Tout au long du 21e siècle, la classe dirigeante française a fait sous couvert de défense de la laïcité une violente propagande antimusulmane, foulant aux pieds la laïcité et les droits démocratiques. Après l’interdiction en 2004 du port du voile islamique dans l’Éducation nationale, l’État a interdit le port de la burqa dans l’espace public en 2010. Ces lois, qui foulaient aux pieds le principe laïc de neutralité de l’État dans les affaires religieuses, ont provoqué la déscolarisation de centaines de jeunes filles, et de violentes agressions policières de femmes portant la burqa et de leurs proches.

Avec cette présentation de la loi anti-séparatiste, mesure phare du gouvernement de Jean Castex installé face à la pandémie de Covid-19, le masque «laïc» de cette campagne tombe, révélant le visage fascisant de la politique de genre pro-impérialiste et antimusulmane qui l’impulsait.

Le projet de loi, tel que présenté par Macron foulerait aux pieds la loi de 1905 sur la laïcité et installerait un État policier. Il imposerait un contrôle direct du culte islamique par l’État; le quadrillage du territoire français par la police et le renseignement; et à toutes les associations de France un serment d’allégeance aux «valeurs de la République», telles que les formulerait le Ministère de l’Intérieur. L’État compte montrer du doigt l’Islam et les banlieues ouvrières, livrés à la vindicte des médias et des forces de l’ordre.

Macron a présenté une version à peine toilettée des délires antimusulmans de l’extrême-droite, accusant «l’islamisme radical» de vouloir conquérir la France. Il a dénoncé une «crise profonde» de l’Islam qui provoquerait en France un «séparatisme islamiste», «qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République». Il a accusé cet Islam de «radicalité dans la négation par exemple de l’égalité femmes-hommes» et une radicalisation, «parfois jusqu'à aller faire le djihad».

Il a ajouté: «Il y a dans cet islamisme radical ... une volonté revendiquée, affichée, une organisation méthodique pour contrevenir aux lois de la République et créer un ordre parallèle, ériger d'autres valeurs, développer une autre organisation de la société, séparatiste dans un premier temps, mais dont le but final est de prendre le contrôle, complet celui-ci. Et c'est ce qui fait qu'on en vient ainsi progressivement à rejeter la liberté d'expression, la liberté de conscience, le droit au blasphème.»

A part cette référence aux attentats terroristes contre Charlie Hebdo en 2015 par l’État islamique (EI), qui voulait se venger des caricatures du prophète Mohamed, Macron a dénoncé les écoles privées où les jeunes filles voilées se trouvent à présent refoulées par la loi française.

Macron a gardé un silence assourdissant sur le fait que les attentats de 2015 ont été préparés alors que la France soutenait les opérations terroristes de l’EI contre le régime syrien et finançait même cette milice à travers les opérations de Lafarge. Ses références aux attentats terroristes en France visaient toutes à jeter l’opprobre sur l’Islam en général et sur les femmes voilées en particulier.

Macron a proposé que l’État interdise les écoles islamiques où les filles sont autorisées à porter le voile, et exiger la scolarisation obligatoire des enfants dans l’Éducation nationale dès trois ans. Il a aussi voulu que l’État forme et contrôle directement les imams et psalmodieurs de France afin de casser tout lien officiel ou financier entre l’Islam en France et à l’étranger.

Toutefois, il a laissé entendre qu’afin d’éviter des manifestations de droite, l’éducation privée chrétienne ne serait soumise à aucune réglementation supplémentaire. Selon Macron, «la liberté d’enseignement est importante dans notre République et il ne s’agit en aucun cas de la remettre en cause, de réveiller des passions que notre pays a pu connaître et qui seraient contre-productives.»

Macron et le ministère de l’Intérieur veulent transformer la communauté musulmane, qui consiste en très grande partie de couches particulièrement opprimées de la classe ouvrière, en des citoyens de 2e classe. Ils seraient étroitement surveillés par le renseignement dans une intensification généralisée de la surveillance policière des Français.

Macron a dit que dès «2017, des plans de lutte contre la radicalisation impliquant l'ensemble des services de l'État ont été déployés à bas bruit dans 15 quartiers, de manière extrêmement confidentielle, pour avoir des méthodes les plus efficaces avec une coopération de tous les services de l’État, des magistrats sur le terrain, des services de renseignements. 212 débits de boissons, 15 lieux de culte, 4 écoles, 13 établissements associatifs et culturels ont été fermés, des centaines de contrôles réalisés, des millions d'euros saisis ... Les résultats obtenus nous ont conduit à étendre cette méthode à l'ensemble du territoire.»

Macron s’est donné le but d’assurer l’omniprésence des forces de l’ordre: «Notre horizon est simple, c’est assurer une présence républicaine au bas de chaque tour, au bas de chaque immeuble.»

Cela procéderait non seulement par le quadrillage du territoire, mais par l’imposition d’un contrôle idéologique stricte à toute association sollicitant une aide de l’État, qui devra selon Macron «signer un contrat de respect des valeurs de la République.»

Toute association qui ne respecterait pas les valeurs que lui dicteraient le ministère de l’Intérieur serait menacée de dissolution, a dit Macron: «Les motifs de dissolution des associations en conseil des ministres étaient jusque-là très limités, limités aux faits de terrorisme, de racisme et d'antisémitisme. Ils seront étendus à d'autres motifs comme les faits d'atteinte à la dignité de la personne ou de pressions psychologiques ou physiques.» Les responsables d’associations dissoutes sur ces motifs vagues et subjectifs devraient ensuite rembourser l’intégralité des aides à l’État.

Macron a annoncé que Darmanin présenterait ce projet de loi le 9 décembre, le 115e anniversaire de la loi de 1905. C’est une tentative de faire passer une loi d’extrême-droite pour la continuation de la loi de 1905. Or, il est impossible de réconcilier cette violente prise à part des musulmans de France avec les principes de laïcité et de neutralité de l’État dans les affaires religieuses, ou avec d’autres droits démocratiques.

La loi de 1905 a été adoptée suite à l’Affaire Dreyfus et une première défaite cuisante infligée à l’antisémitisme politique en France. Les hauts gradés de l’armée, l’Église, et les partis populistes tels l’Action française avaient soutenu la fausse condamnation pour espionnage d’un officier juif, le capitaine Alfred Dreyfus, en 1894. Le mouvement ouvrier socialiste dirigé par Jean Jaurès a joué un rôle critique pour établir son innocence, à travers une longue lutte politique. C’était un rejet direct des tentatives de la bourgeoisie de diviser les travailleurs en incitant les haines nationales.

Macron, qui a salué le dictateur collaborationniste Philippe Pétain avant de jeter les CRS contre les «gilets jaunes», travaille dans une tradition différente et opposée. Ses tentatives Alors qu’il impose à nouveau une politique meurtrière de retour au travail et à l’école au milieu de la pandémie, Macron pointe à nouveau une minorité confessionnelle du doigt, incitant ainsi les haines religieuses et raciales.

Macron a d’ailleurs communiqué très clairement qu’il avait considéré la possibilité de répudier la loi de 1905, en soulignant qu’il avait considéré «une approche concordataire» à l’Islam. Il évoquait le Concordat entre le Saint-Siège à Rome et le gouvernement français sur la religion catholique, aboli par la loi 1905.

La raison qu’il a donnée pour rejeter ce procédé était réactionnaire. Il a dit craindre qu’un concordat ne nourrisse un trop grand sentiment anticolonial parmi les musulmans en France, alors que Paris fait la guerre dans plusieurs de ses anciennes colonies musulmanes, du Mali jusqu’en Syrie. La France, a-t-il dit, est «un pays qui a un passé colonial et qui a des traumatismes ... avec des faits qui sont fondateurs dans notre psyché collective». Tout accord avec des autorités islamiques extérieures risque selon lui d’intensifier ce qu’il a appelé le «surmoi post-colonial» des musulmans.

Ces événements constituent un avertissement pour la classe ouvrière en France et à l’international: les institutions démocratiques s’effondrent dans tous les pays. Alors que le président américain Donald Trump promet de ne pas respecter le résultat des élections présidentielles américaines le mois prochain, les partisans du nationalisme français visent à détruire les droits sociaux et démocratiques en France. La force qui peut les rétablir est la classe ouvrière internationale, mobilisée en une lutte révolutionnaire pour prendre le pouvoir et construire une société socialiste.