Après des mesures tardives et insuffisantes, la résurgence de Covid-19 submerge la France

Par Jacques Valentin
4 novembre 2020

Après que Macron ait pris tardivement des mesures de confinement insuffisantes contre la Covid-19, les épidémiologistes s'attendent à une deuxième vague de l'épidémie encore plus importante que la première avec des conséquences sanitaires potentiellement catastrophiques. Mais ce qui continue à dicter les dispositions prises par Macron et son gouvernement, c'est d'assurer la poursuite la plus large possible de l'activité économique, au mépris de la sécurité de la population.

Dans son allocution du 28 octobre, Macron a insisté sur le caractère européen de l'épidémie pour minorer sa responsabilité: "Nous sommes tous, en Europe, surpris par l’évolution du virus." C'est comme si les européens partageaient une fatalité commune, indépendante des décisions prises, qui seraient selon Macron, les meilleures possibles au vu des informations disponibles.

C'est un énorme mensonge, car l'évolution actuelle de l'épidémie était annoncée depuis des semaines par les épidémiologistes. Mais rien n'a été fait. En réalité il n'y a nulle fatalité et si le désastre sanitaire a une dimension européenne, c'est parce que tous les pays européens suivent la même politique de retour au travail à tout prix, qui a les mêmes conséquences dévastatrices partout.

Alors que l'épidémie accélérait de façon importante, Macron a d'abord annoncé des mesures de couvre feu dans certaines régions le 14 octobre. Ces mesures tout à fait insuffisantes, non seulement n'ont pas permis de ralentir la propagation de l'épidémie, mais celle-ci s'est au contraire accélérée, passant de 38% d'augmentation du 12 au 18 octobre à 52% de cas supplémentaires la semaine suivante.

Macron, révélant son mépris pour la sécurité des travailleurs et la vraie nature de ses préoccupations, avait pendant cette intervention attaqué frontalement le recours au télétravail, essentiel pour limiter les contaminations, comme étant nuisible au bon fonctionnement des entreprises et des administrations.

A chaque fois, ce qui dicte les décisions, c'est le niveau de dévastation sanitaire acceptable, incroyablement élevé, que tolèrent les dirigeants. Macron a déclaré le 28 octobre que sans le confinement, "d’ici quelques mois c’est au moins 400 000 morts supplémentaires à déplorer." et qu'il ne peut l'accepter. Plus loin, il ajoute: "Du reste, quand bien même nous pourrions ouvrir beaucoup plus de lits et malgré l’effort de doublement que nous avons réussi qui peut sérieusement vouloir que des milliers de nos compatriotes passent des semaines en réanimation avec les séquelles que cela implique sur le plan médical."

Pourtant c'est exactement ce qu'a décidé Macron! Il a laissé les cas augmenter et il n'intervient que lorsque le système hospitalier et les services de réanimation vont être non seulement saturés mais débordés et en incapacité de prendre en charge tous les cas. Ce ne sont pas des préoccupations humanitaires qui l'amène à prendre ces mesures insuffisantes de confinement, mais la perspective d'une révolte de la classe ouvrière balayant son gouvernement.

Cette façon de gérer l'épidémie de façon irrationnelle, antiscientifique et avec cette malveillance qui caractérise maintenant la relation de la classe dirigeante à l'égard de la classe ouvrière est étroitement liée au capitalisme pourrissant actuel. L’extraction des profits du travail est envisagé à court terme par des mécanismes de plus en plus parasitaires. Dans un tel système économique, tout est décidé sans la moindre vision à moyen et à long terme du développement social et économique et au mépris de la santé de la population.

Macron a déclaré: "A ce stade, nous savons que quoi que nous fassions, près de 9.000 patients seront en réanimation à la mi-novembre, soit la quasi-totalité des capacités françaises". Il est difficile de savoir sur quelles données s'appuie Macron pour cette déclaration: les scénarios dont discute le conseil scientifique et qui sont évoqués lors des conseils de défense sont, selon les méthodes antidémocratiques qui prévalent actuellement, tenus secrets.

Depuis l'allocution de Macron, deux scénarios principaux sur l'évolution de la pandémie, élaborés par l'institut Pasteur ont été évoqués dans la presse. Le premier scénario prévoit "seulement" 5.400 à 6.020 patients en réanimation au 15 novembre, à comparer au pic atteint le 8 avril, avec 7.148 patients en réanimation. Mais ce scénario prend comme hypothèse que le reconfinement actuel serait aussi efficace que celui mis en place au printemps.

Si les mesures prises pour ralentir la circulation du virus sont moins efficaces qu'au printemps, l'autre scénario de l'institut Pasteur est que le nombre de patients en réanimation pourrait atteindre à mi-novembre plus de 6.600 (entre 6.300 et 7.050), et que le pic épidémique serait décalé de quelques semaines et atteindrait 8.600 réanimations (entre 8.200 et 9.100).

Or le reconfinement actuel est très limité. Pour garder l'économie ouverte, des millions de travailleurs de plus que lors du premier confinement poursuivent le travail sur site. De plus, 12 millions d'élèves ne sont pas confinés, non comme tente de le faire croire le gouvernement parce que l'éducation des jeunes est une priorité, mais pour éviter que les travailleurs restent chez eux pour garder leurs enfants et soient ainsi soustraits de la force de travail disponible et indemnisés pour leur absence.

Les établissements scolaires où les surfaces disponibles par enfants sont réduites, les classes surchargées et les locaux souvent mal ventilés sont particulièrement propices à la diffusion du virus. Les études montrent qu'au dessus de 10-11 ans les enfants sont aussi contagieux que les adultes. Il y a de grandes incertitudes sur la contagiosité des enfants plus jeunes, mais les études même les plus sérieuses montrant un risque élevé ont été systématiquement écartées.

Les données disponibles sur la contamination en milieu scolaire sont incroyablement lacunaires. Santé publique France donne par exemple en vrac les clusters en milieu scolaire et universitaire sans les décomposer par tranche d'âge ou type d'établissement. Il serait très facile avec les technologies modernes de fournir des applications de cartographie ventilant sur le territoire les foyers de contamination dans le milieu scolaire, mais aussi dans toutes sortes d'autres structures. Ces informations essentielles pour lutter contre l'épidémie sont occultées.

La situation se dirige vers le scénario le plus sévère, avec un débordement du système hospitalier plus durable qu’au printemps, avec une mortalité très élevée liée à la Covid-19 et une surmortalité importante pour les autres pathologies qui ne pourront être prises en charge correctement pendant plusieurs semaines.

Macron ne peut mener cette politique criminelle que parce qu'il n'a à faire face à aucune opposition politique sérieuse. Tous les partis politiques établis représentent d'une façon ou d'une autre les intérêts de la bourgeoisie et ont soutenus le retour au travail et la réouverture du système scolaire. Les appareils syndicaux ont également soutenus le retour au travail, se présentant et agissant comme des partenaires et des conseils fiables du patronat et de l’État.

Les partis de la pseudo gauche n'ont organisé aucune opposition à la reprise générale de l'économie. Ils entretenaient la confusion en appelant à donner plus de moyens ont appelé à donner plus de moyens à l'hôpital ou au système éducatif pour organiser la reprise du travail. Mais ces mesures, même en supposant qu'elles soient acceptées par Macron, n’auraient pas réglé la situation sanitaire.

Le Parti de l'égalité socialiste créé en 20176 comme section française du mouvement trotskyste mondial, le Comité international de la IVe Internationale défend inlassablement les intérêts de la classe ouvrière. Nos partis sont les seuls qui font la jonction entre les données scientifiques présentées par les chercheurs et l'organisation et la défense des intérêts de la classe ouvrière. Nous avons alerté depuis plusieurs mois de la gravité de la situation sanitaire et de la réalité du développement de la deuxième vague de Covid-19 en France et en Europe en nous appuyant sur les recherches scientifiques les plus sérieuses. Nos avertissements sont complètement confirmés par l'évolution épidémique en cours.

Nous appelons à la formation de comités de sécurité sur les lieux de travail et dans les écoles, indépendants des syndicats, afin de préparer une grève générale internationale contre la politique bourgeoise sur la pandémie. Pour lutter contre la situation très grave dans le système scolaire, notre organisation de jeunesse appelle à une grève des écoles à travers l’Europe contre la pandémie.