Le territoire canadien du Nunavut, situé à l'extrême nord du pays, est confronté à une importante épidémie de COVID-19

Par Alexandra Greene
17 décembre 2020

Jusqu'au début novembre, le territoire peu peuplé du Nunavut au Canada était l'un des rares endroits habités de la planète à ne pas avoir vu un seul cas de COVID-19. Situé dans le Grand Nord canadien, le territoire a pu rester exempt de COVID pendant huit mois après l'arrivée du virus en Amérique du Nord, en mettant en place des contrôles stricts des déplacements et en instaurant une distanciation sociale dans les épiceries et autres lieux.

Cependant, comme une deuxième vague de la pandémie s'est développée dans le sud du Canada cet automne en raison des politiques imprudentes de retour au travail et à l'école menées par les gouvernements fédéral et provinciaux, le virus a inévitablement trouvé son chemin dans le territoire. Après que le premier cas de COVID-19 a été signalé le mois dernier, le virus s'est rapidement propagé, obligeant les petites communautés isolées du Nunavut à faire face à des épidémies majeures dans des conditions hivernales difficiles.

Sanikiluaq, Nunavut en décembre (Wikipedia)

Seuls les résidents et les travailleurs essentiels étaient autorisés à entrer sur le territoire à partir du 24 mars. Ceux qui venaient d'ailleurs et qui étaient autorisés à entrer sur le territoire devaient au préalable subir une période obligatoire de quarantaine de 14 jours à Ottawa, Winnipeg, Edmonton ou Yellowknife.

Les responsables de la santé et les dirigeants communautaires du territoire savaient que si la pandémie commençait à se propager dans la région isolée, les conséquences seraient désastreuses. La population du Nunavut, qui compte un peu plus de 39.000 habitants – dont 85% sont des Inuits – est confrontée à des crises simultanées depuis de nombreuses années. Une pénurie chronique de logements, une crise d'insécurité alimentaire et une lutte contre la tuberculose qui dure depuis des décennies sont les principales difficultés auxquelles sont déjà confrontés ceux qui y vivent.

En 2018, le gouvernement fédéral s'est engagé à éliminer la tuberculose chez les Inuits d'ici 2030. Mais après seulement deux ans d'efforts, les progrès ont été officiellement bloqués en janvier 2020 en raison d'un manque de financement. Les taux de tuberculose chez les Inuits sont 300 fois plus élevés que ceux observés chez les citoyens non autochtones nés au Canada.

Les partisans de la lutte contre la tuberculose au Nunavut reconnaissent que le problème est inextricablement lié à la crise du logement, à l'insécurité alimentaire et aux niveaux élevés de chômage.

Les divers facteurs de stress liés aux mauvaises conditions de vie permettent souvent à la maladie de devenir active chez un porteur, et ce fait, combiné à la population affectée vivant dans des logements surpeuplés et souffrant de malnutrition, signifie que la probabilité de transmission est très élevée.

La tuberculose est une maladie causée par une bactérie qui affecte le plus souvent les poumons, provoquant des douleurs thoraciques, de la toux et une foule d'autres symptômes. Un article du Globe and Mail de 2011 a qualifié le Nunavut de «l'un des pires endroits au monde pour la santé respiratoire».

Compte tenu de ces facteurs et de bien d'autres, l'arrivée de la COVID-19 sur le territoire était une perspective sombre qui pouvait causer des souffrances et des morts en masse.

Le 6 novembre, l'administrateur en chef de la santé publique du Nunavut a annoncé le premier cas officiel sur le territoire. La personne infectée se trouvait dans la petite communauté de Sanikiluaq, dans la baie d'Hudson, où vivent seulement environ 850 personnes. Tous les résidents de la communauté ont reçu l'instruction de rester chez eux et de limiter les contacts avec les autres, car des mesures de traçage des contacts et de suivi de l'exposition ont été mises en place. Deux jours plus tard, une deuxième infection au Nunavut a été annoncée dans la même ville.

Douze jours seulement après l'annonce du premier cas, le Nunavut comptait un total de 70 infections confirmées à la COVID-19. Au 28 novembre, le territoire avait atteint un nombre à trois chiffres de cas, avec 131 cas actifs.

Le 2 décembre, les restrictions imposées deux semaines plus tôt ont été levées pour toutes les zones, à l'exception du hameau d'Arviat. Bien que le nombre de cas actifs ait quelque peu diminué, il y avait encore 49 cas actifs au Nunavut en date du 13 décembre. La communauté d'Arviat est particulièrement touchée, avec neuf nouveaux cas signalés dimanche.

Plus de 640 personnes qui ont potentiellement été exposées au virus sont «suivies» par le gouvernement du Nunavut. La page officielle du site web du ministère de la Santé du Nunavut, qui contient des informations sur la COVID-19, indique que «les personnes suivies comprennent les personnes présentant des symptômes et des expositions spécifiques ainsi que d'autres personnes qui se surveillent elles-mêmes ou s'isolent», mais cette déclaration est suivie d'un avertissement indiquant que toutes ces personnes ne présentent pas de symptômes ou ne doivent pas subir de tests.

Arviat, une communauté d'environ 2.550 personnes, voit maintenant des familles confinées dans leurs maisons à l'arrivée de l'hiver. Les problèmes de logements surpeuplés et inadéquats sont ainsi aggravés.

Les familles parlent des conditions de vie difficiles auxquelles elles doivent faire face. Cecilia Akammak, une résidente d'Arviat, a raconté à CBC News comment son ménage de 11 personnes s'est retrouvé sans eau chaude pendant toute la durée de l'épidémie. La chaudière de la famille est brisée et, à un moment où l'hygiène et l'assainissement pour limiter la propagation du virus sont de la plus haute importance, Cecilia a dû faire bouillir de l'eau pour désinfecter les surfaces et fournir à sa famille de l'eau pour se laver simplement les mains.

Cecilia vit avec son mari, ses enfants et ses petits-enfants dans un logement public de trois chambres à coucher. Selon la Société de logement du Nunavut, seules les réparations d'urgence sont possibles, car le personnel d'entretien de l'autorité locale du logement s'isole lui-même. Par conséquent, la chaudière de Cecilia ne peut pas être réparée pour le moment.

Une autre habitante d'Arviat, Jennifer Aulatut, a déclaré à CBC News que l'eau de sa maison est jaune et rend ses enfants malades. En conséquence, Jennifer achète de l'eau au magasin, mais en raison de contraintes financières, ce n'est pas toujours possible. Habituellement, lorsqu'une situation comme celle-ci se produit ou que la maison délabrée de sa famille, âgée de 60 ans, a besoin de réparations, elle reste avec les autres membres de la famille dans une autre maison. Toutefois, à l'heure actuelle, cela n'est pas possible en raison des mesures de confinement.

Ces terribles conditions sont vécues par de nombreux autres ménages au Nunavut, où 54% des Inuits sont des sans-abris «invisibles». Cela signifie qu'ils n'ont pas de maison à eux, mais ne vivent pas visiblement dans la rue. Environ la moitié des 39.000 personnes vivant sur le territoire le font dans des logements surpeuplés. En 2016, 36,5% de la population était en «besoin urgent de logement», soit plus du double du taux de tout autre province ou territoire.

La crise désespérée du logement et la pauvreté endémique auxquelles sont confrontés de larges pans de la population du Nunavut sont exacerbées par le problème de longue date des prix exorbitants des denrées alimentaires. Les grandes chaînes de distribution se déchargent du coût de l'expédition des denrées alimentaires dans le Grand Nord en imposant des prix exorbitants qui empêchent la plupart des gens d'avoir une alimentation saine. Un kilogramme d'asperges coûte plus de 32 dollars canadiens à Iqaluit en janvier, alors qu'une pomme coûte en moyenne 1,50 dollar canadien. Selon Banques alimentaires Canada, il en coûte la somme astronomique de 1846 dollars canadiens par mois pour nourrir une famille de quatre personnes dans la communauté de Taloyoak, contre 868 dollars canadiens dans la capitale nationale, Ottawa.

Les politiques gouvernementales ont activement contribué à l'aggravation de la crise alimentaire. En 2011, le gouvernement fédéral a mis en place le programme Nutrition North Canada (NNC), qui fournit des subventions aux détaillants, supposément pour réduire les prix pour les clients. Cependant, cela ne se produit presque jamais, à la fois parce que le gouvernement n'applique pas de contrôle des prix et parce que le détaillant qui reçoit les subventions est souvent le seul magasin où l'on peut faire des achats dans toute la communauté. Selon une étude de 2019 publiée dans le Journal de l'Association médicale canadienne, l'insécurité alimentaire dans les dix plus grandes communautés du Nunavut a augmenté de 13,5% suite à l'introduction du NNC, qui a remplacé un système connu sous le nom de Food Mail, qui subventionnait les envois de nourriture via Postes Canada.

(Article paru en anglais le 13 décembre 2020)