Face à la montée de Covid-19, Macron envisage de reconfiner la France

Par Alexandre Lantier
28 octobre 2020

A 20h, Emmanuel Macron fera un discours télévisé national pour annoncer une politique sanitaire plus stricte face à la pandémie, qui explose en dehors de tout contrôle.

Les médecins soulignent que sans une action décisive et immédiate, l’afflux des patients submergera le système sanitaire. On confirme 200.000 nouveaux cas par jour en Europe, la France étant particulièrement touchée avec 30.000 à 50.000 nouveaux cas journaliers. De plus, ces chiffres doublent environ tous les 10 jours. Déjà, 2.900 des 5.800 lits en réanimation en France sont occupés par des patients Covid-positifs. Le nombre de morts de Covid-19 grimpe rapidement, s’étant établi hier à 2.693 en Europe dont 523 dans la seule France.

Avec d’autres pays européens comme l’Espagne, la Belgique et la République tchèque, la France a été parmi les premiers pays à ressentir une résurgence à présent mondiale de Covid-19. Alors que l’on avait confirmé entre 200.000 et 300.000 cas par jour entre juillet et début octobre, ce nombre est monté à présent à environ 500.000.

L’Organisation mondiale de santé (OMS) avait dit fin juillet que la fin prématurée du confinement préparait la résurgence du virus à travers l’Europe, mais le gouvernement Macron et les autres États européens ont rejeté toute politique de confinement visant à protéger la population. Des millions de personnes ont été infectées par un virus hautement contagieux et mortel, mais les États refusent de laisser les jeunes et les travailleurs non-essentiels s’abriter chez eux.

Face à l’inquiétude et à la colère des Français, Macron a organisé une réunion du conseil défense de 10h à 12h30 hier, après quoi le premier ministre Jean Castex a rencontré les chefs des principaux partis parlementaires. Il organise un autre conseil défense ce matin avant son allocution ce soir.

Hier, des responsables sanitaires ont averti du risque imminent d’un effondrement du système médical face à une montée de Covid-19 même plus dévastatrice qu’au printemps. Le professeur Gilles Pialoux de l’hôpital Tenon à Paris a dit à BFM-TV qu’on «est dans une situation de guerre» et appelé à «reconfiner clairement le pays». Il a averti d’une deuxième vague «plus précoce, plus critique et plus forte» qu’au printemps: «On a perdu le fil de la circulation du virus, probablement dès le mois d'août».

Pialoux a critiqué ceux qui, comme le gouvernement, prétendent qu’un confinement est impossible économiquement: «L'économie, c'est rattrapable, la réanimation loupée c'est pas rattrapable.»

Les commentaires du docteur Eric Caulmes de la Pitié-Salpêtrière allaient dans le même sens. «Le virus est tellement présent parmi nous que là, je pense qu'aujourd'hui on n'a plus le choix, il faudrait reconfiner», a-t-il dit à France Info. «On a perdu le contrôle de l'épidémie il y a quelques semaines déjà. Le Premier ministre l'a reconnu, le ministre de la Santé.»

Caulmes a traité le couvre-feu actuel de Macron de «pari risqué», car «Sur le plan épidémiologique, ce n'est pas une méthode dont on connaît l'efficacité.» Il a critiqué le gouvernement: «Inciter les gens à abandonner le télétravail à la reprise après les vacances en septembre, je pense que ça a été une erreur. Il faut rester au télétravail le plus possible. C'est un outil de lutte contre l'épidémie.»

Caulmes a pointé le risque d’un débordement des hôpitaux: «Bientôt on aura plus que des Covid dans nos lits de réanimation, on ne pourra plus prendre en charge correctement les autres malades si le système est saturé par le Covid. Et il faut savoir que plus on attend tard pour prendre les bonnes décisions, moins elles sont efficaces rapidement.»

La résurgence du virus est le produit de la subordination de la politique sanitaire aux intérêts de l’aristocratie financière par les gouvernements capitalistes du monde entier. L’Union européenne a réagi à la pandémie en donnant 2.000 milliards d’euros en plans de relance aux banques et aux grandes sociétés. Seule une infime part de cet argent public est allée financer le chômage technique et des prêts pour de petites entreprises.

Les banques ont exigé une reprise des classes pour que leurs parents puissent rentrer au travail faire des profits sur les sommes massives d’argent public distribuées à la classe dirigeante. Les États ont adopté des politiques criminellement irresponsables, comme encourager les travailleurs d’aller au travail même quand ce n’est pas strictement nécessaire, afin de les endormir. Le résultat a été une reprise massive de la pandémie.

De larges sections de la classe dirigeante défendent encore ce tissu de mensonges meurtriers. Hier soir, les médias ont spéculé sur ce que Macron pourrait décider ce soir, mais aucune ne suffirait à stopper la contagion: un confinement le week-end avec un couvre-feu le soir; un confinement dans certaines villes ou régions; ou un confinement national où écoles et collèges resteraient ouverts pour que les parents puissent continuer à aller au travail.

Ces mesures ont une caractéristique commune: toutes forcent les travailleurs et les jeunes à rester au travail et à l’école, où se trouvent deux-tiers des clusters. Ceci garantit que les profits continueront à arriver dans les poches de l’aristocratie financière, et le virus à se répandre dans la population.

Le chef du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a dit à RMC que la France ne peut pas se payer le luxe d’un confinement comme en mars: «Si on reconfine totalement comme on l’a fait en mars, ce n’est pas moins 10 pour cent de récession qu’on risque, c’est un écroulement de l’économie.»

L’opinion de Roux de Bézieux sur ce que la France peut se payer ne mérite aucune considération. Il s’agit de saisir les fonds nécessaires à protéger le système médical et permettre aux travailleurs, aux indépendants et aux petits entrepreneurs de s’abriter, parmi les vastes sommes d’argent public fournies illégitimement aux ultra-riches. La survie de millions de gens ne peut être subordonnée aux intérêts d’une classe dirigeante parasitaire et historiquement condamnée.

Stopper la résurgence de COVID-19 exige de laisser les jeunes et les travailleurs non-essentiels s’abriter jusqu’à ce que des autorités médicales responsables estiment que la pandémie est jugulée.

Les travailleurs ne peuvent se fier à l’ex-banquier Macron ou au «dialogue social» entre Roux de Bézieux et des appareils syndicats financés par l’État pour obtenir une politique responsable. Quelle que soit la décision de Macron aujourd’hui, il défendra les mêmes intérêts de classe, hostiles à la santé et aux vies des Français. Le confinement du printemps a d’ailleurs laissé des millions de travailleurs et de petites entreprises sans aides financières et souvent sans pouvoir se nourrir.

Le Parti de l’égalité socialiste réitère l’appel du Comite international de la IVe Internationale à préparer une grève générale, organisée par les travailleurs et les jeunes indépendamment des appareils syndicaux. Une telle lutte, menée internationalement afin de transférer le pouvoir aux travailleurs et confisquer les ressources financières et industrielles nécessaires à une politique scientifique contre la COVID-19, est la seule façon de stopper la pandémie.