Le déploiement du vaccin COVID: Une démonstration de l'incompétence du capitalisme

Par Benjamin Mateus
22 décembre 2020

Le lancement du vaccin COVID la semaine dernière n'a été rien d'autre qu'un désastreux coup de publicité mal organisé.

Alors que le vice-président Pence et les membres du Congrès ont reçu leur vaccin à ARNm COVID de Pfizer au cours du week-end, un événement mis en scène pour assurer à ceux qui hésitent à se faire vacciner que les hauts fonctionnaires subissaient la même procédure, les fonctionnaires de plusieurs États ont appris qu'ils recevraient moins de doses de vaccin lors de leur deuxième envoi. Quelque 2,9 millions de doses ont été initialement envoyées cette semaine, mais les États ont été informés que seulement 2 millions de doses seraient livrées la semaine suivante.

Après avoir reçu 49.725 doses initiales au cours de la première semaine de la mise en circulation du vaccin, les responsables de la santé de l'État du Wisconsin ont appris qu'ils ne recevraient que 35.100 doses la semaine suivante. «C'est inacceptable. Les citoyens du Wisconsin méritent le vaccin que le gouvernement fédéral a promis», s'est plaint le gouverneur Tony Evers.

Le vice-président Mike Pence reçoit une injection du vaccin Pfizer-BioNTech COVID-19 dans le bâtiment Eisenhower Executive Office sur le complexe de la Maison-Blanche, vendredi 18 décembre 2020, à Washington (AP Photo/Andrew Harnik)

Le Dr Ben Weston, directeur des services médicaux de l'Office of Emergency Management du comté de Milwaukee, a déclaré au Milwaukee Journal Sentinel: «Il est certain que plus nous pourrons obtenir de vaccins, mieux ce sera. Nous avons beaucoup de travailleurs de la santé que nous devons vacciner. Nous avons beaucoup de personnes à haut risque, qui vivent ou travaillent dans des établissements de soins de longue durée. Et nous avons beaucoup, beaucoup de prestataires de soins médicaux d'urgence qui sont en première ligne, s'occupant des patients dans des environnements non contrôlés». Le Wisconsin a été sévèrement touché par la vague en octobre et novembre, poussant les hôpitaux à leurs limites.

Les gouvernements des États de l'Oregon, de la Floride et du Michigan ont fait des déclarations publiques décriant la réduction des doses de vaccins. Beaucoup de ces États ont décidé de réajuster leurs plans de vaccination, n’ayant pas plus d’informations sur ces pénuries.

Selon un haut responsable de Washington, les États-Unis n'atteindront pas leur objectif de vacciner 20 millions de personnes d'ici la veille du Nouvel An. Selon le général Gustave Perna, l'officier de l'armée chargé du programme gouvernemental de distribution de vaccins, les États devraient recevoir les 40 millions de doses une semaine plus tard que prévu.

Il a déclaré aux journalistes samedi: «Je n'ai pas compris avec exactitude toutes les étapes qui doivent être franchies pour que le vaccin soit disponible. J'ai échoué, je suis en train de m'adapter, et nous allons aller de l'avant à partir de là». Il a ajouté: «Il y a un délai entre ce qui est disponible et ce qui peut être libéré parce que nous parlons de centaines, de milliers et de millions de doses dont nous voulons nous assurer qu'elles sont correctes». Avec 2583 décès par jour en moyenne sur sept jours, le délai d'une semaine verra 18.000 personnes supplémentaires succomber à la pandémie.

Au 18 décembre, et moins d'une semaine après le début des efforts nationaux pour vacciner la population contre le virus SRAS-CoV-2, selon une enquête du New York Times, environ 130.000 personnes avaient reçu la première dose du vaccin de Pfizer. C'est certainement une sous-estimation mais cela démontre que la livraison du vaccin nécessite encore la coordination de la logistique pour amener des millions de personnes à des milliers de sites de vaccination et ensuite pour une seconde injection dans un délai d'un mois.

Le même jour, la FDA a délivré une approbation d'urgence pour le deuxième vaccin contre le coronavirus, développé par Moderna. Comme Pfizer, Moderna a utilisé la technologie de l'ARNm et exige deux doses espacées de quelques semaines. Cependant, le vaccin de Moderna n'a pas les mêmes exigences rigoureuses en matière de température ultra-froide.

Pfizer, qui a dû réduire les estimations initiales de vaccination de 100 millions à 50 millions de doses, en partie en raison de problèmes complexes de chaîne d'approvisionnement pour la production de ses vaccins, a nié toute affirmation selon laquelle elle éprouve des difficultés à produire ses produits thérapeutiques, promettant un chiffre optimiste de 1,3 milliard de doses pour l'année prochaine. Moncef Slaoui, le conseiller scientifique en chef de l'opération Warp Speed, a noté dans une interview que le gouvernement fédéral était en train de conclure un accord sur les 100 millions de doses pour le deuxième trimestre 2021. Le contrat de 1,95 milliard de dollars pour 100 millions de doses signé en juillet dernier permet aux États-Unis d'acheter jusqu'à 500 millions de doses supplémentaires.

Lors d'une interview du PDG Albert Bourla à l’émission «Squawk Box» de CNBC lundi, une réponse à la question de l'animatrice Meg Tirrell a remis en question ces assurances rendues publiques. Elle a commencé sa question en déclarant que l'opération Warp Speed avait proposé d'aider Pfizer à augmenter sa capacité de fabrication en utilisant la loi sur la production de défense pour s'approvisionner en matières premières. «Comment cela affecterait-il Pfizer si le Defense Production Act était utilisé pour vous aider?»

Bourla a répondu: «Je pense que ce serait très positif, et je pense que cela nous permettra de maximiser ce que nous pouvons faire. Nous leur demandons maintenant... et j'espère qu'ils le feront bientôt parce que, en particulier pour certains composants (du vaccin), nous sommes confrontés à des limitations critiques de l'approvisionnement [c'est nous qui soulignons]. Mais je pense qu'ils le feront, ce qui ne posera aucun problème».

Le 3 décembre, un porte-parole de Pfizer a déclaré au Wall Street Journal: «L'élargissement de la chaîne d'approvisionnement en matières premières a pris plus de temps que prévu». Ces matériaux proviennent des États-Unis et de l'Europe et nécessitent un certain contrôle de qualité pour garantir le respect des normes. Pfizer a seulement déclaré que certains de ces lots initialement reçus étaient inutilisables, ce qui a entraîné une révision à la baisse des estimations. Le géant pharmaceutique n'a pas précisé où se situaient ces manques, mais ils comprenaient plusieurs substances de qualité médicale.

L'accord initial conclu entre Pfizer et les États-Unis prévoyait la livraison de 20 millions de doses par mois à partir de novembre. Toutefois, Pfizer répartira cette allocation sur les quatre premiers mois de 2021. Selon Bloomberg, «Pfizer a jusqu'à présent alloué environ 10,4 millions de doses aux États-Unis, a déclaré le fonctionnaire (de l'administration). Sur la première tranche de 6,4 millions, 500.000 doses ont été mises en réserve, et 2,9 millions ont été expédiées cette semaine. Les 2,9 millions restants seront envoyés dans trois semaines en tant que deuxième dose du régime de deux doses de vaccin. Les États-Unis commenceront à livrer la deuxième allocation de 4 millions de doses la semaine prochaine, en envoyant à nouveau la moitié tout en retenant la moitié pour les deuxièmes doses».

Ces processus ne font l'objet d'aucun examen public. Une fois que les nouvelles allocations hebdomadaires seront communiquées au gouvernement fédéral, celui-ci les enverra à son tour aux États, une fois que ceux-ci auront déterminé où elles doivent être envoyées.

Ed Yong, rédacteur scientifique pour The Atlantic, a déclaré à NPR: «Ce sera un processus lent, et il y a beaucoup d'obstacles possibles en termes de production du vaccin et de sa distribution. Ne considérez pas le vaccin comme un interrupteur, qui, une fois administré, permettra de reprendre une vie normale. Il faudra un certain temps avant que les choses ne soient maitrisées».

Il n'existe pas d'infrastructure nationale de vaccination aux États-Unis, et les sommes infimes qui ont été allouées à la distribution des vaccins sont totalement insuffisantes. Au moment où nous écrivons ces lignes, les législateurs continuent de s'affronter au Congrès au sujet d'un programme de financement de près d'un billion de dollars qui aiderait les départements de santé des États à obtenir les milliards de dollars de ressources nécessaires pour financer leurs campagnes de vaccination.

Une publication récente du Fonds du Commonwealth intitulée «How prepared are states to vaccinate the public against COVID-19? Learning from Influenza and H1N1 vaccination programs» («À quel point les États sont-ils prêts à vacciner le public contre la COVID-19? Tirer les leçons des programmes de vaccination contre l’influenza et le H1N1»), a indiqué que les personnes ayant une assurance maladie, une source régulière de soins et aucun obstacle financier étaient beaucoup plus susceptibles de recevoir leur vaccin annuel contre la grippe. Cependant, les personnes atteintes de maladies chroniques qui ont fréquemment recours aux soins de santé et qui ont les taux de vaccination nationaux les plus élevés sont toujours vaccinées bien en dessous de l'objectif national de 70 %, ce qui laisse entrevoir les difficultés qui attendent le vaccin COVID.

L'âge, le revenu et l'éducation ont joué un rôle important dans le taux d'utilisation du vaccin. Le rapport souligne que, bien que les inégalités raciales dans les taux de vaccination aient persisté, l'accès à la vaccination est lié à la couverture d'assurance et aux obstacles financiers communs à la classe ouvrière de toutes les identités raciales.

L'arrivée du vaccin de Moderna ouvre la voie à la mise à disposition de 5,9 millions de doses supplémentaires d'un vaccin COVID la semaine prochaine aux États-Unis. Moderna a promis 20 millions de doses d'ici la fin de l'année et jusqu'à 125 millions de doses jusqu'au premier trimestre 2021. Cependant, la société biopharmaceutique n'a jamais mis un médicament sur le marché et ne dispose pas de ses propres installations de fabrication. En mai, elle s'est tournée vers le géant suisse de la fabrication Lonza AG, concluant un accord pour produire un milliard de doses par an aux États-Unis et en Suisse.

Il n'y a certainement pas assez de vaccins actuellement, même pour les 21 millions de travailleurs de la santé aux États-Unis. Les États continuent de lutter contre la pandémie alors que les hôpitaux sont confrontés à un nombre record de patients atteints de COVID et à des pénuries de personnel, ce qui complique inutilement le déploiement des vaccins dans les États.

La pandémie a également dévasté de manière disproportionnée la classe ouvrière, en particulier les personnes âgées ou qui souffrent de problèmes de santé chroniques, les mettant en danger, ainsi que leurs familles, tandis que les riches négocient en coulisses avec leurs médecins et leurs systèmes de santé pour avoir accès au vaccin. Les pays riches ont également réservé presque toutes les futures doses de vaccins, laissant la plus grande partie du monde sans accès à ces soins vitaux pour les années à venir.

(Article paru en anglais le 21 décembre 2020)