Tandis que le nombre de décès dus à la pandémie augmente

Les gouvernements retardent l’administration de la deuxième dose de vaccin

Par Benjamin Mateus
8 janvier 2021

Près de 1,9 million de personnes dans le monde ont jusqu’à présent péri dans la pandémie de coronavirus. Depuis le début du mois de décembre, on a enregistré quelque 600.000 nouveaux cas chaque jour en moyenne sur sept jours dans le monde, et rien ne laisse présager une diminution de la poussée hivernale actuelle.

Les États-Unis sont l’épicentre mondial de la pandémie. Mardi, ils ont enregistré un record de 3.738 décès en une seule journée, et 233.513 nouveaux cas ont poussé les admissions à l’hôpital pour le COVID-19 à un nouveau record de 131.215 en une seule journée. Le taux de mortalité tourne autour de 1,6 pour cent. Mais avec les infections au rythme actuel, le nombre de décès sera inévitablement encore plus effroyable.

Infirmières et médecins d’une unité COVID-19 au Texas [Source: Miguel Gutierrez Jr.]

Dans le comté de Los Angeles, les ambulanciers ont reçu une note de service de l’Agence des services médicaux d’urgence du comté indiquant qu’«à compter de maintenant, en raison des graves conséquences de la pandémie de COVID-19 sur les hôpitaux d’accueil des urgences et du 911, les patients adultes en arrêt cardiaque brutal traumatique et non traumatique hors hôpital ne doivent pas être transportés [si] le rétablissement de la circulation spontanée n’est pas réalisé sur le terrain».

En bref, si après 20 minutes de tentatives de réanimation, le patient ne respire pas spontanément, il ne sera pas conduit à l’hôpital.

Le superviseur du comté de Los Angeles, Hilda Solis, a déclaré à CNN: «Les hôpitaux déclarent des catastrophes internes et doivent ouvrir des gymnases d’église pour servir d’unités hospitalières. Nos travailleurs de la santé sont physiquement et mentalement épuisés et malades».

La crise sanitaire dans le pays devrait devenir encore plus catastrophique. 365.859 décès ont eu lieu aux États-Unis depuis qu’on a signalé le premier décès en février de l’année dernière. Selon l’Institut de mesure et d’évaluation de la santé (IHME – Institute for Health Metrics and Evaluation) de l’Université de Washington, le nombre de décès atteindra environ 502.600 d’ici le 4 février. L’IHME s’attend à ce que 135.000 personnes supplémentaires meurent au cours des quatre prochaines semaines, soit une moyenne de 4.800 décès par jour.

Malgré ces statistiques désastreuses, les gouvernements des États et les autorités locales de tout le pays obligent les enseignants à retourner en classe et promettent à tort un environnement sûr pour les étudiants et les enseignants.

Les gouvernements du monde entier refusent d’adopter les mesures de santé publique à grande échelle – dont la fermeture des écoles et entreprises non essentielles et la protection totale des revenus des travailleurs et des petites entreprises – qui sont nécessaires pour contenir la pandémie et sauver des vies. Face à l’explosion des infections et des décès qui en résulte, certains pays s’apprêtent à prolonger l’administration des vaccins COVID-19, en trop faibles quantités et mal gérés, en retardant l’administration de la deuxième dose du vaccin. Ils estiment qu’en vaccinant partiellement et plus rapidement un plus grand nombre de personnes, on sauvera plus de vies qu’en offrant les deux doses à temps, à moins de personnes.

Tant au Royaume-Uni qu’aux États-Unis, les responsables de la santé publique et les scientifiques ont affirmé que le vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech offre une efficacité remarquable. Ils disent que le vaccin a une couverture supérieure à 90 pour cent après le 12e jour suivant l’inoculation, avec une seule dose.

La deuxième dose du vaccin d’AstraZeneca, dont on a commencé l’administration au Royaume-Uni cette semaine, sera donnée 12 semaines après la première. Le Wall Street Journal a écrit: «Un porte-parole d’AstraZeneca a affirmé que les conseils de dosage du régulateur britannique sont “appuyés par des preuves solides”, notamment l’élimination des hospitalisations dues au COVID-19 par une seule dose. Le vaccin était efficace à environ 70 pour cent trois semaines après la première dose et en retardant l’administration de la deuxième dose, a déclaré l’organisme de réglementation».

Les preuves de ces affirmations n’ont pas encore été démontrées.

Selon un commentaire publié dans le Lancet sur l’efficacité du vaccin COVID-19 d’Oxford-AstraZeneca, le schéma de deux doses administrées à trois ou quatre semaines d’intervalle a montré une efficacité de 70,4 pour cent 14 jours après la deuxième dose. La demi-dose suivie de la dose complète a montré une efficacité de 90 pour cent, qui est en cours d’évaluation dans le cadre d’essais. Les deux doses standard administrées à trois ou quatre semaines d’intervalle n’ont eu qu’une efficacité de 62 pour cent contre l’infection par COVID-19.

La raison pour laquelle une seule dose standard du vaccin devrait soudainement générer un taux d’efficacité aussi élevé reste inexpliquée.

Pfizer a déclaré publiquement que son vaccin n’avait pas été évalué dans une situation où la deuxième dose serait administrée plus tard que prévu. L’efficacité citée de 95 pour cent n’est obtenue que 12 jours après l’administration de la deuxième dose. «Il n’y a pas de données pour démontrer que la protection après la première dose se maintient après 21 jours», a déclaré la société. Une étude du New England Journal of Medicine publiée la semaine dernière a montré que le vaccin Pfizer n’est efficace qu’à 50 pour cent après une seule dose.

Lors de la conférence de presse de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) du 5 janvier à Genève, le Dr Alejandro Cravioto, du Groupe consultatif stratégique d’experts sur l’immunisation (SAGE), a expliqué qu’on ne devrait administrer la deuxième dose du vaccin ARNm de Pfizer-BioNTech plusieurs semaines après la date prévue que dans des «circonstances exceptionnelles».

Le Dr Joachim Homback, secrétaire général du SAGE, a clarifié ces remarques, en déclarant que ces recommandations étaient basées sur des données cliniques limitées concernant un retard d’environ six semaines dans l’administration de la deuxième dose. Les patients de la troisième phase des essais cliniques de Pfizer ont reçu la dose dans un délai de 19 à 42 jours, même si la majorité d’entre eux l’a reçue dans un délai de 19 à 28 jours. Les scientifiques ont déclaré avec insistance que les preuves d’un retard de la deuxième dose de ces vaccins au-delà de la recommandation de six semaines font défaut.

En ce qui concerne le vaccin Moderna, qui recevra très probablement une autorisation d’utilisation d’urgence de l’UE très bientôt, Moncef Slauoi, conseiller principal du programme américain de vaccins Operation Warp Speed, a déclaré cette semaine que les fonctionnaires fédéraux envisageaient de réduire de moitié les doses pour surmonter les goulets d’étranglement de la production et de la distribution. Cependant, une porte-parole de la société Moderna a déclaré au Wall Street Journal que son essai de vaccin et l’autorisation d’utilisation d’urgence étaient «liés à deux injections de son vaccin à un mois d’intervalle… elle ne pouvait pas commenter les discussions concernant d’autres options de dosage».

Dans le cas du vaccin de Moderna, Lindsey R. Baden, MD, du «Brigham and Women’s Hospital de Boston», a rapporté, dans une étude publiée dans le «New England Journal of Medicine» le 30 décembre, qu’une analyse secondaire a démontré une efficacité de 95,2 pour cent 14 jours après la première injection du vaccin. Cependant, cela ne s’agissait pas du protocole de l’étude et reste spéculatif, nécessitant des études supplémentaires pour confirmer l’efficacité d’un tel vaccin à dose unique.

Les raccourcis sont souvent des réactions spontanées réactionnaires, et les scientifiques n’y sont pas moins immunisés que les politiciens et les chefs d’État. Dans le cas présent, ils sont une réponse à la crise sociale croissante qui émerge du refus des gouvernements, tous dirigés par des élites capitalistes, de prendre les mesures nécessaires pour protéger et soigner la population dans son ensemble. Les tentatives de s’écarter de la science qui sous-tend les essais de vaccins ne feront qu’accroître la méfiance du public et créer des crises nouvelles et imprévues.

(Article paru en anglais le 7 janvier 2021)