Un demi-million de personnes mortes de la pandémie de COVID-19 en Europe

Par Will Morrow
24 décembre 2020

Mercredi, l'Europe a atteint une nouvelle étape sombre dans la pandémie de coronavirus. Un demi-million de personnes sont officiellement mortes du virus à travers l'Europe, selon les chiffres publiés par Worldometer, qui inclut la Russie dans son total européen.

Le nombre réel de décès dus au COVID-19 est probablement beaucoup plus élevé. Une étude du 14 octobre dans la revue scientifique Nature, examinant la surmortalité dans 21 pays, a révélé que le nombre de décès au-dessus des normes historiques pour janvier-juin était d'environ 20 pour cent plus élevé que les décès officiellement attribués au COVID-19. Si cela est vrai pour toute l'Europe, il y a en fait, eu 100 000 autres décès attribuables à la pandémie.

Le seuil de 300 000 morts a été franchi vers le 10 novembre, le seuil des 400 000 à la fin de novembre. Les 100 000 décès suivants sont survenus en trois semaines. Comme pour les étapes précédentes, la dernière sera notée brièvement, voire pas du tout, dans les programmes d'information télévisée. Surtout, aucun gouvernement européen ne propose une politique sérieuse pour faire face de toute urgence au nombre croissant de morts et ne propose une réponse scientifique. Toute mesure restreignant la production, les profits des grandes entreprises et la richesse de l'élite financière européenne est rejetée d'emblée.

Un ambulancier sort d'une tente installée devant les urgences de l'hôpital de Crémone, dans le nord de l'Italie [source: Claudio Furlan / Lapresse via AP, dossier]

Plus de 3 000 personnes meurent chaque jour. La Grande-Bretagne a enregistré plus de 37 000 cas et 691 décès mardi. Lundi il y eut plus de 350 morts en France et 415 en Italie. Mercredi, les services de santé allemands ont signalé presque 25000 nouveaux cas et 962 décès. La dernière semaine fut de loin la pire connue en Allemagne, avec 175 314 infections et plus de 4 300 décès.

Le virus se propage toujours rapidement et s'accélère en fait. En décembre, la France et le Royaume-Uni ont mis fin aux confinements partiels, qui n'avaient jamais fermé la production non essentielle ni les écoles, encourageant la population à voyager pour les vacances. En Grande-Bretagne, le gouvernement Johnson a annoncé que les centres commerciaux seraient ouverts 24 heures sur 24, pour garantir aux détaillants que la période la plus rentable de l'année ne serait pas affectée.

En France, le taux R d'infection est désormais supérieur à 1, ce qui signifie que le virus connaît à nouveau une croissance exponentielle. Le gouvernement Macron a mis fin aux mesures de confinement le 15 décembre, bien que le nombre de cas ne soit jamais tombé en dessous de 10 000 - le double du seuil qu'il avait déclaré nécessaire pour permettre l'assouplissement des restrictions. Il y a maintenant de 15 000 à 20 000 cas par jour.

Christian Rabeau, le président de la commission médicale de l'hôpital régional de Nancy, a déclaré qu'il prévoyait une troisième vague à partir du 4 janvier, lorsque les écoles doivent rouvrir. "Il pourrait y avoir jusqu'à 500 patients de plus en réanimation par rapport à aujourd'hui", a-t-il déclaré mardi à Europe1. De nombreux hôpitaux approchent déjà de leur capacité. "Ce week-end, pour pouvoir prendre en charge les patients qui se sont présentés, il a fallu réaménager certaines parties de l'hôpital pour traiter les cas Covid", a-t-il déclaré.

En Grande-Bretagne, le virus devient incontrôlable, avec plus de 30 000 cas par jour. Sa propagation est accélérée par l'émergence d'une nouvelle souche, 70 pour cent plus infectieuse, qui représente désormais plus de 60 pour cent des cas dans le sud-est de l'Angleterre. Cette souche a déjà été repérée en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas, au Danemark et au-delà.

Les évaluations scientifiques de la nouvelle souche estiment qu'elle pourrait augmenter le taux de R de 0,4 à 0,9. Dans une zone comptant 10 000 cas par jour, cela signifierait 4 000 à 9 000 nouveaux cas supplémentaires par jour. On ne sait pas si la nouvelle souche est plus mortelle, mais une croissance rapide du nombre de cas submergerait plus rapidement les hôpitaux et augmenterait ainsi massivement le nombre de décès.

Les scientifiques s'opposent à la politique officielle d'autoriser des dizaines de milliers d'infections par jour. Le 18 décembre, le journal Lancet a publié une déclaration de scientifiques médicaux en Europe, intitulée, "Appel à un engagement paneuropéen pour une réduction rapide et durable des infections à SRAS-CoV-2".

Mettant en cause de fait la politique actuelle, les scientifiques déclarent que "le faible nombre de cas se traduit en vies sauvées" et que "l'assouplissement des restrictions tout en acceptant un nombre élevé de cas est une stratégie irréfléchie qui conduira à une autre vague". Ils recommandent des mesures de confinements immédiats jusqu'à ce que le nombre de cas soit ramené en dessous de 10 cas par million de personnes et par jour, soit environ un trentième des niveaux actuels en France.

La déclaration appelle à une réponse coordonnée à l'échelle du continent, car "un seul pays ne peut à lui seul maintenir le nombre de cas de COVID-19 à un faible niveau; une action conjointe et des objectifs communs entre les pays sont donc essentiels".

Les gouvernements, cependant, s'empressent de faire en sorte que les affaires reprennent normalement après les vacances. Le gouvernement Macron insiste pour que les écoles rouvrent le 4 janvier. Les écoles sont également maintenues ouvertes en Grande-Bretagne et en Allemagne. Les gouvernements utilisent les écoles comme un service de garde d'enfants afin que les parents puissent être forcés d'aller travailler, et sont conscients que cela entraînera des dizaines de milliers de morts supplémentaires.

Le modèle partout, en effet, est la Suède, dont le gouvernement a ouvertement mené une politique d '"immunité collective" qui a conduit à la catastrophe. Ce fut le mois de novembre le plus meurtrier en Suède depuis la grippe espagnole de 1918. Dans un pays de seulement 10 millions d'habitants, on a enregistré plus de 8 000 décès.

En revanche, la Finlande et la Norvège ont enregistré respectivement 511 et 405 décès, de sorte que, par habitant, la Suède a plus de huit fois le taux de mortalité de ses voisins. Si une telle politique avait été mise en œuvre au niveau européen, les résultats auraient été catastrophiques.

Les scientifiques mettent tous en garde contre une nouvelle recrudescence du virus au début de 2021. Dans tous les pays, les gouvernements capitalistes font délibérément passer les profits avant les vies. Après les premiers confinements au premier semestre 2020, ils ont déclaré qu'aucune restriction à la production ne pouvait à nouveau être tolérée, quel que soit le nombre de décès. Si la classe capitaliste est autorisée à continuer à dicter la politique, le résultat sera une catastrophe qui pourrait facilement éclipser ce qui s'est déjà produit.

La classe ouvrière doit intervenir de manière indépendante et lutter pour une réponse scientifique à la pandémie. Les Partis de l'égalité socialiste insistent pour dire que les écoles soient fermées immédiatement, ainsi que les lieux de travail non essentiels. Les travailleurs doivent être indemnisés intégralement pour toute période de chômage, avec un salaire décent pour chaque personne tout au long du confinement. Les petites entreprises doivent être entièrement indemnisées et des ressources suffisantes doivent leur être fournies pour garantir que tout leur personnel puisse toucher un salaire et reprendre ses activités après le passage de la pandémie.

Le fait qu’un vaccin soit déjà en cours de distribution et pourrait sauver un nombre incalculable de vies en quelques mois rend d’autant plus impératif que la pandémie soit maîtrisée immédiatement.

Les affirmations selon lesquelles il n'y aurait pas d'argent pour de telles mesures sont des mensonges. Des milliards d'euros ont été distribués en renflouement aux grandes entreprises et banques depuis le début de l'année. Lorsqu'il s'agit de renflouer les riches, les gouvernements déclarent qu'aucun coût n'est trop élevé. Mais quand il s'agit de sauver la vie des travailleurs, les caisses sont vides.

La lutte contre la pandémie est donc une lutte contre le diktat que la classe capitaliste exerce sur la vie économique. Le Parti de l'égalité socialiste appelle à la formation de comités de la base indépendants dans chaque lieu de travail et école, pour promouvoir la nécessité d'une grève générale politique pour exiger le confinement et arrêter le virus. La réponse à la politique capitaliste de la mort est la réorganisation de la vie économique et sociale sur la base du socialisme et d'une véritable égalité.

Comme le soulignent les scientifiques médicaux du Lancet, une telle politique ne peut être menée au niveau d’un seul pays. La politique de la classe capitaliste dans toute l'Europe doit être contrecarrée par une lutte unifiée de toute la classe ouvrière sur le continent, luttant pour des États socialistes unis d'Europe.

(Article paru en anglais le 23 décembre 2020)