La France met fin au confinement alors que des milliers de cas nouveaux sont signalés chaque jour

Par Will Morrow
17 décembre 2020

Mardi a pris fin le deuxième confinement partiel, annoncé par le gouvernement Macron fin octobre. La fin des restrictions de voyage signifie que les gens peuvent se déplacer librement à travers le pays avant les vacances. Bien qu'il y ait encore plus de 10 000 nouveaux cas signalés chaque jour, des millions de personnes sont censées organiser des fêtes de Noël et du Nouvel An avec leurs familles.

Un couvre-feu national de 20 h 00 à 6 h 00 continuera d'être en vigueur pendant toute la période des fêtes. Bien que les rassemblements puissent continuer à avoir lieu, la population sera obligée de rester à domicile après 20h00, sauf pour aller travailler.

Le Premier ministre Jean Castex avait annoncé la fin du confinement limité jeudi dernier. Il l'a fait malgré l'aveu que même le seuil extrêmement élevé du gouvernement (fixé à moins de 5000 cas de coronavirus par jour), qu'il avait déclaré être nécessaire pour envisager un quelconque relâchement des restrictions, était loin d'être atteint.

Une infirmière tient un téléphone pendant qu'un patient COVID-19 parle avec sa famille depuis l'unité de soins intensifs du centre hospitalier Joseph Imbert à Arles, dans le sud de la France, le mercredi 28 octobre 2020 (AP Photo / Daniel Cole)

Des centaines de personnes continuent de mourir chaque jour dans tous le pays et des milliers dans toute l'Europe. Dimanche, 371 autres décès ont été signalés en France, 481 en Allemagne, 491 en Italie, 450 en Russie et 232 au Royaume-Uni. Dans toute l'Europe, le nombre total de personnes infectées par le virus a dépassé les 20 millions mardi.

En France, le confinement limité promulgué fin octobre, qui n'incluait pas la plupart des lieux de travail ou des écoles, a réduit la propagation du virus, mais il y a des signes que son impact avait déjà plafonné au début du mois et la propagation commence maintenant à repartir à la hausse.

Le nombre total de cas par jour ne diminue plus. À l'exception de dimanche, où le décompte est biaisé en raison de la fermeture des centres de dépistage, le nombre quotidien de cas n'est pas descendu en dessous de 10 000 par jour et est souvent plus proche de 15 000. Le nombre d'hospitalisations a en fait augmenté pendant trois jours consécutifs, avec 242 hospitalisations supplémentaires et 35 nouvelles admissions aux soins intensifs mardi.

Les déplacements de millions de personnes pour la période des fêtes assureront une nouvelle accélération de la propagation du virus. Ceci est exacerbé par un système de test complètement insuffisant. La semaine dernière, le gouvernement Macron a conseillé à toute personne asymptomatique de ne pas se faire tester même avant d'aller rendre visite à sa famille, car cela submergerait les capacités de test du pays. Étant donné que de nombreux jeunes porteurs du virus sont susceptibles d'être asymptomatiques, cela ne fait que garantir que plus de jeunes contamineront les membres de leur famille.

Mardi, Castex a accordé une interview à Europe1 où il a déclaré qu'avant les vacances, toute personne rendant visite à des membres vulnérables de sa famille devrait s'isoler une semaine à l'avance si possible. Il n'a pas expliqué comment cela serait possible pour des millions de familles, étant donné que le gouvernement a maintenu la fréquentation scolaire obligatoire et maintenu les lieux de travail ouverts.

"Si vous le pouvez, [...] auto-confinez-vous huit jours avant Noël, surtout s'il l'on doit recevoir des personnes vulnérables".

Castex a ajouté que ce jeudi et vendredi seulement, les parents étaient encouragés à ne pas envoyer leurs enfants à l'école, s'ils en étaient en mesure de le faire. Cela ne fait que souligner la criminalité et le mépris de classe de toute la politique du gouvernement Macron. La justification mensongère officielle pour maintenir les écoles ouvertes est que les enfants sont moins susceptibles de propager le virus que les adultes. Cela a déjà été réfuté par de nombreuses études scientifiques sur le virus. La recommandation adressée aux parents "qui peuvent" s'appliquera simplement à ceux qui ne sont pas obligés d’aller travailler.

Après la période des vacances, les écoles doivent rouvrir normalement le 4 janvier, et actuellement le gouvernement vise à rouvrir même les restaurants et les bars d'ici fin janvier.

La réponse du gouvernement Macron à la pandémie n'a pas été déterminée par l'exigence scientifique de combattre le virus et de sauver des vies. Elle a été conditionnée par la nécessité de protéger les profits des grandes banques et grandes entreprises françaises, et la richesse des super riches.

Contrairement au premier confinement de huit semaines en mars, celui d'octobre n'a pas limité la production. Garder les écoles ouvertes, malgré les avertissements qu’elles seraient des vecteurs de transmission du virus, vise à maintenir les parents au travail et à éviter tout impact sur les profits d'une fermeture économique. Des dizaines de milliers de personnes sont décédées inutilement en conséquence directe de cette politique.

La même politique a été poursuivie par les gouvernements de toute l'Europe et aux États-Unis. En Grande-Bretagne, le gouvernement Johnson a mis fin à des confinements nationaux limités similaires le 3 décembre et a en outre autorisé tous les magasins à ouvrir 24 heures sur 24 en décembre et janvier. En Allemagne, qui a été présentée à l’international comme un modèle pour sa réponse au virus, il y a maintenant plus de 500 décès chaque jour, et le gouvernement a refusé de fermer les lieux de travail non essentiels ou les écoles.

Le fait que ces politiques se poursuivent alors même qu'un vaccin commence à être distribué, et pourrait sauver d'innombrables vies en quelques mois, ne fait que souligner la criminalité de cette politique.

Les intérêts de classe qui la sous-tendent sont visibles dans l'évolution des marchés boursiers en Europe. En France, le principal indice boursier CAC-40 baissa fortement de fin février à début mars, à mesure que le virus se propageait rapidement en Europe. Il se stabilisa après l'annonce par le président Macron, le 12 mars, d'un confinement, accompagné d'une promesse de renflouer les riches à hauteur de centaines de milliards d'euros. Le CAC-40 n'a cessé d'augmenter depuis, grimpant de 20 pour cent depuis la fin du mois d'octobre seulement. Il a presque retrouvé son sommet record établi au début de l'année.

Le Parti de l'égalité socialiste a avancé les revendications suivantes comme seul moyen de contrer la politique mortifère de l'élite capitaliste:

 La fermeture immédiate de toute la production sur les lieux de travail non essentiels et des écoles

 L'octroi d'un revenu mensuel à toutes les familles pour garantir un niveau de vie décent jusqu'à ce qu'un retour au travail soit possible

 L'octroi d'une aide aux petites entreprises d'un montant suffisant pour maintenir la viabilité économique des entreprises et les salaires et traitements des employés jusqu'à la reprise de leurs activités.

 L'allocation de milliers de milliards d'euros pour accélérer la production et la distribution de vaccins gratuitement et pour développer l'infrastructure de santé publique, y compris pour les tests et la recherche des contacts

La lutte pour une telle politique nécessite la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière contre le capitalisme, la lutte pour un gouvernement ouvrier et la réorganisation de la vie économique sur la base du socialisme.

(Article paru en anglais le 16 décembre 2020)