COVID-19: Plus de 4.000 décès en un seul jour aux États-Unis

Par Benjamin Mateus
13 janvier 2021

«Nous sommes dans une course pour prévenir les infections, faire baisser le nombre de cas, protéger les systèmes de santé et sauver des vies tout en déployant des vaccins très efficaces et sûrs auprès des populations à haut risque. Ce n’est pas facile. Mais si nous agissons ensemble, nous pouvons gagner les deux courses et devancer le virus tout en limitant les mutations virales et les risques aux moyens sanitaires dont nous disposons actuellement.» – Discours d’ouverture du directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 5 janvier, lors de la première conférence de presse de l’année de l’Organisation mondiale de la santé.

Le 6 janvier, plus de 835.000 personnes ont été infectées par le COVID-19 dans le monde et près de 15.000 sont décédées. Au même moment, les États-Unis ont enregistré leur plus grand nombre de cas, soit 280.352 infections par le COVID-19 et un record de 4.223 décès. Dès la première semaine de 2021, plus de 20.000 Américains ont péri des suites de complications liées au coronavirus. Au moment où nous écrivons ces lignes, le bilan s’élève à 22.372.177 infections et 376.837 décès.

Le vaccin anti-COVID (Stock image credit: Envato)

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Soulignant le caractère mortel du virus, un statisticien du CDC a déclaré à CNN dans un courriel: «Nous n’avons encore que des données provisoires jusqu’au 26 décembre. Nous devrions recevoir d’autres données très bientôt. À ce jour, nous estimons qu’il y a eu entre 316.252 et 431.792 décès supplémentaires en 2020. Nos données provisoires sur les certificats de décès jusqu’à cette date montrent plus de 301.000 décès qui impliquent le COVID-19, ce qui le placerait probablement au 3e rang des principales causes de décès». Dans une étude publiée en octobre dans le «Journal of the American Medical Association» (Journal de l’Association médicale américaine – JAMA), les auteurs avaient constaté que les adultes de plus de 45 ans étaient plus susceptibles de mourir de COVID-19 que d’accident de voiture, de maladie respiratoire, de surdose de drogue ou de suicide.

Il convient d’ajouter que le premier décès lié au COVID-19 signalé aux États-Unis n’est survenu qu’en février. Cela signifie que le COVID-19 n’a même pas eu une année complète pour atteindre ce triste classement. Plus problématique encore, la moitié des décès par COVID-19 aux États-Unis n’est survenue qu’après le 1er septembre. À son rythme actuel, le COVID-19 est en compétition avec les maladies cardiaques et le cancer pour devenir la principale cause de décès.

Plus de 132.000 personnes sont actuellement hospitalisées dans tout le pays. Plusieurs États qui ont les plus hauts taux d’infection par habitant devraient atteindre leur capacité maximale d’USI cette semaine. À Charlotte, en Caroline du Nord, où la hausse continue de s’intensifier, les hôpitaux du comté de Mecklenburg ont atteint 90 pour cent de leur capacité d’accueil à la fin du mois de décembre et s’efforcent d’augmenter leur capacité. Le Rhode Island, le Tennessee, l’Arkansas et l’Arizona font face à des crises similaires.

Alors que la catastrophe se développe, une étude des CDC publiée dans le JAMA le 7 janvier dernier estime que les personnes sans symptômes transmettent près de 60 pour cent des cas de COVID. Cela implique qu’on ne détectera pas les personnes présymptomatiques ou asymptomatiques par un dépistage «basé sur les symptômes» ou bien la vérification de la température et les questionnaires, de sorte que ce dépistage aura peu d’effet sur la propagation du virus.

Le Dr Michael J. Johansson, biologiste aux CDC, a averti: «En l’absence d’une utilisation efficace et généralisée de thérapies ou de vaccins susceptibles de réduire ou d’éliminer l’infectiosité, la lutte contre le SRAS-COV-2 ne peut reposer uniquement sur l’identification et l’isolement des cas symptomatiques. Même si elle était mise en œuvre efficacement, cette stratégie serait insuffisante. De multiples mesures qui s’attaquent efficacement au risque de transmission en l’absence de symptômes sont impératives pour contrôler le SRAS-CoV-2». Actuellement, aucune mesure n’existe qui vise à étendre le dépistage aux personnes asymptomatiques. Aux États-Unis, le dépistage est resté stagnant depuis début novembre.

Le Dr Frank Esper, virologue et spécialiste des maladies infectieuses pédiatriques à la Cleveland Clinic, a reconnu que nous ne savons pas combien de personnes asymptomatiques sont réellement infectées. Il a souligné que les nouvelles souches du virus étudiées sont non seulement plus infectieuses, mais peuvent également avoir un stade présymptomatique plus étendu. «Donc, l’étude des CDC pourrait en fait sous-estimer les infections asymptomatiques», a-t-il déclaré. Le postulat de l’étude des CDC était basé sur les données des premières études chinoises. Esper a ajouté: «Les personnes âgées ont tendance à être plus symptomatiques et à le devenir plus rapidement. De sorte que le taux d’“asymptomatie” n’est pas le même partout, des jeunes de 20 ans aux personnes plus âgées».

Selon un décompte État par État dans Bloomberg News, quatre semaines après le lancement du vaccin aux États-Unis, on a administré 7 millions de doses. En d’autres termes, seulement 2,1 pour cent de la population américaine a reçu au moins la première des deux doses du vaccin Pfizer ou Moderna. En outre, on a administré seulement 32 pour cent de tous les vaccins livrés aux États.

Dans le monde entier, on a administré près de 19 millions de doses du vaccin. Cependant, sur les 42 pays qui ont lancé un programme de vaccination, 36 ont des revenus élevés et six, des revenus moyens. Ces pays ont acheté la majorité de l’approvisionnement en vaccins multiples. Les accords bilatéraux en cours d’élaboration font grimper le prix de ces vaccins, rendant leur accès impossible pour les personnes à haut risque dans les pays les plus pauvres.

On estime que la variante B.1.1.7 du coronavirus, également appelée variante britannique, présente une transmissibilité 50 pour cent plus élevée que les versions précédentes du coronavirus. De nouveaux patients ont inondé les hôpitaux de Londres, ce qui a incité le maire, Sadiq Khan, à déclarer une situation de crise.

Le groupe de travail de la Maison-Blanche sur les coronavirus a averti dans un mémo publié cette semaine que «Cette poussée automne/hiver a été presque deux fois plus rapide que la poussée du printemps et de l’été. Cette accélération suggère qu’il pourrait y avoir une variante américaine qui a évolué ici». Ils ont également appelé à des «mesures agressives… pour répondre à un virus beaucoup plus agressif.»

Selon un article publié jeudi dans STAT News, les mutations observées dans une variante en Afrique du Sud et dans une autre au Brésil semblent modifier des parties de la protéine en pic d’une manière qui rend les anticorps moins efficaces pour neutraliser le virus. «La mutation semble aider le virus à masquer une partie de sa signature, de sorte que l’agent pathogène pourrait plus facilement passer outre la protection immunitaire», écrivent les auteurs. Ils notent que la crainte actuelle n’est pas que les vaccins soient inutiles, mais qu’ils soient potentiellement moins efficaces, une évaluation qui ne devrait guère rassurer le public.

(Article paru en anglais le 9 janvier 2021)