L’épidémie de Covid-19 poursuit sa progression en France malgré le confinement partiel

Par Jacques Valentin
9 novembre 2020

Après la fin du printemps, les classes dirigeantes des pays européens ont toutes fait le choix du retour forcé sur les postes de travail pour la classe ouvrière, afin de recommencer à accumuler les profits. Cela a été la course en Europe à qui démantèlerait le plus rapidement possible toutes les mesures de précaution pour rouvrir le plus largement possible l’économie. Maintenant les couvre-feux et les confinements partiels adoptés sont calibrés de façon délibérément tardive et insuffisante et ne permettent pas de contenir la nouvelle flambée épidémique.

Dès le mois d'août se dessinait une reprise épidémique très nette, à des rythmes variables selon les pays. Maintenant tous les pays européens sont concernés.

L'Espagne a été la première touchée mais le gouvernement central y refuse encore le confinement à domicile demandé par les régions. En Allemagne le précédent pic d’avril devrait être dépassé dans deux à trois semaines. La Belgique est à nouveau le pays européen le plus durement frappé par la Covid-19 et le système hospitalier est au bord de l’effondrement. L'Italie a instauré des couvre-feux et des confinements partiels régionaux. En Suisse, où très peu de mesures de précaution sont en vigueur plusieurs cantons arrivent à la saturation des lits de soins intensifs.

En Grande Bretagne, Johnson a reconnu devant les députés que les décès cet hiver pourraient être «deux fois plus graves ou plus par rapport à la première vague» qui avait été effroyable.

Les mesures de lutte contre l’épidémie ont à chaque fois été prises non pour maximiser leur effet sanitaire mais pour minimiser leur impact sur l’activité économique. Faute de mesures énergiques prises fin août-début septembre avant la réouverture du système scolaire et universitaire lorsqu'un confinement aurait encore pu être rapidement efficace, le gouvernement français a fait le choix délibéré de laisser l'épidémie échapper à tout contrôle.

L'Institut Pasteur a créé des scénarios sur la base des propositions de confinement que lui a soumis le gouvernement. Selon le quotidien Le Monde, les scientifiques estiment que le taux de reproduction du virus (le R0) pourrait tomber à 0,9 – contre 0,7 lors du premier confinement –, mais ils envisagent aussi un «scénario pessimiste», avec un Ro à 1,2 où le nombre de cas continuerait à augmenter.

Même le «scénario optimiste» montre que le gouvernement ne se fixe pas sérieusement comme objectif de juguler l'épidémie et a prévu de la laisser se propager à un niveau extraordinairement élevé pendant tout l'hiver. L'impact sur le système sanitaire déjà à bout de souffle va être dévastateur.

Traduisant la désorganisation du suivi épidémique et l'augmentation des cas, Santé Publique France a rencontré des difficultés importantes pour faire remonter les données journalières d'évolution des cas sur les deux dernières semaines, d'où des incertitudes sur l'évolution réelle de l'épidémie depuis le début du confinement. La barre des 60.000 cas de contamination a toutefois été franchie vendredi puis celle des 80.000 cas samedi soir.

Les données exploitables sur la contamination indiquent que le Ro a atteint un pic de 1,42 la semaine où le confinement a été décidé, ce qui correspond à un temps de doublement des cas d'environ 2 semaines. Vendredi, il serait redescendu à 1,31.

La barre des 40.000 décès a été franchie le 7 novembre. Le taux moyen des décès sur les 7 derniers jours à l'hôpital est de 364. Près de 30.000 patients étaient hospitalisés et les services de réanimation accueillaient 4.421 malades. Le nombre de patients accueillis continue à augmente tous les jours.

Le taux de contamination dans les établissements sociaux et médicaux-sociaux, qui incluent les établissements pour personnes âgées a beaucoup augmenté. A mi-octobre, on constatait 36 décès en moyenne par jour en établissements et 27 à l’hôpital.

La semaine du 21 au 28 octobre, dernières données disponibles, on a assisté à un phénomène important, le décrochage spectaculaire des hospitalisations avec respectivement 74 décès en établissements et seulement 36 décès à l'hôpital, en moyenne journalière. On assiste probablement, comme lors de la première vague, aux premiers signes des refus de prise en charge des personnes âgées, lié à la saturation des services hospitaliers et de réanimations. Cette tendance va sans doute s'accentuer et contribuer à une forte augmentation de la mortalité chez les plus âgés.

La réouverture du système universitaire et scolaire a contribué de façon majeure à l'explosion épidémique à partir de septembre. Le ministère de l'éducation n'a eu de cesse de tenter d'en dissimuler la gravité.

Face aux conditions de suroccupation des établissements et à la mise en danger délibéré des élèves et du corps enseignant, des grèves spontanées et des manifestations de lycéens se sont déclenchées après l'annonce du confinement. Elles se sont développées en dehors du contrôle des syndicats et le gouvernement a initialement répondu par une violente répression policière des manifestations lycéennes.

Finalement, craignant visiblement une explosion sociale généralisée se diffusant à partir du système scolaire, Blanquer a soudainement présenté un plan pour permettre le respect des règles sanitaires dans les lycées, après l'avoir refusé depuis la rentrée. Une alternance entre visioconférence et cours au lycée serait prévue, mais les modalités pratiques ne sont pas précisées et rien n'a été préparé ni testé. Aucun dispositif n'est prévu pour les collèges, alors que les problèmes sanitaires sont les mêmes qu'au lycée.

Le gouvernement espère visiblement que le corps enseignant des collèges sera moins revendicatif qu'au lycée et qu'il pourra éviter de renvoyer les enfants à la maison, ce qui déclencherait des demandes d'autorisation d'absence et l'indemnisation des parents concernés.

Les mesures limitées prises en France et en Europe montrent que les dirigeants considèrent que les centaines de décès quotidiens de Covid-19 sont la nouvelle normalité sanitaire et sociale acceptable.

Comme le Parti de l'égalité socialiste y a appelé il faut que la classe ouvrière se mobilise avec détermination pour imposer ses intérêts. Le recul du gouvernement face à la mobilisation dans les lycées est une première étape et montre la direction à suivre. Des comités d’action indépendants doivent être formés dans chaque école, composés des enseignants eux-mêmes. Il faut organiser une grève pour exiger la fermeture des écoles jusqu’à ce que la pandémie soit enrayée. Cette mobilisation doit inspirer les autres secteurs de l'économie qui doivent s'organiser indépendamment des syndicats qui ont soutenu sans réserve la politique de réouverture des écoles et de l'économie par l’État.

Une lutte rationnelle et scientifique contre le COVID-19 est tout à fait possible. La classe ouvrière peut mettre un terme aux politiques criminelles des élites dirigeantes. Cette politique ne peut toutefois se négocier avec les gouvernements de l’UE. Elle ne peut s’imposer que par la lutte pour organiser des grèves générales qui visent à faire tomber ces gouvernements et à transférer le pouvoir à la classe ouvrière.