La Suisse et la pandémie de coronavirus: «Nous sommes au bord d’une catastrophe médicale»

Par Marianne Arens
16 novembre 2020

Les pires épidémies de coronavirus se sont produites dans les pays capitalistes qui seraient censés avoir les meilleurs moyens pour combattre le virus. C'est ce que le World Socialist Web Site a souligné à plusieurs reprises. C'est un réquisitoire sans appel contre le capitalisme – un réquisitoire qui s'applique également à la Suisse, un pays relativement riche.

La deuxième vague de la pandémie est accompagnée d'une crise profonde du système de santé de ce pays. En particulier dans le sud et l'ouest de la Suisse, dans les cantons de Genève, Vaud, Valais et les cantons voisins, les infections ont grimpé en flèche ces derniers jours. Les unités de soins intensifs des hôpitaux sont pleines, et les médecins et les infirmières sont au bord de l'effondrement.

Le 2 novembre, un médecin-chef fribourgeois a lancé un appel urgent sur Twitter pour que la population porte des masques et respecte les restrictions de contact. «C'est la dernière chance d'agir», a déclaré le Dr Nicolas Blondel, dans son message calme mais catégorique. «La COVID-19 n'est pas la grippe, et nous sommes au bord d'une catastrophe médicale. La Suisse a actuellement violé son devoir de diligence». La moitié des tests de dépistage du coronavirus à Fribourg reviennent positifs, un taux de positivité sans précédent en Europe occidentale.

Nicolas Blondel, médecin-chef en médecine interne générale, Hôpital cantonal de Fribourg (Youtube)

«Ici, à l'hôpital, la situation est extrêmement grave», a rapporté le médecin. «Nous avons déjà plus de 185 patients hospitalisés avec une infection au Covid-19. Tout à l’heure, devant les urgences, les ambulances arrivaient au quart d’heure. Et si cela continue comme ça, nous n’aurons plus de place probablement mardi, mercredi ou jeudi». Les patients ne sont pas seulement âgés de 70 ans, mais «nous avons aussi beaucoup de patients plus jeunes, dont certains ont même moins de 40 ans. Ces patients ne vont pas bien, et même maintenant, nous ne pouvons pas traiter certains d'entre eux comme nous le souhaiterions».

Blondel a mis en garde contre les négationnistes du coronavirus, qui sont nombreux en Suisse au sein et autour de l'Union démocratique du centre (UDC), parti de droite, et a également adressé un léger reproche aux autorités et aux médias. Il a déclaré: «Nous ne savons pas à quoi nous attendre dans les prochains jours. Si toute la population change de comportement, il y a peut-être encore une chance, une dernière chance, que cela se termine autrement qu'en Lombardie... alors maintenant, arrêtez, arrêtez de croire ceux qui disent que tout va bien. Pour être honnête, je pense que les médias prennent un peu de retard, tout comme les autorités. C'est le dernier moment pour adopter des mesures».

Il est en fait grand temps que la classe ouvrière intervienne dans les affaires politiques pour arrêter le virus. On ne peut rien attendre des politiciens et des médias, car ils sont fermement sous la coupe des banques et des organisations de lobbying des entreprises comme Economiesuisse, qui s'opposent au confinement en raison de son impact sur les profits.

Le World Socialist Web Siteappelle à la formation de comités de sécurité dans les écoles, les lieux de travail et les transports publics afin d'imposer toutes les mesures nécessaires pour contenir le virus, y compris l'arrêt de toute production non essentielle. «Pour une grève générale afin de stopper la résurgence de COVID-19 en Europe!» était l'un des slogans d'une déclaration publiée fin septembre par les sections européennes du Comité international de la Quatrième Internationale.

La déclaration disait: «II est urgent de mobiliser la classe ouvrière à travers l’Europe et au niveau international dans une grève générale pour stopper la résurgence actuelle de COVID-19. Après la levée prématurée des mesures de confinement imposées ce printemps, la campagne des gouvernements européens pour une réouverture complète des écoles, des lieux de travail et des lieux de rassemblement public a ouvert la voie à une résurgence dévastatrice du virus.»

La catastrophe annoncée est maintenant arrivée. Au niveau mondial, plus de 50 millions de cas et plus de 1,25 million de décès sont survenus, ce qui signifie que 2,5 % des personnes infectées sont décédées. De plus, il devient de plus en plus évident que la pandémie ne pose pas seulement des questions et des défis médicaux, mais surtout politiques. Les gouvernements bourgeois, y compris leur aile «gauche», négligent consciemment et criminellement tout effort pour combattre la pandémie.

La Suisse archicapitaliste, qui compte non seulement une densité inégalée de banques et de milliardaires, mais aussi des entreprises pharmaceutiques de premier plan et un système de santé bien développé, a totalement échoué dans sa lutte contre la pandémie. Lors de la première vague, la Suisse a connu, fin mars, la deuxième augmentation la plus rapide des cas de coronavirus en Europe. Le répit apporté par l'été a expiré sans qu'aucune mesure ne soit prise. Aujourd'hui, le port du masque n'est même pas strictement obligatoire. «En termes de confinement, la Suisse est la deuxième Suède», remarque laconiquement le quotidien allemand Die Welt.

En conséquence, le nombre de cas a augmenté de façon spectaculaire. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP - BAG), qui enregistre tous les cas en Suisse et au Liechtenstein, a signalé mardi matin près de 6000 cas (5980) au cours des 24 heures précédentes. 107 autres patients ont perdu la vie à cause du COVID-19, tandis que 243 autres ont été emmenés à l'hôpital. Le taux d'infection sur 14 jours pour 100.000 habitants représente le chiffre stupéfiant de 4771 cas, et 26,7 % de tous les tests effectués pendant la même période se sont révélés positifs.

Le sud et l'ouest de la Suisse, comme indiqué, ont été les plus touchés. Dans le canton du Valais, les hôpitaux sont au maximum de leur capacité depuis deux semaines. À Genève et dans le canton de Vaud, l'armée suisse a été mobilisée, comme elle l'avait fait au début de l'année. Ces derniers jours, les hôpitaux ont transporté par avion des patients pouvant être héliportés dans les hôpitaux des cantons germanophones, qui ont encore des capacités d'accueil.

«Nous n'avons pas de réserves», s'est plaint Hervé Zender, médecin-chef de l'unité de soins intensifs d'un hôpital neuchâtelois, selon Euronews. À titre d'exemple, le médecin a déclaré: «Ce matin, on m'a demandé d'accepter un autre patient, mais je n'avais pas de place pour lui. J'ai donc dû transférer le patient le plus stable de l'unité dans un autre hôpital. C'est devenu la procédure standard pour nous maintenant, nous n'avons plus de réserves».

Mais que se passera-t-il quand aucun autre hôpital n'aura de capacité d'accueil? Le nombre d'infections augmente aussi considérablement dans les cantons germanophones.

Selon le site Internet du canton de Berne, 16 personnes sont mortes dans le canton lundi seulement, soit plus de 8 % des 193 décès enregistrés depuis mars 2020. Vingt-neuf autres patients ont été conduits à l'hôpital, où 427 patients sont actuellement traités, dont 62 en soins intensifs, 42 d'entre eux ayant été intubés.

Les reportages en provenance d'Argovie sont également alarmants: le manque de personnel médical est si extrême que les infirmières qui testent positives au COVID-19 et qui ne présentent pas de symptômes sont priées de continuer à travailler.

Comme ce fut le cas il y a plus d'un siècle lorsque la pandémie de grippe espagnole a fait rage, le concept de «triage» est à nouveau discuté publiquement. Il s'agit de décider, lorsqu’il n’y a plus de lits d'hôpitaux disponibles, à qui l’on donnera un traitement médical et qui on laissera mourir. Le 4 novembre, les «Lignes directrices pour le triage en cas de manque de ressources dans les unités de soins intensifs» ont été actualisées et étendues à un bureau national de coordination en Suisse.

«La lutte pour un lit d'hôpital gratuit a commencé», a-t-on commenté au réseau national de télévision et de radio SRF. Alors que le ministre de la Santé, le conseiller fédéral Alain Berset (social-démocrate, PS), a insisté pour que les opérations non essentielles à Zürich soient retardées, la députée du canton de Zürich et directrice de la santé Natalie Rickli (UDC) a répondu que les hôpitaux ne devraient pas avoir à subir de pertes financières comme ils l'ont fait au printemps. Le conseiller fédéral Berset avait «perdu de vue l'aspect financier». Retarder les opérations prévues pour les genoux, les hanches et les soins esthétiques serait «disproportionné», a-t-elle ajouté.

(Article paru en anglais le 13 novembre 2020)